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     SPeCTaCLeS
 
THE RAKES

Le 6 avril 2006
au Ninkasi, Lyon
Les Rakes en concert, plein d’étincelles, des milliers de possibilités et une certitude : ça fait mal aux rotules !


Il est 21h30 tapantes, le public trépide d’impatience et beugle des vivats en l’honneur d’UN groupe : The Rakes, attendus comme le messie. Les voilà enfin, excités comme des puces, le sourire fréquent (surtout Alan Donohoe, le chanteur taré), empoignant leurs instruments, affûtant les médiators et démarrant en trombe avec un Terror ! de bon aloi.

Derrière, un écran dévoile des images pop-art, tantôt du groupe, tantôt de machins abscons pour faire "ambiance". Donohoe est perché derrière son micro, mi-dandy mi-étudiant attardé, pousse des petits "uh-uh" ravagés et bafouille des "meuci bôcou" comme on rote la bière. Il semble monté sur ressorts et à peine annonce-t-il le single fédérateur et dément Retreat qu’il se retrouve à chatouiller le guitariste, à taquiner le bassiste élégamment dévasté, à carrément se rouler par terre ou même à en écluser deux trois. Et à chanter, aussi…

Car si cet Alan est un inénarrable showman, un joueur, enchaînant plaisanteries sur arlequinades, riant de ses blagues… il chante surtout comme jamais, fort d’une voix à la tessiture démesurée, il bluffe tout le monde. On pense à Jarvis Cocker (et sans doute que lui aussi) quand il croone les yeux révulsés et la tête entre les mains (pour épater les filles) ou quand il se lance dans des génuflexions d’aristos du caniveau… Nul ne pourrait l’arrêter, et c’est tant mieux.

Sur le plan strictement musical, c’est l’avalanche totale de riffs facétieux joués sur la Telecaster blonde (pour Matthew), de lignes de basse à la Gang of Four (pour Jamie), de destructions de fûts à l’avenant (pour Lasse) et de mélodies aussi imparables que judicieuses au synthé (pour un mec fringué plutôt classe, supplétif de tournée). Tout le premier album y passe : tous ses titres cogneurs, ses paroles à la limite de la paranoïa et suintant l’ennui corollaire au métro/boulot/dodo (sur Work work work, meilleur single de 2005).

En plus, ils gratifient l’audience d’A man with a job, reprise magnifiée du Poinçonneur des Lilas du beau Serge, qui enfonce ainsi encore plus le clou prolo : les boulots fastidieux, les journées bousillées, sans un dime en poche, les chansons des Rakes traitent bien souvent de cela. Avec, bien entendu, comme seuls exutoires vraiment excitants : le rock’n’roll, les filles, la dope, fun, fun, fun…
En sus de ces titres magiques qui constituent le premier album Capture/Release (2005), une poignée de nouveautés pas dégueu, vraiment rutilantes, dont le nouveau simple All too human (en réaction à We are all animals du premier disque ?), déglingué et puissant, incorporant quelques préceptes electro et qu’Alan Donohoe, goguenard, dédie aux pleurnicheuses et aux pisseuses. Lequel est suivi par l’ébouriffant Open book et son refrain (oh oh oh oh !) à la simplicité décapante et si attendrissante.

Le temps de conclure sur quelques rappels qui promettent un fort orgasmique deuxième album, et d’un Strasbourg sournois et majestueux, tatapoum, les Rakes quittent la scène du Ninkasi, boum boum, saouls comme des lords et acclamés comme des dieux. Ces rengaines collent décidément aux tympans comme autant de boules de gomme et Alan et ses sbires ont démontré ce soir qu’en live, elles sont carrément cycloniques !


Gabriel Péreira
© Jowebzine.com - Avril 2006
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