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ROCK EN SEINE
Les 24 et 25 août 2006
St Cloud
Dans la pléthore de festivals dont notre beau pays s’est affublé ces dernières années, il en est un qui s’est imposé à la vitesse de l’éclair grâce à une programmation des plus alléchantes, mais aussi grâce au gentil Conseil Régional d’Ile de France : le fameux Rock en Seine.

Mais bien que la liste des artistes invités provoque chez le mélomane lambda un bien heureux décrochage de la mâchoire d’où vient s’extirper avec langueur et désinvolture un léger filet de liquide nommé bave, le festival parisien provoque de prime abord un léger agacement.

Une première barrière vient tout d’abord du côté du prix du billet. Pour deux jours de festival, il vous faut débourser 65 euros. A titre de comparaison, la Route du Rock à Saint Malo, qui s’adresse à un public relativement similaire, propose son pass trois jours pour la modique somme - attention suspens - de 60 euros. Ajoutez à cela 20 euros de camping pour ceux qui n’ont pas la chance d’habiter à proximité de la capitale ou de s’incruster chez un pote et votre porte feuille commence déjà à vous faire la grimace. Et ce n’est rien en comparaison de ce qui va suivre.

Car plutôt que d’aller tout de suite au front, pourquoi ne pas s’armer d’une bonne bière pour se donner un peu de consistance festivalière. Mince, 5 euros la pinte. Après quelques instants de réflexion, on se dit que c’est la sobriété qui va être reine en ce premier jour de festival, à moins de pulvériser le budget boisson du week-end. Après quelques minutes d’observation, une fine analyse sociologique nous montrera que l’on n’est pas le seul à rechigner sur les douces vapeurs éthyliques. Car le festivalier du parc de Saint Cloud marche droit contrairement à son homologue des festivals provinciaux. Vous ne verrez donc pas ici de charmants jeunes hommes et jeunes femmes titubant le verre à la main et psalmodiant dans leur dialecte incompréhensible. L’autochtone ressemble plus ici à un lecteur avisé de Technikart qui s’est découvert une soudaine passion pour la musique faisant poum-poum-tchac et tchiki-boum. Passées ces considérations quelques peu amères et n’ayant toujours pas écouté la moindre note de musique, c’est vers un autre constat, beaucoup plus réjouissant qu’il va falloir se réfugier. La programmation est quand même très alléchante.

À défaut d’être éclectique, Rock en Seine se propose ici de réunir le fleuron du rock, qu’il soit indé, plus classique, ou teinté de mélodies sucrées. La liste des têtes de gondole suffit à elle seule pour contenter les plus réfractaires : Morrissey, Radiohead, The Raconteurs, Beck, Calexico, Nada Surf, etc. Alors que Jowebzine.com ne possède toujours pas le don d’ubiquité, un choix cornélien et complètement subjectif a donc dû s’opérer pour profiter au maximum des groupes en présence.

Vendredi 25 août : je reprendrais bien d’un peu de TV On The Radio

Le vendredi commence plutôt pas mal avec les surprenants Wolfmother qui, à défaut d’être originaux, se parent d’une belle sincérité, assez touchante, surtout dans l’exercice éculé du rock qui tache. Après un set de Nada Surf sans réel coup d’éclat, ce sont les Clap Your Hands Say Yeah qui retiennent ensuite l’attention. Passés les trois premiers morceaux où personne n’est vraiment en place, le reste du concert commence à faire prendre forme d’une bien jolie manière aux chansonnettes indies des New Yorkais. Belle surprise au final. Et puis vient enfin l’heure des très bon TV on the Radio. Alors que leur nouvel album est légèrement moins digeste que leur premier essai, les Américains se rappellent à notre souvenir avec les sublimes Dreams ou encore Staring at the sun pour des versions live complètement revigorantes. Wolf like me, sur Return to Cookie Mountain, convient lui aussi parfaitement à la scène et parvient même à surexciter un public - c’est un vrai miracle - tout acquis à la cause de ces nouveaux sauveurs du rock’n’roll. Pendant que les Dirty Pretty Things et Morrissey se la jouent sur la grande scène, notre choix ira plutôt vers DJ Shadow. Malheureusement, le set déçoit. L’Anglais a du mal à faire décoller son schmilblick, à tel point qu’on a l’impression de n’entendre que des intros ! 23h30 : fin des festivités tout le monde au lit.

Samedi 26 août : par contre j’ai comme une légère indigestion de Radiohead.
Le samedi commence sous la pluie avec Broken Social Scene. Le collectif Canadien sera la première bonne surprise de la journée. Si les refrains ont parfois du mal à s’imprégner dans nos petites têtes, les parties instrumentales sont des plus réjouissantes. Au sommet de la décontraction, la presque dizaine de musiciens fait preuve d’une coolitude communicative dans leurs chansons teintées d’élan post-rock. Plus tard, c’est Phoenix qui nous invitera à une prestation sans grande surprise. Ils confirment tout au plus le grand bien que l’on pensait d’eux et de leur dernière livraison. Maintenant, les Versaillais manquent cruellement de caractère sur scène et se bornent à répéter ce qu’ils ont déjà dit sur galette. Dommage. Dans la dure liste des choix, un détour vers Skin nous fait dire que l’on reprendrait bien une bière. Celle-ci sera consommée avec grand plaisir devant les Dead 60’s. Grands fans des Clash, c’est un punk enthousiasmant qui nous fera patienter en attendant le gros de la soirée.

Car le voilà le vrai hors d’œuvre. Attendu au tournant après deux derniers albums assez décevants, Beck n’est plus forcément celui par lequel on attend de se faire bousculer. Et pourtant… Quatre marionnettes armées de leurs instruments s’avancent sur la scène et commencent à entonner Looser. C’est l’hystérie. Les musiciens viennent ensuite compléter le tableau pour entonner ce tube presque inespéré en début de concert. S’en suivra un spectacle tout bonnement excellent. Mélangeant comme à ses débuts, folk, hip hop, funk urbain et indie, Beck vise encore étonnamment juste en alignant pépites sur pépites. Plus tard, une table de cuisine sera posée au milieu de la scène où tous les musiciens s’installent en attendant d’être servis d’un bon gros plat de pâtes. Pendant ce temps Beck entame le terreux He’s mighty good leader. Les musiciens l’accompagneront plus tard en se servant des couverts comme de percu. La fin du concert est hilarante : le groupe quitte la scène pour être relayé par une vidéo relatant les exploits des marionnettes faisant les idiotes dans Paris. Très belle surprise, donc, d’un artiste qu’on avait presque oublié.

La foule se ressert encore un peu en attendant les vrais héros du festival : Radiohead. Les gars d’Oxford se serviront de ce concert pour offrir un best Of grandeur nature où ils puiseront allègrement dans leurs différents albums. Mais cette impression de compilation sans surprises déçoit quelque peu. Bien que le groupe tente d’innover à chaque nouvel album en proposant une musique plus originale que la moyenne, sur la scène parisienne le groupe a du mal à sortir de ses versions studios. On est loin de leur dernière tournée où les morceaux les plus électro connurent une seconde vie, comme transfigurés par la scène. Même les compositions inédites n’arrivent pas à retenir l’attention au point de se demander si Radiohead ne commence pas à montrer quelques signes de fatigues. Il est déjà plus de minuit et tout le monde se retrouve autour des bars et des baraques à frites avant de se précipiter vers les transports en commun. Après une tentative complètement loupé avec le métro, le bus ne sera pas plus clément. C’est le taxi finalement qui achèvera notre voyage avec un chauffeur complètement hystérique et fan de mauvaise dance. Vraiment bizarre ce week-end…


Julien Goarnisson
© Jowebzine.com - Septembre 2006
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