AMERICAN
CAFOUILLAGE
Une pièce qui mime l’Amérique, sans grâce,
sans entrain. Si vous êtes nostalgique d’Au théâtre
ce soir et si vous aimez rire gras…
Parfois, avant de s’aventurer dans des lieux qui ne
méritent pas votre présence, on devrait lire
Télérama et s’en inspirer. Je vais vous
citer la critique parue dans le petit journal, supplément
parisien de Télérama. Critique que j’ai
lue mais dont hélas, je n’ai pas tenu compte
: "Les cinq demoiselles d’honneur d’une mariée
appartenant à la fine fleur de la société
se réfugient dans une chambre, où elles s’expriment
rondement sur les mecs, leurs problèmes de cœur,
de cul et de famille. Tissu de clichés, le spectacle
mettra en joie les inconditionnels du théâtre
de divertissement. Les autres sont priés de s’abstenir."
Que dire de plus ? Dès le lever de rideau, on se trouve
dans un décor rose bonbon qui nous rappelle les plus
belles heures d’Au théâtre ce soir et qui
sonne faux. Le metteur en scène prétend qu’il
a voulu créer un décor réaliste. Nous
n’avons certainement pas la même conception du
réalisme.
Ne nous focalisons pas sur le décor. Jetons un œil
aux actrices. Quelle catastrophe ! Quand elles sont présentes
(Elisabeth Vitali, Camille Japy), elles sont au premier degré
et nous délivrent un jeu sans aucune subtilité.
Elles sont proches d’un café-théâtre
d’amateur qui tirerait ses références
du Petit théâtre de Bouvard de sinistre mémoire.
Quand elles sont absentes, elles ont l’air de s’ennuyer.
Elles jouent sans y croire et, par là même, sont
loin de nous convaincre.
Qu’est-il arrivé à Irène
Jacob ?
Irène Jacob joue faux du début à la
fin. Elle prend un ton de grande dame du Sud qui conviendrait
à Jessica Lange ou Kim Basinger, mais pas à
elle. On a l’impression qu’elle cachetonne mais
qu’elle ne se foule pas parce qu’elle est payée
au minimum syndical.
(Entre parenthèses, j’adore Irène Jacob.
Généralement, elle est une actrice magnifique.
Et nous attendons avec impatience le prochain Kieslowski qui
saura la filmer comme Noémie Lvovsky filme Isabelle
Carré dans Les sentiments).
Seule Constance Dolle, dans le rôle de Margaret, est
excellente. Jeune actrice de caractère, elle nous procure
les uniques instants d’émotion de ce long désert
d’une heure quarante. Si elle arrive à se distinguer
dans ce salmigondis plein de pathos, nous pouvons espérer
la revoir bientôt dans une vraie pièce. À
un de ces jours Constance…
En fait, il n’est pas question d’une pièce
ici. À peine d’une succession de sketches poussiéreux.
Que s’est-il passé ? Alan Ball est l’auteur
du scénario d’American beauty et le créateur
de Six feet under, la célèbre série,
dont la première saison vient de sortir en DVD. Soit
cette pièce est bâclée, soit la traduction
est maladroite. Et la mise en scène… Les acteurs
sont plantés droit devant nous. Ils ne se regardent
pas, ils ne jouent pas ensemble.
J’ai oublié un dernier point. Le soir où
je me trouvais à L’Atelier, le public a beaucoup
ri et beaucoup applaudi. Des fois le public craint un peu…
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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