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     SPeCTaCLeS
 
FACE DE CUILLERE

Une pièce de Lee Hall
Texte français de Fabrice Melquiot
Mise en scène Michel Didym
Avec Romane Bohringer

Les Abbesses
31, rue des Abbesses
75018 Paris
Tél. 01 42 74 22 77
Du 26 avril au 20 mai 2006
Un monologue d'une heure ayant pour personnage unique une préadolescente attardée mentale, atteinte d'un cancer et qui disserte sur sa fin prochaine… On pourrait craindre le pire. Et pourtant, Face de cuillère se révèle une très bonne pièce.


Vu le thème du spectacle, on s'attend a priori à une soirée longue et ennuyeuse ; or cette pièce écrite par Lee Hall (scénariste notamment de Billy Elliot) mise en scène par Michel Didym recèle de bonnes surprises.

On l'appelle Face de cuillère depuis sa naissance, parce qu'elle a une tête toute ronde, comme lorsqu'on regarde son reflet sur le dos d'une cuillère. Elle est attardée comme ils disent, et se trouve confrontée à la déchirure de ses parents et surtout à un cancer qui la ronge inexorablement.

Comment traiter un tel sujet - c'est-à-dire parler de la différence, de la maladie, de la mort - sans plomber l'ambiance ?

La réponse est dans ce texte bien écrit, ciselé, qui parvient à aborder des questions sérieuses, voire graves, sans tomber dans la litanie.

Face de cuillère observe les adultes, intègre leurs discours à sa façon, et regarde le monde objectivement, sans concession mais avec bienveillance. Sous des dehors candides, elle mène des réflexions assez profondes et dresse des constats sans concession mais surtout sans amertume.

"Lorsque je ne serai plus là, il ne restera pas une trace, rien du tout, même pas un trou là où j'étais".

Face de cuillère accepte son sort ; elle "fait avec" parce qu'elle ne peut rien faire d'autre et parce que, tant qu'elle dure, la vie est belle. C'est d'ailleurs sans doute sa bienveillance qui nous fait nous attacher à cette jeune fille.

Toujours est-il que le public prend manifestement un réel plaisir à suivre ses réflexions qui, tour à tour, nous émeuvent nous font réfléchir et, le plus souvent, rire de bon cœur.

Il faut saluer la performance de Romane Bohringer qui, seule en scène, incarne Face de cuillère. Une adulte qui joue une adolescente, attardée de surcroît, c'est un rôle un peu "casse-gueule" ; mais là encore la surprise est bonne : la comédienne s'en tire très bien, elle ne sur-joue pas le retard mental, n'en rajoute pas non plus dans le côté ado ou tragique du rôle et ne tombe pas dans la niaiserie.

Quant à la mise en scène, le plateau est quasiment vide si ce n'est un bureau d'écolier et une radio diffusant de l'opéra, que la jeune femme apporte avec elle sur scène.

La récitation sera régulièrement ponctuée par la voix de la Callas, la musique étant un élément scénique marquant, simplement, le changement de scène comme rideau qui tombe.Car Romane Bohringer n'a pas besoin de renfort musical pour nous toucher par son jeu juste et émouvant, et le plateau vide démontre à quel point la simple présence de l'actrice suffit à remplir la scène.


Thibault Dablemont
© Jowebzine.com - Mai 2006
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