Adapté par Huguette Hatem
Mise en scène de Bernard Murat
Avec Niels Arestrup
Gérard Desarthe
et Gisèle Casadesus
Théâtre Antoine
14, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tél. 01 42 08 77 71
ou 01 42 08 76 58
En
1917, toute une petite ville de province italienne est bouleversée
par une troublante histoire de séquestration. Le présumé
coupable de cette affaire est un honorable fonctionnaire de la préfecture,
M. Ponza (Niels Arestrup), récemment arrivé avec sa
femme et sa belle-mère. Mais pourquoi tient-il sa femme enfermée
? Pourquoi l'a-t-il logée dans un appartement de la banlieue
alors qu'il a installé sa belle-mère, Mme Frola (Gisèle
Casadesus), au centre de la ville ? Pourquoi ne laisse-t-il pas sa
femme voir sa propre mère ? Pourquoi ne permet-il aux deux
femmes de ne communiquer que par lettres ?
"Mon gendre n'a plus sa raison, dit Mme Frola, il se figue que
sa femme - ma fille - est morte, qu'il en a épousé une
autre et c'est pourquoi il m'interdit de l'approcher, ce qui ruinerait
son erreur".
"Pas du tout, déclare de son côté M. Ponza,
c'est ma belle-mère qui est folle. Sa fille est bien morte,
et depuis longtemps. Mais elle refuse de l'admettre et de le croire.
Je me suis remarié. Si je m'oppose à ce qu'elle rencontre
ma femme, c'est par pure charité chrétienne, afin qu'elle
conserve l'illusion maternelle".
Alors, dans la petite ville, on jase. Qui croire ? C'est ce que le
chur des provinciaux s'efforcera de décider au milieu
des sarcasmes du sceptique et ironique Lamberto Laudisi (Gérard
Desarthe).
Comme souvent dans luvre théâtrale de Pirandello,
A chacun sa vérité est ladaptation dune
de ses nouvelles écrite quelques années auparavant.
Mais surtout cette pièce marque le début du grand succès
de son auteur.
Dans cette version efficacement mise en scène par Bernard Murat
sur une adaptation non moins efficace (et dépoussiérée)
de Huguette Hatem, le paradoxe évoqué plus haut est
décortiqué avec efficacité et une certaine jubilation.
Nul temps mort ni relâchement dans cette "parabole en trois
actes" qui associe la rigueur chirurgicale du texte et linterprétation
sans affèterie dacteurs admirables.
En débutant sur un ton proche de la rubrique "people"
de certains magazines, Pirandello capte demblée lattention
de spectateurs à qui il peut, ensuite, exposer en souriant
les problématiques passionnantes de la pièce : qu'est-ce
que la normalité ? Où commence la folie ? Qui peut se
targuer de connaître la vérité dans les relations
humaines ? Cette vérité apparaît différente
pour chacun de nous, selon notre propre perception. Et qui sommes-nous
au juste dans le regard des autres ? Comment alors avoir des certitudes
? Pirandello, par le truchement de son porte-parole, Lamberto Laudisi,
nous propose à travers ce questionnement, de nous écarter
des idées reçues, de ces vérités que l'on
croit absolument irréfutables et nous force à nous méfier
de fausses nouvelles démenties le lendemain. C'est, finalement,
une invitation à la tolérance et à la compassion
quil nous propose.