Pour
une soirée d'exception, The Divine Comedy, accompagné
des 15 musiciens classiques du Millennia Ensemble, a investi
la salle du Grand Rex pour une soirée inoubliable.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Grand Rex est un cinéma
parisien dont la salle principale abrite l’un des plus
grands écrans plats d’Europe. Les fauteuils sont
des baquets rouges moulés autour du corps d’une
femme obèse et recouverts d’un épais moellon
d’ouate, lui-même revêtu d’une peau
de cuir crème du meilleur goût. Et face à
vous, la scène, avec son arc de cercle luminescent comme
dans une de ces salles en plein air de New York où l’on
vient applaudir Gershwin dans les films de Woody Allen.
Voilà dans quel décorum un rien kitch nous accueillaient
jeudi soir les Divine Comedy et leurs quinze musiciens du Millennia
Ensemble (cordes et cuivres en tenues de soirée).
En 1997, pour la sortie de A short album about love, Neil Hannon
nous avait déjà fait le coup en massant un philharmonique
de quarante gugusses sur la minuscule estrade de la Cigale.
Hier soir, ils n’étaient que quinze et les poils
de mes bras s’en dressent encore.
Et comme il y a des cordes, une large part est faite aux morceaux
lyrics comme In pursuit of happiness, Absents friends, Sunrise
et leurs déluges de glissando. Compositeur émérite,
le petit blond de Londonderry nous fait bien comprendre qu’on
ne se paye pas un orchestre pour fabriquer en deux notes d’obscures
nappes de fond qu’un bon Korg vous aurait reproduit pour
moins cher. Depuis une dizaine d’années, dès
qu’un groupe veut mettre un peu de verve sur un morceau,
hop ! on lui plaque une douzaine de violons, trois cuivres,
deux hautbois et roule ! Je ne voudrais pas donner l’impression
de cracher dans la soupe, mais après les démonstrations
dans le domaine d’un type comme Neil Hannon, on réécoute
avec davantage de méfiance le live grandiloquent des
Portishead (entre autre exemple). On écrit pour des cordes,
on ne les rajoute pas au mixage pour faire joli.
Voilà ce que sait parfaitement faire Divine Comedy. En
atteste cette chanson hirsute sortie de nulle part (même
si l’intéressé nous raconte que c’est
la traduction d’un 78 tours trouvé en Bavière
- sic !) et ressemblant à la partition qu’écrivit
Christopher Komeda pour Le bal des vampires de Polanski.
En attestent les deux heures de ce concert échevelées
durant lesquelles, simple et sobre, la formation suit la baguette
d’un Hannon croonant à merci, cintré dans
ses costumes tout droit sortis du Swinging London (oui, les
filles, après quelques années de jeans et cheveux
gras, Neil est revenu dans le rang des costards Paul Smith),
déambulant sur scène de sa démarche pseudo
alcoolisée (une bouteille de Sancerre trône au
coin du piano, dans laquelle il pioche tranquillement quelques
verres). En d’autres temps on aurait dit qu’il représentait
le summum du comportement cool, comme Dean Martin le personnifiait.
On restera un peu interdit quant à la convocation sur
scène de Vincent Delerm. Était-il le seul français
bibliophile pour venir lire (et parfois bafouiller) pendant
The booklover ? Ceux qui aiment Delerm seront contents de cette
concomitance. Pour ma part, le choix de la lecture en survole
du chef-d’œuvre de Perec Je me souviens, m’a
réconcilié pendant huit minutes avec ce type.
Et puis est venu Tonight we fly, le morceau d’anthologie
avec lequel DC quitte habituellement la scène avant les
rappels.
Sont venus les rappels.
Et la bande est repartie.
Dehors il pleuvait des cordes.
PS : A la suite de cette série de concerts,
Neil Hannon remontera sur la scène anglaise simplement
accompagné d’un piano et de quelques corde. Renseignez-vous
sur le site officiel : www.thedivinecomedy.com