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THE DIVINE COMEDY
With the Millennia Ensemble

Jeudi 29 avril 2004
Grand Rex de Paris
Pour une soirée d'exception, The Divine Comedy, accompagné des 15 musiciens classiques du Millennia Ensemble, a investi la salle du Grand Rex pour une soirée inoubliable.


Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Grand Rex est un cinéma parisien dont la salle principale abrite l’un des plus grands écrans plats d’Europe. Les fauteuils sont des baquets rouges moulés autour du corps d’une femme obèse et recouverts d’un épais moellon d’ouate, lui-même revêtu d’une peau de cuir crème du meilleur goût. Et face à vous, la scène, avec son arc de cercle luminescent comme dans une de ces salles en plein air de New York où l’on vient applaudir Gershwin dans les films de Woody Allen.

Voilà dans quel décorum un rien kitch nous accueillaient jeudi soir les Divine Comedy et leurs quinze musiciens du Millennia Ensemble (cordes et cuivres en tenues de soirée).

En 1997, pour la sortie de A short album about love, Neil Hannon nous avait déjà fait le coup en massant un philharmonique de quarante gugusses sur la minuscule estrade de la Cigale. Hier soir, ils n’étaient que quinze et les poils de mes bras s’en dressent encore.

Et comme il y a des cordes, une large part est faite aux morceaux lyrics comme In pursuit of happiness, Absents friends, Sunrise et leurs déluges de glissando. Compositeur émérite, le petit blond de Londonderry nous fait bien comprendre qu’on ne se paye pas un orchestre pour fabriquer en deux notes d’obscures nappes de fond qu’un bon Korg vous aurait reproduit pour moins cher. Depuis une dizaine d’années, dès qu’un groupe veut mettre un peu de verve sur un morceau, hop ! on lui plaque une douzaine de violons, trois cuivres, deux hautbois et roule ! Je ne voudrais pas donner l’impression de cracher dans la soupe, mais après les démonstrations dans le domaine d’un type comme Neil Hannon, on réécoute avec davantage de méfiance le live grandiloquent des Portishead (entre autre exemple). On écrit pour des cordes, on ne les rajoute pas au mixage pour faire joli.

Voilà ce que sait parfaitement faire Divine Comedy. En atteste cette chanson hirsute sortie de nulle part (même si l’intéressé nous raconte que c’est la traduction d’un 78 tours trouvé en Bavière - sic !) et ressemblant à la partition qu’écrivit Christopher Komeda pour Le bal des vampires de Polanski.

En attestent les deux heures de ce concert échevelées durant lesquelles, simple et sobre, la formation suit la baguette d’un Hannon croonant à merci, cintré dans ses costumes tout droit sortis du Swinging London (oui, les filles, après quelques années de jeans et cheveux gras, Neil est revenu dans le rang des costards Paul Smith), déambulant sur scène de sa démarche pseudo alcoolisée (une bouteille de Sancerre trône au coin du piano, dans laquelle il pioche tranquillement quelques verres). En d’autres temps on aurait dit qu’il représentait le summum du comportement cool, comme Dean Martin le personnifiait.

On restera un peu interdit quant à la convocation sur scène de Vincent Delerm. Était-il le seul français bibliophile pour venir lire (et parfois bafouiller) pendant The booklover ? Ceux qui aiment Delerm seront contents de cette concomitance. Pour ma part, le choix de la lecture en survole du chef-d’œuvre de Perec Je me souviens, m’a réconcilié pendant huit minutes avec ce type.

Et puis est venu Tonight we fly, le morceau d’anthologie avec lequel DC quitte habituellement la scène avant les rappels.
Sont venus les rappels.
Et la bande est repartie.
Dehors il pleuvait des cordes.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Mai 2004



PS : A la suite de cette série de concerts, Neil Hannon remontera sur la scène anglaise simplement accompagné d’un piano et de quelques corde. Renseignez-vous sur le site officiel : www.thedivinecomedy.com
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