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     SPeCTaCLeS
 
CIRQUE DE MOSCOU
 
Du 8 au 26 décembre 2001
 Palais Omnisports de Paris Bercy
 (soirée du 11 décembre 2001)
Et alors, l’illusionniste, il a fait entrer une fille dans une sorte de petite cabine de plage et deux filles en sont sorties, qu’il a à leur tour invitées à pénétrer dans le minuscule abri et trois en sont sorties, qu’il a fait rentrer et puis quatre... et ainsi de suite... jusqu'à huit ! Huit filles sont apparues sous nos yeux ébahis, défiant toutes les lois de capacité des cabines de plage.

Et les éléphants, qu’est ce qu’ils étaient beaux les éléphants ! On les aurait crus maquillés dans cette lumière blanche où ils houla-houpaient de la trompe et des pieds avec des tas de cerceaux. Et les ours jongleurs au pelage brillant, quelle adresse ! Et les singes acrobates, quelle rigolade !

Un soir au cirque ! Je dois honteusement avouer que si on ne m’avait pas offert des invitations, l’idée ne m’aurait pas traversé l’esprit. Autant dans mon jeune temps, mes deux émissions préférées étaient « La Piste aux Etoiles » de Roger Lanzac et le « 1,2,3 en Piste » des Barios, autant depuis une bonne trentaine d’années j’avais perdu tout contact et tout intérêt pour cet art circulaire.

Et alors, les acrobates se sont juchés sur les épaules les uns des autres, sur une hauteur impensable, celui d’en haut a sauté sur un côté de la bascule, expédiant en pirouettes le petit qui attendait à l’autre bout jusqu’au niveau de la toiture du POPB, d’où il est redescendu en tourbillonnant, pour retomber assis dans le fauteuil judicieusement placé là par ses collègues attentionnés. Fabuleux !

Et les trapézistes ! Quel magnifique numéro de trapèze : original, chorégraphique, porté par les lumières et la musique. Et le jongleur, combien de quilles a-t-il bien pu faire tournoyer en même temps ? Quinze ? Vingt ?

Ce qui me touche, c’est cette impression unique de merveilleux, d’incroyable et de magique dans une dimension profondément humaine. On les voit de tout près ces artistes : ce sont bien des gens en chair et en os. Mais ce qu’ils font est extraordinaire. L’homme serait donc capable de faire des choses extraordinaires, belles, émouvantes, poétiques, drôles. Je ressens très précisément ce spectacle de cirque comme un bouleversant symbole : celui du rôle de l’artiste, utopique humain dans une société dont on ne sait pas encore bien si elle va virer inhumaine ou surhumaine.

Et alors, au bout de deux heures et demie à couper le souffle, d’une multitude de numéros courts, précis, variés et brillants, tous les artistes (une petite centaine, en tout), accompagnés par leur excellent orchestre, ont entamé une parade finale autour de la piste. Leur récompense, en quelque sorte. Et là, tout de suite, comme au cinéma dès les premiers accents du générique de fin, tout le monde s’est barré : Bercy s’est vidé d’un trait, comme le triste stade qu’il est. La parade s’est terminée devant quelques spectateurs esseulés, navrés et honteux de tant d’indifférence et de beaufitude. CQFD.

Lors de son prochain passage à Paris, invités ou pas, pensez à réserver une soirée pour le Cirque de Moscou. C’est sûrement le plus beau cirque du monde et le monde en a bien besoin.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Janvier 2002
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