Compagnie 78 Folie Théâtre
Mise en scène Aurélie Rolin
Avec Manon Jomain
Sophie Choukroun
Olivier Charbonnel
et Stéphane Géraud
Tous les vendredis à 20 heures
Du 17 septembre
au 12 novembre 2004
(sauf le 1er octobre)
Théâtre du Club-Dunois
61, rue Dunois
75013 Paris
Tél. 01 53 10 17 60
Une
femme enceinte acariâtre, un mari débordé,
une sage-femme dominatrice, une belle mère castratrice,
un médecin moqueur et une naissance qui n’en finit
plus de ne plus finir.
Ce qu’il y a de bien avec Feydeau c’est qu’on
pourrait le jouer sur fond noir en dessinant les meubles à
la craie, ça marcherait aussi bien que dans du rococo
version Hart-Cardwell. Voilà, en substance, ce que se
sont dit les membres de la compagnie 78 Folie Théâtre,
poussés qu’ils étaient par l’envie
de se produire, de se faire un Feydeau, d’entendre rire
un public et de faire ça avec trois sous et deux bassinoires,
si tant est qu’on eu besoin de deux bassinoire.
Feydeau est hilarant dès la lecture. Un siècle
de moquerie des drames bourgeois fait encore recette aujourd’hui
sans qu’on ait forcément besoin de se pâmer
en prononçant l’adage populaire des critiques qui
n’ont rien de mieux à dire que "et puis c’est
d’une telle actualité !" Précisément
non, Feydeau n’est pas d’actualité, Feydeau
est dépassé, suranné, tout à fait
Brigade du Tigre, absolument déconcertant de classicisme
et ça marche comme une vieille Singer à pédale.
C’est bon sous la langue, c’est d’un humour
ravageur et ça ne tient en rien : prendre un bouc-émissaire
et taper dessus à bras raccourci pendant une heure et
demie afin que sa revanche soit des plus jubilatoires.
Aurélie Rolin prend donc Feydeau par le texte, dresse
un bilan comptable de sa compagnie, attache ses quatre comédiens
pour interpréter les huit rôles de la pièce,
opte pour le fond noir et le bâton de craie, trouve une
salle dans le VIIIe arrondissement de Paris pour tenir trois
dates et roule.
C’était au mois de juin et ça faisait un
bien dingue. On avait l’impression d’aller au spectacle.
Une heure et demie plus tard, on avait du mal à quitter
la salle, on en aurait bien repris trois quart d’heure
de plus. Alors, encouragé par ces trois dates, la Compagnie
78 est repartie en quête et s’est dégotée
une place en or au Théâtre Club-Dunois. Huit dates.
Pas une de plus. Et c’est urgemment immanquable.
Quatre comédiens taillés sur place dans le papier
du texte s’égosillent, galopent dans les tirades,
traversent la scène d’une porte à l’autre
en dégoisant sur les rôles sociaux de cette bonne
société matriarcale, se pressent en coulisse pour
mettre qui un chapeau, qui une blouse, qui n’importe quoi
du code vestimentaire destiné à identifier son
personnage, s’amusent, se délectent, se précipitent
et pour finir saluent.
Voilà, c’est fini.
C’est déjà passé.
Huit dates jusqu’au 12 novembre.
Et ça coûte bien moins cher que la 800e reprise
de Boeing Boeing !