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     SPeCTaCLeS
 
HUSHPUPPIES
Le 8 mars 2006 au Ninkasi - Lyon
La nuit brille de ses étoiles noires et sur les lèvres de l’assistance, un seul mot : Hushpuppies. Oui, un des rares groupes français capables de jouer le rock’n’roll avec autant de classe que leurs pairs de Grande-Bretagne ou d’ailleurs. Ils le démontreront avec brio tout au long d’un concert époustouflant au Ninkasi, théâtre du sacrifice au dieu Rock.


Olivier Jourdan (chant) arrive sapé comme un prince, chemise oreilles d’éléphant, veste cintrée à deux boutons, foulard noué autour du cou, jean cigarette et chelsea boots aux pieds. Dès la première chanson (Alice in Wonderland), Hushpuppies déploie les grandes orgues et joue pied au plancher, sans complexe. La basse est élastique comme sur les vieux enregistrements Motown, la guitare bourdonne allègrement et donne des fourmis dans les jambes. A l’axe classique guitare/basse/batterie viennent s’ajouter des assauts de claviers Fender Rhodes et autres Korg à modulations cosmiques. Olivier est éblouissant : braillard et sardonique sur la perle misogyne Natasha, impérial sur les brûlots punk à la Ramones (You’re gonna say yeah), le diable au corps sur les gemmes garage-psyché aux psychotropes ravalés (Sorry so, Marthelot‘n’clavencine).

La fièvre noire et la blanche mélancolie de leur premier 25 centimètres (The trap, sorti sur Diamondtraxx l’année dernière) sont magnifiquement distillées ce soir, avec une fougue et une précision déconcertantes. On se laisse porter par ces explosions hypnotiques et ces chansons aux mélodies finement troussées, douces-amères et clinquantes. Inutile de dire qu’ici tout se fait (ou presque) en anglais, comme leurs pairs, à qui ils n’ont d’ailleurs rien, mais absolument rien à envier.

Poussant leurs obsessions jusqu’à leur paroxysme (la culture mod, la soul Motown, le rock’n’roll, les groupes garage Nuggets…), les Hushpuppies nous gratifient d’une reprise roborative d’un vieux classique des Kinks (I’m not like everybody else), nous projetant en un clin d’œil dans les rues de Carnaby Street en plein Swinging London. La salle est béate d’admiration devant tant de justesse, tant de cohérence et d’alchimie contagieuse.

Ailleurs, les boucles volontairement répétitives et obsédantes des claviers et de la basse nous ramènent directement sur la piste de danse (Bassautobahn). Olivier, véritable gravure de mode (mod ?) danse à s’en rompre les hanches, passant du chant au tambourin et du tambourin au synthé Korg. Il est infatigable. L’audience a les yeux braqués sur ce jeune dandy et réalise sans peine que nous tenons là une gloire nationale… Jouant dans la même cour miraculeuse que Natasha Lejeune et AS Dragon.

En boxeurs sonnés, les cinq petits Perpignanais exilés à Paris laissent la scène à feu et à sang après une bonne heure et demi de rock’n’roll furibard et drogué. Hushpuppies tutoie les cieux et peut regarder maintenant tous les prétendants revivalistes ou autres coureurs de soirées branchées avec commisération… Olivier, Wilfried, Cyrille, Guillaume et Franck SONT le rock’n’roll français. C.Q.F.D.


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Mars 2006



Site officiel : www.hushpuppiestheband.com
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