ON
THE (LIVING) ROAD AGAIN
En tournée en France (et ailleurs), la chanteuse nomade
est passée par Paris. Elle a chanté. On a adoré.
Quand on va voir un concert au Grand Rex, il vaut mieux prendre
des places à l’orchestre et se pointer assez tôt.
Et là, on est dans les conditions idéales : sous
une voûte étoilée, dans le décor
orientalo-rococo d’une salle atypique qui a le si bon
goût d’installer son public dans de moelleux fauteuils
en cuir fauve avec plein de place pour étendre ses jambes...
Après y avoir rencontré au fil des ans des Stray
Cats, des Carmel, des Brigitte Fontaine, des VRP, des Brian
May... c’est pour l’envoûtante Lhasa de Sela
que nous nous installons douillettement ce soir à un
honorable quinzième rang babord, pas loin de la régie
son et lumière. La foule est calme, recueillie, 35/40
ans de moyenne. Pas de première partie, les lumières
s’éteignent à l’heure dite, les musiciens
investissent la grande scène noyée de rouge et
Lhasa entre aux premières notes. D’une simple et
noire robe chasuble vêtue elle empoigne l’énorme
micro sur pied, s’en masque le visage et chante. Con toda
palabra (premier morceau de The
living road, le splendide dernier album). La voix
est éraillée, comme si le froid de mars lui avait
fait un sale coup.
La marée haute, puis la Frontera qui suivent sont également
douloureuses, presque trachéïques... et puis, petit
à petit l’organe chauffe pour atteindre son timbre
si caractéristique, grave et feutré, fort et sensible.
Unique. Et le public frissonne à l’unisson au fil
des chansons profondes et mélancoliques que Lhasa prend
soin d’introduire par de petites anecdotes, d’une
petite voix timide au charmant petit accent venu d’on
ne sait où (Mexique ? Canada ? Marseille ? Etats-Unis
? Liban ?).
J’arrive à la ville, sonne le véritable
démarrage du concert. Rassuré sur l’état
vocal de l’artiste, on peut élargir ses oreilles
à l’excellence des musiciens. Violoncelle, piano-orgue,
basse, batterie, guitares, trompette : le groupe produit une
musique d’une finesse et d’une précision
époustouflantes qui trouve son apothéose dans
une magistrale version de Anywhere on this road, pleine de percussions
et d’âme. Lhasa, 32 ans, est là, humble,
émouvante, chaleureuse, qui pioche aussi dans le répertoire
du premier album (La Llorona) et finit par faire se remuer un
peu la foule avec l’endiablée La Celestina... Trois
rappels debout : Lhasa donne et donne encore, avec une générosité
et une joie largement partagées avec ses musiciens.
Et ça finira sur un très fascinant Soon this space
will be too small longuement introduit par la théorie
de la vie et de la mort selon papa De Sela. Rideau. Du grand
art populaire, authentique, profond et rassurant. Merci Lhasa.
Roland Caduf
© Jowebzine.com - Mars 2004
PS : Lhasa est actuellement en tournée en France. Ne manquez
pas la rencontre si elle passe près de chez vous. Dates,
interviews etc... disponibles sur l’excellent http://www.sendereando.com
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