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     SPeCTaCLeS
 
ETAT CRITIQUE

Une pièce de Michel Lengliney
Avec Gérard Jugnot
Annik Alane
Hélène Seuzaret
Lorella Cravotta
Emilie Alibert
et Julie De Bona

Théâtre Fontaine
10, rue Fontaine - 75009 Paris
Tél. 01 48 74 74 40
Il en est de Gérard Jugnot comme des grands vins : il se bonifie avec le temps. De spectaculaire façon, même, si l’on en juge par la qualité de ses dernières productions tant cinématographiques que théâtrales : Meilleur espoir féminin et surtout Monsieur Batignole d’une part, Espèces menacées d’autre part.

Avec Etat critique, il franchit un palier supplémentaire et accède à un rôle assez nouveau pour lui, dans lequel se mêlent le rire élégant (celui que provoque une répartie efficace et habilement tournée) et l’émotion sincère (celle que produit un amour impossible).

Cette fois, Gérard Jugnot est Sainte-Beuve. Littérateur médiocre mais critique de renom, il est l’ami intime de Victor Hugo. L’immense, l’écrasant Hugo, qu’il admire et jalouse tout à la fois et dont il aime éperdument la femme, Adèle. C’est de cet amour contrarié que nous entretient la belle pièce de Michel Lengliney. Comment lui, Charles-Augustin, laid, rond, médiocre, pourrait-il seulement espérer qu’Adèle, dont il est le confident apprécié, puisse voir un jour en sa personne autre chose que son plus fidèle ami. Charles se consume pour l’éblouissante Adèle, lui fait inlassablement sa cour, souffre avec elle de la tyrannie domestique du grand Hugo. Jusqu’au jour où…

Impossible de ne pas entrer en empathie avec cet homme si attachant, si sincère et si désespéré des injustes disgrâces dont la nature l’a affligé. "Pourquoi n’ais-je rien quand lui a tout ? Pourquoi est-il beau quand je suis laid ? Pourquoi ce génie quand je suis si médiocre ?"

Gérard Jugnot, en prêtant son talent au rôle principal de cette pièce, donne la pleine mesure d’un talent et d’une subtilité profondément touchante. Il est à la fois fou d’amour, malade de jalousie, généreux à l’extrême et assez machiavélique pour jeter Juliette Drouet dans les bras d’Hugo. Tout y est juste et humain. Plus encore que le texte, l’interprétation projette le spectateur au cœur de ses sentiments inavouables pour Adèle et fait irrépressiblement remonter à la surface l’amertume de ces amours impossibles qui, un jour ou l’autre, nous ont tous fait souffrir.

Enfin, on ne manquera pas de souligner la prestation des cinq actrices qui l’entourent. Et notamment celle de Lorella Cravotta (déjà remarquée dans la Compagnie de Jérôme Deschamp) dont le rôle et l’interprétation permettent de donner à la pièce un niveau narratif et émotionnel supplémentaire.

Avec Etat critique, on rit, on pleure, bref on passe une magnifique soirée !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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