Précipitez
vous à La Cigale pour y entendre Vincent Delerm ! Vous serez
surpris de voir comme il est loin de l'image du trentenaire-parisien-pseudo-dandy-vraie
tête à claques, et ressortirez convaincus de son talent.
Sur scène jusqu'au 09 décembre prochain.
Petits conseils pour bien apprécier le concert…
- N'arrivez pas trop tard ! Sachez que si vous n'êtes sur place
qu'à 19h30, il vous faudra marcher quelques kilomètres
pour rejoindre les galériens du bout de la file d'attente (la
queue va pratiquement jusqu'au Trianon)...
- N'achetez ni thé à la menthe (mais où sont
les feuilles vertes ?) ni pâtisserie orientale au boui-boui
voisin car vous risqueriez d'être déçu par ses
cornes de gazelle qui ne datent pas d'hier !
- Une fois entrés, privilégiez le côté
droit de la salle car Vincent Delerm et son piano sont à gauche,
- Armez vous d'une bonne dose de patience pour supporter la 1re partie
assurée par Constance Amiot, alias "Carla Blondi"
!
Ensuite, laissez vous faire...
Le concert commence par un petit film de vacances dans lequel on peut
admirer Vincent Delerm (en short) jouant au ping-pong ou au foot,
ou nageant affublé d'un maillot de bain très seyant
; vidéo qui lui permet de se mettre d'emblée le public
dans la poche et qui n'est que l'un des trésors d'ingéniosité
développés pour nous surprendre et nous amuser.
Car Vincent Delerm ne recule devant rien pour nous amuser : vidéo,
diapos, et même blagues carambar (avec lesquelles, et c'est
très fort, il arrive à nous faire rire !).
Le chanteur a du recul sur lui-même et une autodérision
marquée qui contrebalancent très agréablement
son côté dandy prodige. Il n'hésite pas à
changer les paroles de ses succès pour tromper les quelques
groupies inconditionnelles présentes dans la salle ("les
filles de 1976 ont 30 ans"...) et il a trouvé un moyen
inédit pour se dispenser de chanter "Tes parents".
On sent qu'il a à cœur de mettre son public de bonne humeur.
Pour preuve : il veillera toujours à "relancer" l'ambiance
après avoir abordé des thèmes plus sérieux
voire graves (comme dans la très belle Voici ma ville où
il évoque Rouen, sa ville natale, ou dans Baiser Modiano, à
la nostalgie aigre-douce ou encore dans Sépia plein les doigts,
un texte poil à gratter dans lequel il dénonce sur un
air paradoxalement enjoué l'ambiance actuelle de conservatisme
régressif qui n'est pas sans rappeler une certaine ville thermale...).
Musicalement, c'est un plaisir d'entendre un Vincent Delerm qui n'en
fait pas trop, qui chante vraiment, sans ces effets de voix (parfois
légèrement irritants) qui sont sa marque de fabrique.
Et ses musiciens sont excellents ! Le percussionniste est impressionnant
de décontraction flegmatique, le trompettiste a un son d'une
pureté rare, le bassiste est aussi à l'aise au youcoulélé
(mais comment ça s’écrit cet instrument ?) qu'en
choriste à la voix féminine... et les cordes sont assez
discrètes pour ne pas tomber dans le mélo violoneux.
En tout cas, le public est loin de n'être constitué que
de trentenaires bourgeois-bohème (le 1er décembre dernier,
on a pu voir dans la salle des enfants, des grands-parents, et même
Yannick Noah !), et tout le monde finit debout, comblé, avec
un énorme sourire aux lèvres et une pêche d'enfer.
Et si aimer Vincent Delerm c'est être bobo, alors j’en
suis !