Untitled Document
 

     SPeCTaCLeS
 
LA MENAGERIE DE VERRE
 De Tennessee Williams
 
Mise en scène de Irina Brook
 Avec Josiane Stoleru
Serge Avedikian
Samuel Jouy
et Romane Bohringer
 
 Théâtre de l'Atelier
 1, place Charles Dullin
75018 Paris
Tél. 01 46 06 49 24
Quand les gens entrent dans la salle, la scène est éclairée et l’on entend des vieux airs de jazz des années trente. On distingue un intérieur anonyme, des meubles blancs et notamment un meuble tournant sur lequel sont exposées des figurines de verre. Ensuite, et toujours pendant que le public s‘installe, un acteur entre sur scène, s’assied et fume une cigarette en regardant droit devant lui, perdu dans ses pensées.

Ainsi commence, dans la mise en scène limpide d’Irina Brook, La ménagerie de verre, l’une des premières pièces de Tennessee Williams. Il paraît qu’elle est très autobiographique. En effet, elle évoque les souvenirs d’un jeune homme travaillant dans un entrepôt de chaussures et étouffant dans le domicile familial. Le père est parti, il y a des années. La mère a été une beauté évaporée du sud des Etats-Unis et vit dans le regret de sa splendeur passée. Ce qui donne un sens à son existence, c’est l’éventualité de réussir à marier sa fille, Laura, une jeune handicapée, paralysée autant par son boitement que par sa timidité. Le jeune homme étouffe dans cet univers. Il rêve d’écrire et s’évade en allant au cinéma ou en buvant. Mais un soir, il décide de ramener un collègue de travail chez lui, pour le présenter à sa sœur.

La mise en scène prend le parti de ne pas illustrer littéralement ce que la pièce raconte. Elle a raison. On imagine aisément à quel degré de pathos on pourrait s’abaisser. Ça n’est pas le cas. Au contraire, Irina Brook choisit quasiment de chorégraphier le jeu de ses acteurs. Ils dansent, ils chantent, ils se déplacent avec grâce. Josiane Stoleru qui joue la mère adopte un accent chantant qui nous donne l’impression de la voir planer au-dessus de la scène. Serge Avedikian ou Samuel Jouy, le collègue invité à dîner, ont au contraire un jeu très physique, très incarné. Ce sont des terriens qui aimeraient vivre davantage encore et voir leurs projets se réaliser.

Mais que serait l’interprétation de cette pièce sans Romane Bohringer ? Disons-le tout net, la dernière fois que j’ai vu une actrice dégager autant d’émotion, il s’agissait de Juliette Binoche dans La Mouette de Tchékhov au milieu des années 80... au siècle dernier.

Ce qu’elle fait est d’autant plus incroyable, qu’elle est en retrait pendant plus de la moitié du spectacle. Et quand réellement, elle prend la parole, c’est d’une voix rauque et vibrante. Est-ce une femme ? Est-ce un oiseau blessé ? En tout cas, il est impossible de la voir sans sentir qu’elle nous transperce le cœur. Elle incarne tout ce qui s’apparente à la pureté et à la fragilité, tout ce que nos grosses mains ne savent que chiffonner.

Voilà pourquoi le parti pris d’épure de la pièce la rend supportable. Il s’agit en fait des souvenirs d’un homme qui a fui, comme son père, le domicile familial, et dont nous voyons sur scène une brassée de souvenirs.

La ménagerie de verre se joue jusqu’au 13 janvier à l’Atelier. Courez-y ! Cela vous poursuivra pendant des jours. Vous ne l’oublierez pas.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Janvier 2002
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés