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     SPeCTaCLeS
 
TA MAIN DANS LA MIENNE

Une pièce de Carol Rocamora
Mise en scène de Peter Brook
Avec Natasha Parry
et Michel Piccoli

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis, bd de la Chapelle
75010 Paris
Tél. 01 46 07 34 50

COMMUNION EPISTOLAIRE
Peter Brook unit le public au destin de Tchekhov par une mise en scène dosée et deux acteurs émouvants.


Une correspondance épistolaire jouée par deux acteurs : lecture de lettres sans décors. Risque d’ennui, ton monocorde et morosité. Danger. Oui, peut-être, mais pas avec Natasha Parry et Michel Piccoli, ni avec Peter Brook metteur en scène.

Dans quel ordre prendre l’éloge ? Le cadre. Les Bouffes du Nord, une façade comme une autre du 10e arrondissement de Paris. Une nuit pluvieuse d’automne, triste et froide. Un théâtre ? Non, une invitation à rêver éveillé, une invitation au nomadisme de l’esprit. Cette salle tirée de l’oubli, encore un peu en ruine. Les murs bordeaux de part et d’autre de la scène. Le spectateur est pris dans un songe baroque où la fiction n’a pas de limite, et n’est arrêtée par rien dans ce théâtre où la scène est de plain-pied avec le public (le premier rang est assis sur des coussins au pied des acteurs).

La mise en scène. Peter Brook. Dans Oublier le temps, il explique très bien sa volonté de transmettre le message par-delà l’éloignement de l’acteur et du texte : l’intention de l’acteur doit être vraie et nullement feinte sans quoi on n’assisterait qu’à une récitation. Pour ne pas troubler la vérité du jeu, juste quelques éléments de décor : trois chaises, un bureau et la scène surélevée d’une dizaine de centimètres, qui ne sont que l’occasion de l’évocation, des outils entre les mains des acteurs pour évoquer, toucher notre imagination que vont rassasier Natasha Parry et Michel Piccoli.

Les acteurs. Je ne sais si c’est au texte ou à eux que l’on doit d’assister à un événement si vivant. Une relation amoureuse vécue la plus part du temps à des kilomètres de distance. Ils voient, et nous avec eux, les paysages qu’ils décrivent, nous sommes suspendus à leurs interrogations que portent les routes de Russie et d’Europe, nous partageons leurs joies et le drame qui gagne. Ils sont vivants bien au-delà des lignes, sur un papier jauni, extirpées du fond d’une malle. Elle, est une actrice dont Tchekhov s’éprend. Son accent anglais donne une distance parfaite pour une telle relation, crée un éloignement qui complète à merveille le jeu de scène fait de petits riens imageant la distance de l’absence ou au contraire symbolisent les rares moments où ils ont partagé les mêmes lieux. Lui, Tchekhov, est impressionnant, tantôt fort, amoureux, jeune, tantôt faible, malade, mourant.

Il n’est pas encore trop tard pour y aller.


Rodolphe Even
© Jowebzine.com - Décembre 2003

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