Une comédie
de Claude d'Anna et Laure Bonnin
Avec Muriel Robin
Bernard Verley
Nadia Barentin
et Aude Briant
Théâtre Fontaine
10, rue Fontaine - 75009 Paris
Tél. 01 48 74 74 40
Coincés
toute une nuit dans une station-service dautoroute (A71) par
la faute du blocus routier mis en place par les camionneurs en grève,
Irène Coleman, styliste de renom, sa mère, sa sur
et lhomme qui partage sa vie, vont mettre à profit ces
heures passées hors du temps pour faire resurgir du passé
proche et lointain les souvenirs et les rancurs accumulés.
Unité de lieu (la station-service), unité de temps (une
nuit complète) et unité daction (les échanges
verbaux, sur tous les modes, des protagonistes), La griffe a toutes
les caractéristiques de la tragédie antique. Or, cest
bien dune tragédie quil sagit, et non dune
comédie comme la présence de Muriel Robin dans le rôle
principal pourrait le laisser penser.
Commencée dans le sourire ironique, cette douce nuit de printemps
va voir ses protagonistes se dévoiler un peu plus à
chaque réplique. Dévoiler les petits et grands secrets
des autres aussi, dans une sorte de spirale infernale qui finit par
faire tomber tous les masques. Ce crescendo de petites phrases, dallusions
puis de révélations et de règlements de comptes
entraîne irrésistiblement le spectateur-voyeur avide
de ce linge sale déballé en privé/public.
Servi par une Muriel Robin qui se confirme actrice de talent et par
Nadia Barentin, confondante de vérité dans le rôle
de sa mère (et Molière 2002 du second rôle), le
texte habile de Claude dAnna et Laure Bonin nous emmène
au cur des déchirements de cette famille (presque) ordinaire
en ne manquant jamais de glisser dans chaque réplique lironie
acide qui fait sourire le spectateur de connivence.
En distillant habillement la petite phrase assassine, La griffe nous
offre un pur plaisir pervers dont on aurait tort de se priver.