La
nuit brille de ses étoiles noires et sur les lèvres
de l’assistance, un seul mot : Hushpuppies. Oui, un des rares
groupes français capables de jouer le rock’n’roll
avec autant de classe que leurs pairs de Grande-Bretagne ou d’ailleurs.
Ils le démontreront avec brio tout au long d’un concert
époustouflant au Ninkasi, théâtre du sacrifice
au dieu Rock.
Olivier Jourdan (chant) arrive sapé comme un prince, chemise
oreilles d’éléphant, veste cintrée à
deux boutons, foulard noué autour du cou, jean cigarette et
chelsea boots aux pieds. Dès la première chanson (Alice
in Wonderland), Hushpuppies déploie les grandes orgues et joue
pied au plancher, sans complexe. La basse est élastique comme
sur les vieux enregistrements Motown, la guitare bourdonne allègrement
et donne des fourmis dans les jambes. A l’axe classique guitare/basse/batterie
viennent s’ajouter des assauts de claviers Fender Rhodes et
autres Korg à modulations cosmiques. Olivier est éblouissant
: braillard et sardonique sur la perle misogyne Natasha, impérial
sur les brûlots punk à la Ramones (You’re gonna
say yeah), le diable au corps sur les gemmes garage-psyché
aux psychotropes ravalés (Sorry so, Marthelot‘n’clavencine).
La fièvre noire et la blanche mélancolie de leur premier
25 centimètres (The trap, sorti sur Diamondtraxx l’année
dernière) sont magnifiquement distillées ce soir, avec
une fougue et une précision déconcertantes. On se laisse
porter par ces explosions hypnotiques et ces chansons aux mélodies
finement troussées, douces-amères et clinquantes. Inutile
de dire qu’ici tout se fait (ou presque) en anglais, comme leurs
pairs, à qui ils n’ont d’ailleurs rien, mais absolument
rien à envier.
Poussant leurs obsessions jusqu’à leur paroxysme (la
culture mod, la soul Motown, le rock’n’roll, les groupes
garage Nuggets…), les Hushpuppies nous gratifient d’une
reprise roborative d’un vieux classique des Kinks (I’m
not like everybody else), nous projetant en un clin d’œil
dans les rues de Carnaby Street en plein Swinging London. La salle
est béate d’admiration devant tant de justesse, tant
de cohérence et d’alchimie contagieuse.
Ailleurs, les boucles volontairement répétitives et
obsédantes des claviers et de la basse nous ramènent
directement sur la piste de danse (Bassautobahn). Olivier, véritable
gravure de mode (mod ?) danse à s’en rompre les hanches,
passant du chant au tambourin et du tambourin au synthé Korg.
Il est infatigable. L’audience a les yeux braqués sur
ce jeune dandy et réalise sans peine que nous tenons là
une gloire nationale… Jouant dans la même cour miraculeuse
que Natasha Lejeune et AS Dragon.
En boxeurs sonnés, les cinq petits Perpignanais exilés
à Paris laissent la scène à feu et à sang
après une bonne heure et demi de rock’n’roll furibard
et drogué. Hushpuppies tutoie les cieux et peut regarder maintenant
tous les prétendants revivalistes ou autres coureurs de soirées
branchées avec commisération… Olivier, Wilfried,
Cyrille, Guillaume et Franck SONT le rock’n’roll français.
C.Q.F.D.