Dans
la pléthore de festivals dont notre beau pays s’est affublé
ces dernières années, il en est un qui s’est imposé
à la vitesse de l’éclair grâce à
une programmation des plus alléchantes, mais aussi grâce
au gentil Conseil Régional d’Ile de France : le fameux
Rock en Seine.
Mais bien que la liste des artistes invités provoque chez le
mélomane lambda un bien heureux décrochage de la mâchoire
d’où vient s’extirper avec langueur et désinvolture
un léger filet de liquide nommé bave, le festival parisien
provoque de prime abord un léger agacement.
Une première barrière vient tout d’abord du côté
du prix du billet. Pour deux jours de festival, il vous faut débourser
65 euros. A titre de comparaison, la Route du Rock à Saint
Malo, qui s’adresse à un public relativement similaire,
propose son pass trois jours pour la modique somme - attention suspens
- de 60 euros. Ajoutez à cela 20 euros de camping pour ceux
qui n’ont pas la chance d’habiter à proximité
de la capitale ou de s’incruster chez un pote et votre porte
feuille commence déjà à vous faire la grimace.
Et ce n’est rien en comparaison de ce qui va suivre.
Car plutôt que d’aller tout de suite au front, pourquoi
ne pas s’armer d’une bonne bière pour se donner
un peu de consistance festivalière. Mince, 5 euros la pinte.
Après quelques instants de réflexion, on se dit que
c’est la sobriété qui va être reine en ce
premier jour de festival, à moins de pulvériser le budget
boisson du week-end. Après quelques minutes d’observation,
une fine analyse sociologique nous montrera que l’on n’est
pas le seul à rechigner sur les douces vapeurs éthyliques.
Car le festivalier du parc de Saint Cloud marche droit contrairement
à son homologue des festivals provinciaux. Vous ne verrez donc
pas ici de charmants jeunes hommes et jeunes femmes titubant le verre
à la main et psalmodiant dans leur dialecte incompréhensible.
L’autochtone ressemble plus ici à un lecteur avisé
de Technikart qui s’est découvert une soudaine passion
pour la musique faisant poum-poum-tchac et tchiki-boum. Passées
ces considérations quelques peu amères et n’ayant
toujours pas écouté la moindre note de musique, c’est
vers un autre constat, beaucoup plus réjouissant qu’il
va falloir se réfugier. La programmation est quand même
très alléchante.
À défaut d’être éclectique, Rock
en Seine se propose ici de réunir le fleuron du rock, qu’il
soit indé, plus classique, ou teinté de mélodies
sucrées. La liste des têtes de gondole suffit à
elle seule pour contenter les plus réfractaires : Morrissey,
Radiohead, The Raconteurs, Beck, Calexico, Nada Surf, etc. Alors que
Jowebzine.com ne possède toujours pas le don d’ubiquité,
un choix cornélien et complètement subjectif a donc
dû s’opérer pour profiter au maximum des groupes
en présence.
Vendredi 25 août : je reprendrais bien d’un peu de TV
On The Radio
Le vendredi commence plutôt pas mal avec les surprenants Wolfmother
qui, à défaut d’être originaux, se parent
d’une belle sincérité, assez touchante, surtout
dans l’exercice éculé du rock qui tache. Après
un set de Nada Surf sans réel coup d’éclat, ce
sont les Clap Your Hands Say Yeah qui retiennent ensuite l’attention.
Passés les trois premiers morceaux où personne n’est
vraiment en place, le reste du concert commence à faire prendre
forme d’une bien jolie manière aux chansonnettes indies
des New Yorkais. Belle surprise au final. Et puis vient enfin l’heure
des très bon TV on the Radio. Alors que leur nouvel album est
légèrement moins digeste que leur premier essai, les
Américains se rappellent à notre souvenir avec les sublimes
Dreams ou encore Staring at the sun pour des versions live complètement
revigorantes. Wolf like me, sur Return to Cookie Mountain, convient
lui aussi parfaitement à la scène et parvient même
à surexciter un public - c’est un vrai miracle - tout
acquis à la cause de ces nouveaux sauveurs du rock’n’roll.
Pendant que les Dirty Pretty Things et Morrissey se la jouent sur
la grande scène, notre choix ira plutôt vers DJ Shadow.
Malheureusement, le set déçoit. L’Anglais a du
mal à faire décoller son schmilblick, à tel point
qu’on a l’impression de n’entendre que des intros
! 23h30 : fin des festivités tout le monde au lit.
Samedi 26 août : par contre j’ai comme une légère
indigestion de Radiohead.
Le samedi commence sous la pluie avec Broken Social Scene. Le collectif
Canadien sera la première bonne surprise de la journée.
Si les refrains ont parfois du mal à s’imprégner
dans nos petites têtes, les parties instrumentales sont des
plus réjouissantes. Au sommet de la décontraction, la
presque dizaine de musiciens fait preuve d’une coolitude communicative
dans leurs chansons teintées d’élan post-rock.
Plus tard, c’est Phoenix qui nous invitera à une prestation
sans grande surprise. Ils confirment tout au plus le grand bien que
l’on pensait d’eux et de leur dernière livraison.
Maintenant, les Versaillais manquent cruellement de caractère
sur scène et se bornent à répéter ce qu’ils
ont déjà dit sur galette. Dommage. Dans la dure liste
des choix, un détour vers Skin nous fait dire que l’on
reprendrait bien une bière. Celle-ci sera consommée
avec grand plaisir devant les Dead 60’s. Grands fans des Clash,
c’est un punk enthousiasmant qui nous fera patienter en attendant
le gros de la soirée.
Car le voilà le vrai hors d’œuvre. Attendu au tournant
après deux derniers albums assez décevants, Beck n’est
plus forcément celui par lequel on attend de se faire bousculer.
Et pourtant… Quatre marionnettes armées de leurs instruments
s’avancent sur la scène et commencent à entonner
Looser. C’est l’hystérie. Les musiciens viennent
ensuite compléter le tableau pour entonner ce tube presque
inespéré en début de concert. S’en suivra
un spectacle tout bonnement excellent. Mélangeant comme à
ses débuts, folk, hip hop, funk urbain et indie, Beck vise
encore étonnamment juste en alignant pépites sur pépites.
Plus tard, une table de cuisine sera posée au milieu de la
scène où tous les musiciens s’installent en attendant
d’être servis d’un bon gros plat de pâtes.
Pendant ce temps Beck entame le terreux He’s mighty good leader.
Les musiciens l’accompagneront plus tard en se servant des couverts
comme de percu. La fin du concert est hilarante : le groupe quitte
la scène pour être relayé par une vidéo
relatant les exploits des marionnettes faisant les idiotes dans Paris.
Très belle surprise, donc, d’un artiste qu’on avait
presque oublié.
La foule se ressert encore un peu en attendant les vrais héros
du festival : Radiohead. Les gars d’Oxford se serviront de ce
concert pour offrir un best Of grandeur nature où ils puiseront
allègrement dans leurs différents albums. Mais cette
impression de compilation sans surprises déçoit quelque
peu. Bien que le groupe tente d’innover à chaque nouvel
album en proposant une musique plus originale que la moyenne, sur
la scène parisienne le groupe a du mal à sortir de ses
versions studios. On est loin de leur dernière tournée
où les morceaux les plus électro connurent une seconde
vie, comme transfigurés par la scène. Même les
compositions inédites n’arrivent pas à retenir
l’attention au point de se demander si Radiohead ne commence
pas à montrer quelques signes de fatigues. Il est déjà
plus de minuit et tout le monde se retrouve autour des bars et des
baraques à frites avant de se précipiter vers les transports
en commun. Après une tentative complètement loupé
avec le métro, le bus ne sera pas plus clément. C’est
le taxi finalement qui achèvera notre voyage avec un chauffeur
complètement hystérique et fan de mauvaise dance. Vraiment
bizarre ce week-end…