Voix
superbe et solos excellents, les riffs de Clapton ont une fois
de plus fait vibré le public français à
Bercy, le 6 avril dernier.
En France, on ne l’avait pas vu depuis 2001, sa dernière
tournée mondiale. J’ai même été
victime d’une dépression nerveuse lorsque Eric
Clapton, l’incontestable Guitar Hero, avait déclaré
à la presse, à l’issue de cette tournée,
qu’il comptait arrêter de se produire sur scène
: "Je n’ai rien à reprocher à personne,
cela vient de moi, ça ne fonctionne plus sur scène".
Imaginez la déception ! Accro du site officiel, et autres
webzines en tout genre, j’ai immédiatement acheté
ma place dans la fosse dès lors que je fut informé
de cette tournée 2004…
18h30. La scène est encore inanimée, vide, bien
que meublée des instruments pour la première partie…
et des guitares de Clapton que l’on aperçoit sur
la droite. Discrètement disposées sur le stand,
on distingue entre autres Crashocaster I, une Strato dessinée
par Crash, son pote new-yorkais, utilisée par Clapton
pour le Tour 2001. Puis Blackie, la traditionnelle Strato noire,
et enfin Crashocaster III, la dernière née inaugurée
pour cette tournée 2004. Design superbe, c’est
cet instrument au son inégalable qui sera utilisé
pour ce Tour. Evidemment, ça change de Blackie, que l’on
a toujours vu. Sans oublier une superbe ES-335, et une nouvelle
Martin noire, modèle "Signature"…
Première partie assurée par Robert Randolph. Un
jeune prince de la pedal steel guitar épatant, se distinguant
par un répertoire tantôt blues et R&B, en passant
par les classiques de Hendrix comme Purple haze et Voodoo child.
Cela met dans l’ambiance, ça donne du tonus…
mais nous, on sait qui on est venu voir et qui on attend !
Puis le moment tant attendu arrive, après de longues
minutes à contempler les tests de guitare, les remplacements
de caisses pour la batterie, les micros, les médiators
en place… Premier à surgir sur scène : Steeve
Gadd, le fidèle batteur depuis une dizaine d’années.
Vient alors Nathan East à la basse, Billy Preston aux
orgues, Chris Stainton au piano, Doyle Bramhall II à
la guitare 2 et Sharon White accompagnée de Michelle
John en "backing vocals".
Souriant, détendu, séduisant, Eric Clapton surgit,
enfourche sans attendre sa Strato multicolore et démarre
le show avec une version tonifiée de Let it rain, un
tube de la période seventies très rarement entendue
en concert. Bien que ça démarre doucement, ça
sonne plutôt bien… Vient alors Hoochie coochie man,
Bell bottom blues et… I shot the sheriff ! Sur une rythmique
de plus en plus tonique, avec des sons de guitare et de basse
absolument magnifiques, les solos de celui que l’on surnommait
"God" dans les années 60 n’ont pas pris
une ride… Mieux encore, ils sont décoiffants, hallucinants.
Là, Rico et moi ne regrettons pas d’avoir attendu
près de 7 heures dehors…
Voici maintenant, presque en avant première, quelques
morceaux du nouvel album Me and Mr Johnson, paru en France le
30 mars dernier. Une promenade rendant hommage à Robert
Johnson, qu’EC considère comme son père
spirituel. En le voyant prendre la Gibson, on se dit : "Bon,
on va voir, mais au niveau du blues, ses meilleurs exploits
sont derrière lui…" Eh bien pas du tout. Milckow’s
calf blues, When you got a good friend et les autres sonnent
merveilleusement bien. La version électrifiée
peut surprendre (dans les années 30 il n’y avait
que des guitares acoustiques), mais en aucun cas elle ne déplait.
Et quelle voix… Depuis maintenant quelques années,
Clapton a réellement enrichi sa voix pour lui donner
une merveilleuse tonalité blues, forte et profonde.
Un concert de Clapton, ça passe évidemment par
ses propres classiques. En alternant du rock (Cocaine, Layla,
Badge), avec du blues (I want a little girl, Have you ever loved
a woman), le Guitar Hero séduit littéralement
les 15 000 personnes présentes, et autant vous dire que
la foule fut en délire du début jusqu’à
la fin. Coutume oblige, la petite "erreur de frappe"
intervient dans le dernier riff aigu de Layla, lorsque EC rate
une note. Il sourit, et repart de plus belle sur un solo final…
et sans regarder le manche, comme d’habitude ! Notons
aussi une version mi-électrique, mi-acoustique de Change
the world, petite chansonnette qui passe toujours bien, et Wonderful
tonight, lente ballade pour les romantiques…
Le rappel ? Composé, pour le plaisir de tous, par Sunshine
of your love et Got my mojo working, le tout avec Robert Randolph.
C’est déjà fini, mais tout le monde y a
trouvé son compte ce soir : le public s’est déchaîné
pendant tout le concert, et Eric semble vraiment s’être
amusé, preuve faite par tous les clins d’oeils
et sourires qu’on a pu lire sur son visage. Même
si on aurait aimé qu’Eric lance lui-même
ses médiators à la fin plutôt que d’en
faire envoyer une poignée par la régie, je dois
dire que seul un des morceaux de blues qu’il a joué
ce soir vaut largement le prix du billet. Si toutes les dates
ressemblent à ce soir, le Tour s’annonce excellent,
sans doute un des meilleurs de la carrière d’EC.