2008 VALLEE
Spectacle de et avec
Philippe KATERINE
et Mathilde MONNIER
Création à la Ferme du Buisson
Dimanche 26 février 2006
Un
sol tout jaune. Sept micros sans fil sur des pieds noirs : un sur
le devant, cinq alignés en retrait sur la droite, un tout au
fond. Trois filles et deux gars de noir vêtus s’acheminent
mécaniquement vers les cinq alignés.
- Qui est cet être humain là, à côté
de moi ? Qui chante exactement les mêmes mots que moi ?…
A capella. A moitié juste. Sont-ce des robots ? Inexpressifs
leurs gestes saccadés et leur regard figé. Et puis un
monsieur en chaussettes, tout en noir aussi, même les chaussettes,
arrive du fond au micro du devant et, strident comme une sirène
d’alarme :
- J’adoooooore regarder danser les gens !
Une musique forte et rythmée un peu comme dans les discothèques
ringardes, l’encourage...
- J’adooooooore, j’adooooore…
Sur tous les tons, dans les aigus, dans les graves, avec des gestes,
avec des mimiques, les cheveux en l’air… C’est très
drôle, mais tout au plus les gens du public sourient, personne
ne rit.
- Et de temps en temps… je coupe le son… je remets le
son… et je coupe le son… et je remets le son…. J’adoooooore…
Cela dure assez longtemps, et puis un des deux mecs parmi les cinq
alignés se jette sur lui, le fait tomber par terre, se roule
avec sur le sol, c’est la bagarre… Les autres ne voient
rien. Ils s’emparent de leurs micros et les déplacent
à d’autres endroits. Ils entament d’autres textes,
bougent leurs corps, prennent vie, se choquent, s’entrechoquent.
Ils enlèvent leurs uniformes noirs. D’abord le haut.
Les filles ont de très beaux seins.
- Excuse-moi j’ai éjaculé dans tes cheveux à
un moment inadéquat…, vient nous confier l’autre
gars, pas celui qui se bagarrait.
- Alors excuse moi, alors excuse moi…
- Qu’est-ce qu’il a dit ? J’ai pas compris c’qu’il
a dit ? rétorque l’échevelé torse-nu accroupi
au sol.
Et patati et patata, les filles enlèvent le bas et enfilent
slips et sous-pull rose. Ils deviennent tous en sous-pull rose ! Et
en slip. Danse et chant s’entremêlent, les sept protagonistes
allant de l’un à l’autre en parfaite indifférence
les uns pour les autres.
- Répétez après moi… (voix suraiguë)
- Après moi ! (les autres)
- Non ! Répétez après-moi : on n’a rien
compris au film (voix suraiguë)
- On n’a rien compris au film (les autres)
- Répétez après-moi : c’est fou comme on
s’la pète (voix suraiguë)
- C’est fou comme on s’la pète (les autres)
- Répétez après-moi : on s’prend pas pour
de la merde (voix suraiguë)
- On s’prend pas pour de la merde (les autres)
Et alors ? Alors, le sol se soulèvera lentement pour engloutir
inexorablement sept êtres humains en slip et sous-pull rose
dans une sorte de monstrueuse vague bruyante et caoutchoutée.
Punition ? Prémonition ? Résurrection ?
Hallucinant, troublant, indescriptible, drôle et unique, ce
spectacle autour des chanson de son dernier album est une folie géniale
de plus dans la vie de Philippe Katerine dont la place dans l’univers
artistique français est décidément en train de
s’affirmer magistralement.
Chance ! Ce spectacle sera re-visible à Paris (Centre Georges
Pompidou) les 17,18 et19 mai 2006.
Pré-requis indispensable : être imbibé du disque
Robots après
tout au préalable.