La
soirée avait déjà mal commencé : 45 mn
pour trouver une place, salle enfumée, retard...
Et puis arrive un gars un peu efflanqué, qui crache dans un
micro réglé trop fort des mots mal ficelés. Au
détour de deux phrases, je comprends quil parle damour.
Damour parti en amour déçu, damour frustré
en amour déchu. Le gars est malheureux en amour. Cela na
rien détonnant quand on voit sa dégaine : veste
en velours élimé, rouflaquettes arrivant au menton et
voix cassée de mec qui boit. De quoi faire fuir toute femme
normalement constituée.
En plus, il est flanqué dune bande de musiciens, tout
aussi déjantés, qui jouent les hommes-orchestres : harmonica,
accordéon, clavier, guitares, banjo, guimbarde et des
trucs encore plus bizarres (un an dabonnement gratuit à
la newsletter de JWZ à celui qui me donnera le nom de cette
espèce de balle quon frappe contre une baratte en bois).
Et puis, tout à coup, sans prévenir, la voix se cale,
les musiciens se lâchent, et partent dans tous les sens. Imperceptiblement,
lambiance change. Les gens bougent, balancent la tête,
se rapprochent les uns des autres, jusquà former une
foule compacte. La salle danse (je ne parle pas de ces deux excitées
qui ont fini la soirée démembrées et décérébrées).
On assiste enfin à un vrai-bon-concert-de-rock-français-de-chez-nous-comme-on-les-aime.
Et la magie Miossec opère. Du coup, quimportent les paroles...
De cassée, la voix devient rauque, puis chaude jusquà
nêtre quun instrument de plus dans un ensemble ahurissant.
Les cuivres surtout... Clarinette et trompette bouchée mêlées
au son grave du saxo baryton. Un frisson parcourt mon échine.
Je me laisse porter par la musique, par la foule, je ferme les yeux.
Tout luit, tout brûle, et moi je me consume...