ET
INVERSEMENT
Dans une pièce drôle et tendre, Martial Courcier,
auteur et acteur, prouve que l'on peut faire passer des idées
avec humour et simplicité. On en redemande !
La salle d'abord. Cachée au détour d'une petite
place que l'on atteint par des ruelles peu fréquentées,
à deux pas de la station de métro Richard Lenoir,
la Comédie Bastille n'est pas un théâtre
à colonnades et façade tapageuse. On a plutôt
l'impression d'entrer dans une de ces écoles primaires
parisiennes de quartier que l'on a fréquenté,
il y a quelques décennies déjà.
À l'intérieur, une petite salle (100 places
tout au plus) chaleureuse et sans chichi. On est là,
entre nous, pour passer un bon moment. La preuve, la scène
est là, à portée de main et au niveau
du sol : pas d'estrade, pas de distance entre les acteurs
et les spectateurs !
La pièce maintenant. Créée il y a trois
ans au Mélo d'Amélie (un autre petit théâtre
parisien dont on vous parlera une prochaine fois), elle fait
un retour bienvenu sur scène dans une configuration
originale puisque son auteur (Martial Courcier) est aussi
l'un des deux acteurs qui vont nous délivrer cette
fable moderne (mais éternelle) sur l'étrange
méfiance que l'on éprouve pour les autres, a
fortiori s'ils évoluent dans un milieu intellectuel
et social différent.
C'est ainsi que le professeur Caillot, philosophe éminent,
voit sa réclusion volontaire (cinq ans qu'il n'a pas
quitté son appartement) perturbée par l'irruption
soudaine d'un peintre mandaté par la copropriété
pour repeindre ses volets. Tout oppose ces deux-là
: origine sociale, profession, vocabulaire, préoccupations,
et pourtant… Et pourtant, en une heure trente de conversation,
de dispute et de réconciliation, leur vision du monde
va singulièrement changer…
Beaucoup de sourires, de plaisir et de tendresse dans cette
pièce de Martial Courcier. Jolie performance d'acteurs,
aussi, pour un duo impeccable qui sait nous captiver par une
confrontation philosophique intelligente sans être pédante,
par des joutes verbales où l'humour sert de passeur
efficace. Beau message, enfin, qui, en évitant soigneusement
tout scoutisme tentateur, délivre un discours drôle
mais cohérent et crédible. On en redemande !
Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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