Il
est 22h40 : Brisa et son groupe se retirent brutalement de la scène,
laissant en position de coïtus interruptus un public chaud-bouillant
déconcerté (c’est le cas de le dire…) face
à tant de cruauté soudaine. Cris et hululements dans
la salle bondée jusqu’à la garde. Brisa revient
finalement au bout d’un moment. Elle est en larmes. Le Café
de la Danse a des engagements vis-à-vis du voisinage. Elle
a été trop bavarde entre les morceaux… elle ne
pourra pas terminer son set… on lui accorde juste un dernier
petit morceau à la guitare sèche. "Et le pire,
c’est que je n’ai même pas pu vous jouer ma chanson
préférée en final" réussit elle à
glisser entre un sanglot et un reniflement.
Difficile de dire qui est le plus frustré dans l’histoire,
tant personne ici n’avait envie que ça finisse. Trop
fort, trop intense, trop riche… quel concert ! Avec une conclusion
un peu en queue de poisson, mais bon : quoi qu’il en soit, on
vient d’assister à un très grand moment de scène,
sublimé par les conditions idéales qu’offre le
son impeccable de cette formidable salle de concerts.
Depuis le choc de The
chase, son album sorti fin 2005, on attendait cette rencontre
live avec impatience et confiance. Parce que de la scène, elle
en a fait la jeune Américaine francophile (non-non, ce n’est
pas encore une perversion déviante d’être francophile)
: l’expérience des couloirs du métro, des bars
et clubs de jazz, ça vous forge le talent, ça vous aguerrit,
ça vous rend crédible ! Et crédible, elle l’est
sacrément, Brisa Roché. Dès les premières
notes envoyées par son groupe exceptionnel (2 guitares, basse,
batterie, clavier) cravaté de noir, on est conquis. Sa légendaire
touffe de jais en choucroute sur la tête, elle apparaît
vêtue d’un mini-boléro doré ouvert sur une
tunique en tulle beaucoup trop léger pour écarter les
fantasmes. Brisa Roché est belle comme un cœur, sexy,
fraîche et souriante. Heureuse et enjouée, elle est ici
parfaitement à son aise et nous offre une soirée musicale
d’exception, autour des chansons de son disque, avec des surprises
(un duo avec l’excellent Perry Blake, notamment), des temps
jazz, des temps rock très pêchus, des temps sixties…
et plein de petites anecdotes adorables en intermèdes. Sa voix
toute personnelle est une merveille de force et de sensualité.
Ses gestes, son rire, ses moues, la façon gracieuse qu’elle
a de frapper en rythme ses hanches ou le haut de ses cuisses…
C’est une artiste habitée qui s’exprime, dont la
passion communicative et le talent évident séduisent
d’emblée et emportent logiquement l’enthousiasme
d’une salle entière de parisiens subjugués.
L’émotion de voir sous ses yeux une révélation
s’épanouir magistralement, avec force, charme et caractère.
C’est-à-dire tout pour devenir une très grande.
Elle jouera le 3 avril au New Morning ; vous avez le feu vert pour
vous ruer sur la billetterie : je viens d’acheter ma place…