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HIGELIN ENCHANTE TRENET
Le Trianon, mercredi 30 mars 2005
Éloge de la folie : quand un fou chantant rencontre un autre fou chantant, qu’est-ce qu’y s’ racontent ? Higelin enchante Trenet !


"Le nouveau fou chantant, c’est lui", avait dit Charles Trenet en désignant Higelin. Et l’autre Charles (Aznavour) de renchérir, au décès (en 2001) de l’ancien fou chantant "Dorénavant, le seul à pouvoir chanter les chansons de Trenet, c’est Higelin".

Trenet, Higelin le chantait déjà, tout petit, au cinéma de Chelles, accompagné au piano par son cheminot de paternel. C’est même comme ça qu’il a vu pour la première fois la mer, à Nice : il avait gagné le prix du radio-crochet de la Pie-Qui-Chante ! Par la suite, Trenet apparaîtra clairement comme un des principaux inspirateurs d’une œuvre riche à ce jour d’une bonne vingtaine d’albums et d’une multitude de prestations scéniques.

Ayant besoin de prendre un peu d’air, de distance, par rapport à ses propres fourmillantes créations, Higelin accepte l’idée qu’on lui glisse de monter un spectacle autour des chansons de Charles Trenet. Accompagné par son fidèle et très inventif percussionniste Dominique Mahut, il va concevoir puis roder date après date, sur les routes de province, ce tour de chant exutoire, hommage à sa façon.

Ce soir, dans la très jolie petite salle rococo du Trianon (pas tout à fait pleine), cohabitent les fans de Higelin et les fans de Trenet. Mais c’est bien Higelin qui est sur scène et on le comprend vite. Higelin fera du Higelin… avec les chansons de Trenet… et ce sont les fans d’Higelin qui sortiront vainqueurs. Pour avoir eu la chance de voir Charles Trenet sur scène à plusieurs reprises (notamment à la première au Châtelet, en décembre 89, quel souvenir !) avec un plaisir et une émotion extrêmement intenses, j’avoue me situer plutôt dans l’autre camp. Et je constate que, finalement, la folie n’est pas une donnée adaptable : la folie de Trenet était la sienne, la façon qu’il avait d’interpréter ses chansons était la meilleure. Et la folie d’Higelin ne leur va pas si bien. Ni sa façon de les alourdir avec son jeu de piano bastringuo-blues, souvent approximatif et sa voix trop éraillée (en plus, ce soir il a une angine, le pauvre !).



Les longs (parfois interminables) délires entre les morceaux, les échanges faciles avec le public (cours de diction avec Débit de l’eau, clowneries et gesticulations téléphonées, limite patronage), le choix des titres somme toute assez conventionnel (La mer, Je chante, Le jardin extraordinaire, Papa pique et maman coud…) et les adaptations démagos (La romance de Paris à la sauce orientale) laissent finalement une impression mitigée avec très peu de vrais moments forts. Le soleil et la lune est de ceux-là, uns des instants magiques du concert où les deux folies semblaient parfaitement à l’unisson. La folle complainte, curieusement sobre (il faut dire que le texte - véritable bijou de surréalisme - se suffit à lui-même !), en fut également.

Mais le vrai point culminant, il est à situer à la fin du concert. Après un premier rappel, les lumières rallumées, la salle à moitié vidée continue de réclamer et là… coup de folie, Higelin envoie de façon magistrale, enlevée, illuminée un Tête en l’air brillantissime suivi d’un extraordinaire Champagne d’anthologie qui s’éternisera jusqu’à plus soif devant la foule (enfin) en délire. Tête en l’air et Champagne... deux morceaux de… Jacques Higelin, bien sûr ! CQFD !


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Avril 2005
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