Les
Rakes en concert, plein d’étincelles, des milliers de
possibilités et une certitude : ça fait mal aux rotules
!
Il est 21h30 tapantes, le public trépide d’impatience
et beugle des vivats en l’honneur d’UN groupe : The Rakes,
attendus comme le messie. Les voilà enfin, excités comme
des puces, le sourire fréquent (surtout Alan Donohoe, le chanteur
taré), empoignant leurs instruments, affûtant les médiators
et démarrant en trombe avec un Terror ! de bon aloi.
Derrière, un écran dévoile des images pop-art,
tantôt du groupe, tantôt de machins abscons pour faire
"ambiance". Donohoe est perché derrière son
micro, mi-dandy mi-étudiant attardé, pousse des petits
"uh-uh" ravagés et bafouille des "meuci bôcou"
comme on rote la bière. Il semble monté sur ressorts
et à peine annonce-t-il le single fédérateur
et dément Retreat qu’il se retrouve à chatouiller
le guitariste, à taquiner le bassiste élégamment
dévasté, à carrément se rouler par terre
ou même à en écluser deux trois. Et à chanter,
aussi…
Car si cet Alan est un inénarrable showman, un joueur, enchaînant
plaisanteries sur arlequinades, riant de ses blagues… il chante
surtout comme jamais, fort d’une voix à la tessiture
démesurée, il bluffe tout le monde. On pense à
Jarvis Cocker (et sans doute que lui aussi) quand il croone les yeux
révulsés et la tête entre les mains (pour épater
les filles) ou quand il se lance dans des génuflexions d’aristos
du caniveau… Nul ne pourrait l’arrêter, et c’est
tant mieux.
Sur le plan strictement musical, c’est l’avalanche totale
de riffs facétieux joués sur la Telecaster blonde (pour
Matthew), de lignes de basse à la Gang of Four (pour Jamie),
de destructions de fûts à l’avenant (pour Lasse)
et de mélodies aussi imparables que judicieuses au synthé
(pour un mec fringué plutôt classe, supplétif
de tournée). Tout le premier album y passe : tous ses titres
cogneurs, ses paroles à la limite de la paranoïa et suintant
l’ennui corollaire au métro/boulot/dodo (sur Work work
work, meilleur single de 2005).
En plus, ils gratifient l’audience d’A man with a job,
reprise magnifiée du Poinçonneur des Lilas du beau Serge,
qui enfonce ainsi encore plus le clou prolo : les boulots fastidieux,
les journées bousillées, sans un dime en poche, les
chansons des Rakes traitent bien souvent de cela. Avec, bien entendu,
comme seuls exutoires vraiment excitants : le rock’n’roll,
les filles, la dope, fun, fun, fun…
En sus de ces titres magiques qui constituent le premier album Capture/Release
(2005), une poignée de nouveautés pas dégueu,
vraiment rutilantes, dont le nouveau simple All too human (en réaction
à We are all animals du premier disque ?), déglingué
et puissant, incorporant quelques préceptes electro et qu’Alan
Donohoe, goguenard, dédie aux pleurnicheuses et aux pisseuses.
Lequel est suivi par l’ébouriffant Open book et son refrain
(oh oh oh oh !) à la simplicité décapante et
si attendrissante.
Le temps de conclure sur quelques rappels qui promettent un fort orgasmique
deuxième album, et d’un Strasbourg sournois et majestueux,
tatapoum, les Rakes quittent la scène du Ninkasi, boum boum,
saouls comme des lords et acclamés comme des dieux. Ces rengaines
collent décidément aux tympans comme autant de boules
de gomme et Alan et ses sbires ont démontré ce soir
qu’en live, elles sont carrément cycloniques !