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THOMAS FERSEN
La cigale
Samedi 22 novembre 2003
Un concert haut en couleurs, riche humainement et musicalement. Deux heures trente de pur bonheur.


Première bonne surprise de cette soirée, Jeanne Cherhal (cf. chronique de son premier album) assure la première partie du concert. Elle semble avoir fait évoluer son personnage sur scène : elle n’arbore plus ses nattes et sa robe rouge mais un jean et un caraco noir. Elle se présente les cheveux dénoués, radieuse face à un public qui l’encourage. La jeune nantaise a mûri depuis son premier album, elle semble mieux maîtriser sa voix, ses textes sont toujours corrosifs et nous touchent droit au cœur et l’ensemble, sur scène, sonne plus juste qu’auparavant et donne envie de découvrir son prochain album qui sortira début 2004.

Fersen se met en scène

A peine terminé le dernier morceau de Jeanne, le rideau se lève et Thomas Fersen apparaît : complet marron clair à rayures beiges, veston à petits carreaux noir et blanc, chemise de soie multicolore aux tonalités rouille et turquoise, cravate bariolée… C’est lui le seul artifice de ce spectacle, alors inutile de s’attacher au décor qui se limite au panneau de la ville Saint Jean-du-doigt dans le coin gauche de la scène.

Thomas Fersen commence avec Deux pieds, le regard perdu dans le vague, il joue à merveille la désinvolture. Il nous explique ensuite que ce concert est le dernier à Paris et que cette soirée de clôture se doit d’être exceptionnelle. Pas la peine d’en dire davantage, le ton est donné, Thomas Fersen enchaîne les morceaux à une rapidité déconcertante, jouant avec son public qu’il fait chanter à sa demande. Il balaiera ainsi pratiquement l’intégralité de son dernier album, Pièce Montée des grands jours. A noter le léger murmure qui a parcouru la salle lorsqu’il a entamé ce morceau qu’il chantait en duo avec Marie Trintignant…

Le fou chantant

L’ambiance est festive et l’artiste d’excellente humeur. Il entame d’ailleurs à plusieurs reprises des pas de danse endiablés, tel un danseur turc, balançant son corps de droite à gauche, à cloche pieds et déchaîne le public debout devant lui en lui contant des fables ou passent les animaux de son imaginaire (araignée, lion, papillon, chauve souris…)

Inutile de le redire, Thomas Fersen est un artiste complet aux textes enchanteurs qui sait s’entourer d’une équipe de musiciens hors paire. Ils ne sont que 5 sur scène à l’accompagner et pourtant, en fermant les yeux un instant, on imagine un orchestre : piano, accordéon, basse, guitare, batterie, clavecin, violon, contrebasse, timbale, triangle, etc. Le son était tantôt jazz, tantôt salsa et parfois même tango : du bonheur pour les oreilles.

Thomas Fersen reçoit une ovation du public et est rappelé à trois reprises sans bouder son plaisir. Lorsqu’il interprète Dugenou, récit des malheurs d’un petit garçon timide, c’est le public qui l’appelle "mon p’tit Lu, ma colombe, mon jésus, mon loukoum, ou ma fève" et il en redemande, tendant l’oreille, encourageant les fans à lui transmettre un grand bol d’amour... D’humour aussi, le chanteur ne souhaitant pas interpréter n’importe quel titre à la demande, il appelle sa maman dans le public et nous explique, entre deux rires essoufflés, qu’il est un peu perdu, tel un petit agneau qui vient de naître… Et là, le délire continue, des spectateurs inspirés se mettent à bêler ce qui donne lieu à une joyeuse cacophonie orchestrée par le maître de cette soirée !

Lors d’un rappel, il semble même vouloir nous glisser à l’oreille un peu de son intimité : "voici une chanson que je chante quand je suis seul chez moi." Le public retient son souffle, espérant un inédit… Peine perdue, Thomas nous chante "Vous les femmes, vous le charme…" de Julio Iglesias, puis du Luis Mariano mais rien ne semble déconcerter son public qui lui aussi se prend au jeu tout comme deux de ses musiciens qui l’accompagnent dans une envolée lyrique au violon…

Au dernier rappel, Thomas Fersen, reviendra seul sur scène et sans instruments pour nous chanter a capella Elisabeth, et nous préciser, non sans malice, que "dans Elisabeth, il n’y a pas de e à la fin !"

Il faut alors se résoudre à sortir de La Cigale, le sourire aux lèvres, et des mélodies plein la tête "rititi, ratata, rititi, ratata", bon vent à toi Thomas.


Caroline Ribière
© Jowebzine.com - Novembre 2003
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