LE REVE D'UN HOMME RIDICULE
Une pièce de Fedor Dostoïevski
Mise en scène par Siegrid Alnoy
Interprétée par Carlo Brandt
Théâtre National de la Colline
15, rue malte-brun
75020 Paris
Jusqu'au 3 février 2006
Sur
la scène, un homme seul. Seul avec ses mots, seul avec sa folie,
son "ridicule", ses visons et son rêve.
Carlo Brandt, dans une mise en scène épurée de
Siegrid Alnoy donne corps aux mots et à la pensée visionnaire
de Dostoïevski. Telle une rock star, il occupe la scène
de sa voix puissante, de son corps caméléon, passant
du rêve à l’éveil, du délire aux
murmures, du fantastique à la réalité.
L’extrême esthétisme de la mise en scène,
jouant sur la lumière, les miroirs, l’ombre dévorante,
souligne chaque mot, chaque apparition et disparition de l’acteur.
Suspendu à un coup de feu, celui que le héros tient
à se tirer dans la cervelle, nous assistons, les yeux écarquillés
et le souffle retenu, à sa longue plongée dans une crise
épileptique, hachée et incarnée par la puissance
des mots qui traversent l’univers, de la terre au paradis jusqu’à
l’enfer, de la vie à la mort, du rêve à
la réalité. La fuite dans les tréfonds du soi
perturbe la conscience de l’homme et l’amène à
prendre à bras le corps l’histoire de l’humanité.
Les mots deviennent matériau sensible, objets de pouvoir et
de transformation, le verbe s’expulse vers les autres dans des
trajectoires inédites, entre mythe et chute, contamination
et rédemption. La scène se remplit d’une humanité
faite de personnages en plastique, minuscules apparitions, confidents
silencieux de la désespérance d’un homme en proie
à ses démons : l’innocence pervertie, la tentation,
l’apparition du mal.
Grand corrupteur, le héros sortira finalement de son rêve
et de sa fuite à corps perdu grâce à l’intervention
angélique d’une enfant, allégorie de l’innocence
et de l’amour universel.