Le
24 juin dernier, Paul McCartney était au Stade de France
et, comme à chaque fois, submergeait de plaisir un public
jamais rassasié des compositions de l'intemporel Macca.
Un peu plus d'un an après son passage par Bercy, Paul
McCartney était de retour en France, au Stade de France,
dans le cadre de sa tournée '04 Summer Tour. Or, ici,
comme dans la plupart des autres stades visités en Europe,
il restait des places libres. Moralité : peut-être
Sir Paul a-t-il vu trop grand et devra-t-il se contenter de
Bercy la prochaine fois ! D'autant plus que l'acoustique d'un
stade n'est évidemment pas à la hauteur de celle
d'une salle, et que par la force des choses, une partie du public
se retrouve très, très loin de la scène...
Vers 21 h, alors que le soleil n'était pas encore couché,
une troupe de danseurs et d'acrobates envahit la scène,
pendant qu'un DJ jouait des versions remixées (plutôt
avec bon goût) de certains titres peu connus de Paul,
comme Oh woman Oh why ou Temporary secretary. Un quart d'heure
plus tard, ce fut McCartney et son groupe qui arrivèrent,
sous les ovations du stade. Après avoir ouvert avec Jet,
le groupe enchaîna avec Got to get you into my life ;
il s'agit du même (remarquable) groupe que l'an dernier
: Brian Ray et Rusty Anderson aux guitares, Wix Wickens aux
claviers et Abe Laboriel Jr à la batterie.
Puis Paul McCartney salua la foule de son traditionnel "Bonsoir
Paris !", avant de poursuivre avec une des bonnes surprises
de ce concert, Flaming pie, de l'album de 1997 du même
nom. La seconde bonne surprise fut You won't see me, un des
titres les moins connus de Rubber soul, interprété
à la perfection (mention spéciale pour les chœurs,
dignes de ceux des Beatles). Puis vint She's a woman, chanté
avec la même conviction et la même énergie
qu'il y a maintenant 40 ans. Comment, mais comment ce sexagénaire
fait-il pour chanter comme cela ?
Comme à Bercy en 2003, le concert comportait une partie
acoustique et solo. La seule nouveauté de cette partie
fut l'apparition très sympathique de In spite of all
the danger, première composition des (futurs) Beatles,
enregistrée en 1958. Le public eut en plus le plaisir
de chanter les chœurs ("whooooowhooooo !") avec
McCartney. Même si ce n'était plus une nouveauté,
l'hommage à John Lennon, Here today, fut toujours un
moment émouvant, cette chanson étant certainement
une des plus belles et plus fortes jamais composées par
Paul dans sa carrière solo. Les hommages se poursuivirent
avec la reprise du All things must pass de George Harrison,
avant une interprétation brève et joyeuse de Yellow
submarine, pour que Ringo ne soit pas oublié !
Le groupe revenu sur scène poursuivit par une "nouvelle"
reprise des Beatles, I'll follow the sun, dont la fin fut reprise
trois fois car, comme l'expliqua Paul en plaisantant, "on
faisait des chansons tellement courtes à l'époque
!" For no one est également très courte,
ce qui explique sans doute pourquoi Paul rejoua la fin de I'll
follow the sun une quatrième fois ! On regrettera plus
que jamais sur ce titre l'absence d'un vrai ensemble de cuivres,
qui remplacerait avantageusement le synthétiseur de Wix
Wickens. Vint ensuite l'excellent Calico skies (de l'album Flaming
pie), pas particulièrement applaudi par un public venu
avant tout pour écouter des chansons des Beatles. Il
fut donc clairement satisfait par la suite : I've just seen
a face, Eleanor Rigby et Michelle, rajoutée spécialement
dans le répertoire pour ce concert à Paris. Suivit
une version explosive de Drive my car, puis, un peu plus tard,
une nouveauté dans le répertoire de l’ex-Beatle
: I've got a feeling, peut-être un peu trop lente mais
avec un son de guitare d'une puissance à toute épreuve,
et une voix toujours aussi impressionnante.
Puis Paul regagna son "piano magique" psychédélique
pour un morceau semi-travaillé, semi-improvisé
dont les paroles récurrentes étaient "Everything's
gonna be alright in Paris... in Paris..." Cet OVNI sembla
laisser le public assez perplexe, mais il se retrouva rapidement
en terrain familier quand Paul attaqua Lady Madonna.
Vint ensuite l'incontournable "Sainte Trinité"
: Hey Jude (repris longuement et avec plaisir par le public),
puis, après le départ puis le retour du groupe
sur scène, Yesterday et Let it be. Le moins que l'on
puisse dire est que l'on était alors en terrain connu.
Heureusement, après l'inusable I saw her standing there,
et un second rappel, vint ce que de nombreux fans de McCartney
attendaient : Helter skelter, le morceau le plus violent jamais
enregistré par les Beatles. On attendait Paul au tournant
(pouvait-il encore chanter ce titre ?) et il ne déçut
pas, porté par les autres membres du groupe, tous à
la hauteur du défi.
Le concert s'acheva de manière également assez
traditionnelle mais toujours aussi efficace, avec le medley
de Sgt.Pepper (Reprise) et The end. Puis le public quitta le
stade, pendant que le mélancolique Junk (tiré
du premier album solo McCartney de 1970) résonnait dans
les haut-parleurs. Justement, pourquoi ne pas jouer Junk plutôt
que Yesterday ? On peut continuer à rêver d'un
concert où Paul cesserait de vouloir satisfaire le "grand
public" à tout prix (ce qui est, de son propre aveu,
son objectif), prendrait un peu plus de risques et laisserait
tomber ses classiques pour se consacrer à ses merveilles
oubliées : c'est sans doute de ces quelques perles trop
rares que sont venues les plus grandes émotions lors
de ce concert.