Ecrit et mis en scène
par Laurent Baffie
Avec Laurent Baffie
Daniel Russo
Pascal Sellem
Mado Maurin
Karyne Lyachenko
Théâtre Comédia
pour 50 représentations
à partir du 2 octobre 2002
4, Bvd de Strasbourg
75010 Paris
Tél. 0 892 70 21 20
Sur
le plateau des émissions d'Ardisson comme à la radio,
Baffie nous avait habitué à un véritable sens
de la répartie, n'hésitant pas à chatouiller
là où ça fait mal. Alors évidemment, une
pièce de théâtre écrite et mise en scène
par lui, qui plus est une pièce traitant de cette même
télévision qu'il connaît bien, ça nous
promettait une satire plutôt jubilatoire...
Dans Sexe, magouilles et culture générale, il est en
effet question d'un producteur lourdingue et vicieux, Frank Petit
(Daniel Russo), prêt à tout pour redynamiser l'audimat
de son émission phare, Culture pour tous, présentée
par l'animateur coqueluche des ménagères de moins de
cinquante ans (Pascal Selem), et assiégée par Paulette
(Mado Maurin), mamie omnisciente, imbattable depuis 18 semaines.
Voilà qui ne plait pas à la Direction de la chaîne,
bien décidée à faire dans le jeune et le graveleux...
Problème : c'est Baffie qui tombe dans le graveleux. Au lieu
de dégainer de belles répliques bien senties quant aux
spectres de la télévision, il se contente de balancer
des vannes lourdes et peu drôles. Quand le présentateur,
stéréotype du gendre idéal revendiquant sa liaison
avec Sharon (Stone, évidemment...) se révèle
en coureur de caleçons plus que de jupons, le public a droit
à tout un tas de calembours à son sujet, dont je ne
vous cite qu'un trop bref exemple : "Quand les phoques sucent
les esquimaux, même les baleines se cachent à l'eau".
Je vous laisse juger du style...
Toute la pièce est de cette veine et, curieusement, les comédiens
ont l'air de prendre plaisir à débiter leurs débilités.
Nous moins. On se croirait devant une sitcom basique où tout
est surjoué et exagéré. C'est certainement voulu,
mais on pouvait s'attendre à autre chose de la part de Baffie...
Une satire de la télévision aurait été
plus séduisante mais, c'est logique, Baffie ne peut critiquer
ouvertement un système qui l'a rendu célèbre
et cracher dans la soupe alors qu'il continue à en profiter.
Pourtant, on ne peut en vouloir au maître de cérémonie,
car Baffie a un atout et pas un mince : en rôle de chauffeur
de salle, il réussi à nous offrir de réels moments
de plaisir. Car c'est là l'astuce de Baffie : il est à
la fois chauffeur de la salle de théâtre, en intervenant
avant le spectacle et pendant les changement de décors, mais
c'est aussi un rôle qu'il joue, pendant l'enregistrement de
son émission fictive Culture pour tous, alors que nous-même,
nous jouons un rôle, celui du public de cette même émission.
Confusion des genres, spectacle dans le spectacle, c'est là,
dans l'improvisation la plus totale, que Baffie nous percute.
Si ses dialogues, dits par les autres, ne sont pas convaincants, Baffie
étonne par sa manière de captiver la salle, seul sur
scène, avec ses conneries bien à lui.
Méfiez-vous! Si vous allez voir la pièce, vous trouverez
sans doute que le script est ridicule. Mais finalement, tout ça
n'est-il pas voulu ? Car lorsque Baffie, avant et pendant la pièce,
invite des membres du public à monter sur scène pour
les rendre ridicule, n'est-ce pas jouisif ? Pour lui, c'est indéniable,
pour nous aussi après réflexion. Alors heureusement
pour tous, le ridicule ne tue pas !