Pièce de Marivaux
Mise en scène par Irina Brook
Avec Lubna Azabal
Alex Decasse
Stéphanie Lagarde
Sydney Wernicke
et Fabio Zenoni
Théâtre de l'Atelier
Place Charles Dullin
75018 Paris
Métro Anvers
Réservation : 01 46 06 49 24
Mise
en scène, acteurs, texte. Tout concourt à faire
de L’île des esclaves de Marivaux, un des meilleurs
spectacles de la saison.
Irina Brook met en scène L’île des esclaves
de Marivaux au Théâtre de l’Atelier. Il s’agit
d’une pièce en un acte qui se trouve à la
confluence de beaucoup de thèmes chers au XVIIIe siècle.
Le rapport maître-valet, tout d’abord, occupe une
place importante et ce depuis Don Juan et Sganarelle en passant
par Jacques le fataliste et son maître. Mais il faudrait
également citer le Figaro de Beaumarchais.
Les grands auteurs - ceux que nous appelons classiques pour
plus de commodité - ont réfléchi sur le
rapport de sujétion. Qui a le pouvoir, pourquoi, comment
s’en sert-il ? Que ressent celui à qui on donne
des ordres ? Comment s’en sort-il ?
En un mot, nous nous trouvons dans le fameux rapport maître-esclave
analysé par Hegel et nous savons que l’esclave
peut être le maître de son maître et vice-versa.
Dans L’île des esclaves, Marivaux nous raconte l’histoire
suivante : à la suite d’un naufrage, un noble et
une noble, un valet et une servante originaires d’Athènes
se retrouvent sur une île plutôt spéciale.
Elle appartient à d’anciens esclaves qui ont décidé
de "rééduquer" les nobles qui ont le
malheur d’y poser le pied.
En effet, un maître de cérémonie intervient
et propose dans un premier temps aux valets de prendre la place
de leurs maîtres et dans un second temps, il oblige le
noble transformé en roturier à affronter le portrait
qu’en fait le roturier anobli.
Le processus est étrange, entre jeu de rôle sadique
et procès de Moscou. Un tribunal s’érige
et on tend un miroir au coupable pour qu’il reconnaisse
ses fautes. S’il les reconnaît, il sera pardonné
et absous.
Ne vous attendez cependant pas à voir une pièce
sombre. Irina Brook use de tous les artifices pour donner une
représentation théâtrale jouissive. Pantomime,
chanson, danse. Le spectacle surprend au début (il y
a bien cinq minutes avant que le premier mot ne soit prononcé)
puis il nous embarque dans son allégresse. La mise en
scène est chorégraphiée au cordeau et les
acteurs se donnent sans retenue.
Plus la pièce avance, plus l’euphorie déteint
sur la salle. La toute fin, sur une chanson de Louis Armstrong,
est d’une beauté renversante. Ce spectacle devrait
être remboursé par la Sécurité Sociale.
Les professeurs peuvent y emmener leurs élèves
pour qu’ils apprennent à aimer le théâtre.
Marivaux est intelligent et cruel. Irina Brook s’amuse
à nous divertir pour mieux nous faire réfléchir.
Pour parodier une émission de télévision
pas drôle, c’est vraiment "rien que du bonheur".