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KABUKI

Théâtre national de Chaillot
1 place du Trocadéro
75116 Paris

Tél. 01 53 65 30 00

Première partie
Toribe-yama Shinjû
(Double suicide à Mont Toribe)

Deuxième partie
Kôjô
(Cérémonie de la nomination pour Ebizô XI

Troisième partie
Kagami-jishi
(Lion au miroir)
Pour la première fois à Paris, un spectacle de kabuki interprété par les plus grands maîtres japonais de cet art théâtral ancestral était donné à Chaillot. Une performance saisissante.


Le kabuki est une forme théâtrale japonaise née en 1603 à Kyôto. Ce nom est formé de trois caractères chinois : ka, le chant, bu, la danse et ki pour la technique. Au Japon, il s'agit d'une forme de divertissement populaire très éloigné, à l'origine, de sa perfection formelle actuelle.

Le kabuki naît en réaction au théâtre Nô devenu au 17e siècle le divertissement raffiné par excellence de la classe militaire dirigeante. Alors que dans le Nô ce sont les hommes qui interprètent des rôles de femmes, dans le kabuki du début du 17e siècle, ce sont les femmes qui endossent les rôles d'hommes, parodiant par exemple le jeu de la séduction et les rapports hommes-femmes. Le succès est au rendez-vous, mais les rapports entre théâtre et prostitution sont trop clairs et le gouvernement des Tokugawa l'interdit en 1629. Aux femmes succèdent des troupes d'adolescents, mais le gouvernement qui redoute l'extension de comportements déviants dans la société les interdit à nouveau. C'est alors qu'apparaît le prototype de la forme actuelle du kabuki qui va peu à peu s'imposer : des troupes d'acteurs.

Ce bref aperçu historique met en évidence la vitalité d'un genre qui lui a permis de résister aux interdictions successives du gouvernement, toujours soucieux des répercussions néfastes de certains spectacles.

De cette forme qui trouve grâce aux yeux du shogunat, on retient pour principale innovation le fait que les rôles de femme soient tenus par des hommes. Le rôle de la femme est stylisé mais il se conçoit dans le plus grand réalisme, en adoptant une élocution en voix de fausset et des gestes féminins. Un acteur spécialisé dans les rôles de femme est souvent plus féminin qu'une femme. Les familles d'acteurs de kabuki spécialisés dans les rôles de femme existent depuis le 17e siècle et se transmettent la technique de générations en générations. Peu à peu, des auteurs à part entière écrivent les pièces, les thèmes abordés sont plus nombreux.

Une représentation exceptionnelle

Le spectacle qui s'est donné au Théâtre National de Chaillot était exceptionnel à plus d'un titre. La venue à Chaillot d’un Danjûrô et d’un Ebizô, de la famille Ichikawa, sans doute la plus importante à ce jour, est exceptionnelle : en effet, au printemps 2004, Shinnosuke Ichikawa VII, héritier du nom d’Ebizô, est devenu Ebizô Ichikawa XI, dix-huit ans après que son propre père a opté pour celui de Danjûrô XII. Shinnosuke, star dans son pays aussi bien comme jeune acteur de kabuki que de séries télévisées, reprend un titre de la famille : "Le nom d’Ebizô évoque l’énergie et la sérénité ; c’est un nom d’une telle fraîcheur que, si l’on parvient à franchir une certaine étape, un horizon encore plus large s’ouvre devant soi", résume le jeune homme.

Cette prise de nom, désignée sous le nom de cérémonie de la nomination pour Ebizô XI, constituait la seconde partie du programme kabuki (inédit en Europe). Outre ce changement de nom, l’acteur adoubé doit assimiler le jeu de son prédécesseur à sa façon et en porter haut les couleurs. Le nouvel Ebizô XI, dans cette cérémonie Kôjô, pratique une série de mie et nirami, des gestes et jeux de physionomie figés, propriété exclusive de la famille Ichikawa.

Les deux spectacles choisis illustrent bien la variété et la richesse des différentes pièces. La première est de facture assez classique. Il s'agit d'un double suicide. Au-delà de l'aspect dramatique, il faut avoir à l'esprit le nombre d'interdiction pesant sur cette forme théâtrale. Le romanesque est ici relégué au second plan derrière l'aspect moralisateur : le Bien triomphe du Mal, l'immoralité est punie, ce qui faisait partie du "contrat" avec le gouvernement : éduquer les masses populaires avec des spectacles édifiants.

La seconde pièce est une création de Danjûrô IX en 1893. C'est une des "nouvelles 18 pièces principales de kabuki". Le plus remarquable dans cette pièce de danse de kabuki est que le même acteur joue pendant la première moitié une gracieuse femme chambellan Yayoi, et pendant la seconde moitié un lion viril. La performance est saisissante.

L'ensemble du spectacle est un pur moment de bonheur et réalise la prouesse de nous emmener très loin de Paris, peut-être dans ce fameux kabuki-za (théâtre) de Tokyo, à l'autre bout de la Terre. Un régal pour les yeux et les oreilles !


Alexandra Grandmougin
© Jowebzine.com - Octobre 2004
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