Un
concert haut en couleurs, riche humainement et musicalement. Deux
heures trente de pur bonheur.
Première bonne surprise de cette soirée, Jeanne
Cherhal (cf. chronique de son premier album) assure la première
partie du concert. Elle semble avoir fait évoluer son personnage
sur scène : elle n’arbore plus ses nattes et sa robe
rouge mais un jean et un caraco noir. Elle se présente les
cheveux dénoués, radieuse face à un public qui
l’encourage. La jeune nantaise a mûri depuis son premier
album, elle semble mieux maîtriser sa voix, ses textes sont
toujours corrosifs et nous touchent droit au cœur et l’ensemble,
sur scène, sonne plus juste qu’auparavant et donne envie
de découvrir son prochain album qui sortira début 2004.
Fersen se met en scène
A peine terminé le dernier morceau de Jeanne, le rideau
se lève et Thomas Fersen apparaît : complet marron clair
à rayures beiges, veston à petits carreaux noir et blanc,
chemise de soie multicolore aux tonalités rouille et turquoise,
cravate bariolée… C’est lui le seul artifice de
ce spectacle, alors inutile de s’attacher au décor qui
se limite au panneau de la ville Saint Jean-du-doigt dans le coin
gauche de la scène.
Thomas Fersen commence avec Deux pieds, le regard perdu dans le vague,
il joue à merveille la désinvolture. Il nous explique
ensuite que ce concert est le dernier à Paris et que cette
soirée de clôture se doit d’être exceptionnelle.
Pas la peine d’en dire davantage, le ton est donné, Thomas
Fersen enchaîne les morceaux à une rapidité déconcertante,
jouant avec son public qu’il fait chanter à sa demande.
Il balaiera ainsi pratiquement l’intégralité de
son dernier album, Pièce Montée des grands jours. A
noter le léger murmure qui a parcouru la salle lorsqu’il
a entamé ce morceau qu’il chantait en duo avec Marie
Trintignant…
Le fou chantant
L’ambiance est festive et l’artiste d’excellente
humeur. Il entame d’ailleurs à plusieurs reprises des
pas de danse endiablés, tel un danseur turc, balançant
son corps de droite à gauche, à cloche pieds et déchaîne
le public debout devant lui en lui contant des fables ou passent les
animaux de son imaginaire (araignée, lion, papillon, chauve
souris…)
Inutile de le redire, Thomas Fersen est un artiste complet aux textes
enchanteurs qui sait s’entourer d’une équipe de
musiciens hors paire. Ils ne sont que 5 sur scène à
l’accompagner et pourtant, en fermant les yeux un instant, on
imagine un orchestre : piano, accordéon, basse, guitare, batterie,
clavecin, violon, contrebasse, timbale, triangle, etc. Le son était
tantôt jazz, tantôt salsa et parfois même tango
: du bonheur pour les oreilles.
Thomas Fersen reçoit une ovation du public et est rappelé
à trois reprises sans bouder son plaisir. Lorsqu’il interprète
Dugenou, récit des malheurs d’un petit garçon
timide, c’est le public qui l’appelle "mon p’tit
Lu, ma colombe, mon jésus, mon loukoum, ou ma fève"
et il en redemande, tendant l’oreille, encourageant les fans
à lui transmettre un grand bol d’amour... D’humour
aussi, le chanteur ne souhaitant pas interpréter n’importe
quel titre à la demande, il appelle sa maman dans le public
et nous explique, entre deux rires essoufflés, qu’il
est un peu perdu, tel un petit agneau qui vient de naître…
Et là, le délire continue, des spectateurs inspirés
se mettent à bêler ce qui donne lieu à une joyeuse
cacophonie orchestrée par le maître de cette soirée
!
Lors d’un rappel, il semble même vouloir nous glisser
à l’oreille un peu de son intimité : "voici
une chanson que je chante quand je suis seul chez moi." Le public
retient son souffle, espérant un inédit… Peine
perdue, Thomas nous chante "Vous les femmes, vous le charme…"
de Julio Iglesias, puis du Luis Mariano mais rien ne semble déconcerter
son public qui lui aussi se prend au jeu tout comme deux de ses musiciens
qui l’accompagnent dans une envolée lyrique au violon…
Au dernier rappel, Thomas Fersen, reviendra seul sur scène
et sans instruments pour nous chanter a capella Elisabeth, et nous
préciser, non sans malice, que "dans Elisabeth, il n’y
a pas de e à la fin !"
Il faut alors se résoudre à sortir de La Cigale, le
sourire aux lèvres, et des mélodies plein la tête
"rititi, ratata, rititi, ratata", bon vent à toi
Thomas.