Après
2 heures de voiture consacrées à laisser derrière
vous les sacro-saints embouteillages parisiens du samedi soir, vous
atteignez enfin Vaux-Le-Vicomte.
Dès larrivée dans lenceinte du château,
le personnel dencadrement est omniprésent : tous les
10 mètres, un jeune homme en tenue jaune fluorescente vous
dirige autoritairement vers son condisciple posté un peu plus
loin, jusquà parvenir finalement à la place qui
vous est destinée.
Et brutalement, vous basculez dans un autre monde... Les allées
qui conduisent au château sont éclairées par de
grosses bougies posées à même le sol. Derrière
les grilles, la façade du monument est éclairée
et le décor est réellement féerique. Les spectateurs
se rassemblent progressivement pour prendre place, élégamment
vêtus ; certaines femmes sont en robes longues et leurs cavaliers
en smokings, ils participent à la magie de la soirée.
Les tribunes ont été montées face à une
scène en pente douce, située dans le prolongement de
la porte centrale du château. Lorchestre est dans le hall,
à lintérieur, et de lui on ne voit guère
que son chef, Jérôme Pillement, qui sagite comme
un beau diable, allant jusquà sauter en lair pour
accompagner les envolées de ses musiciens. Sur la scène
imitant le marbre, le décor quasi inexistant laisse toute sa
place à la façade en arrière plan. Les jeux de
lumière qui lenflamment successivement en vert, gris,
violet ou doré sont magnifiques. Les chanteurs se déplacent
dans ce puits de lumière au milieu de la nuit de plus en plus
noire et leurs voix sélèvent, senflent,
envahissant lespace sans obstacle pour les arrêter. Taras
Kulich et Lazarov qui interprètent respectivement Don Giovanni
et Leporello, son valet, sont tous deux extraordinaires.
Seul bémol au tableau, le froid qui se fait de plus en plus
mordant avec lheure qui tourne (les spectateurs les plus avertis
ont cumulé peaux lainées, bottes et plaid, les moins
avertis quittent les tribunes avant la fin) et les sièges très
peu confortables rendent un peu difficiles les dernières minutes
des deux heures trente de spectacle sans entracte. Sont-ce ces conditions
matérielles qui ont fait que jai moins "vibré"
pendant cet opéra quen écoutant La Traviata ou
Carmen ? En tout cas, lémotion manquait au rendez-vous.
Dès la dernière note évanouie dans les airs glacés,
je nai pas attendu les rappels pour rejoindre ma voiture en
courant, de peur de me retrouver coincée dans une interminable
file dautomobiles quittant les parkings et ma petite Twingo,
chauffée à bloc, ne ma jamais paru aussi confortable
que lors de ce retour vers Paris !