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DIDIER SUPER
Le 19 juin 2006 au Bataclan
Partons du principe que tout le monde connaît Didier Super, ça m’évitera un post-scriptum biographique lassant. Les autres n’ont qu’à chercher sur le net, le ch’ti de Tourcoing y a son site, jaune et fuschia (http://www.didiersuper.com). Pour ceux qui attendraient néanmoins un teaser, je ne donnerai pour piste que ces quelques vers magistraux : "Des meuf comme toi, ça jouent les princesses / Mais si je te pête les bras, tu peux plus passer les vitesses". Oui, hein, comme disait Joey, ça ramone ! Ceux que ça rebutent n’ont pas besoin d’aller plus loin.

Didier Super était donc en concert au Bataclan, lundi 19 juin. Une date, sans aucun doute, dans cette carrière que l’on pourrait, toute proportion gardée, qualifier de fulgurante. Ce que l’on note d’entrée, c’est la composition multigénérationnelle du public parisien. A la terrasse du café voisin, un couple de quinquas bien mis partage une bière en attendant l’heure d’entrer dans la fosse ; deux places plus loin, une femme du même âge bondit de sa place pour embrasser le chanteur, venu incognito (t-shirt vert au lieu du légendaire sous-pull en nylon) boire sa glute : "Je vous adore !". Etonnant, non ?

Dans le Bataclan, c’est le plein. Bondée, la salle s’impatiente devant un trublion en vedette américaine venue, justement, jouer le showman d’outre-atlantique. On entend même scander "Didier Président !". Alors la bête monte sur scène avec son Bontempi, sa Strato Caster et ses deux acolytes basse-batterie, l’un rasé portant collier de chien, l’autre avec un sac d’écolier sur les épaules. Et c’est parti pour une heure trois-quarts de spectacle. Oui, DS est une bête de scène, d’autant plus facétieux que son public lui est ironiquement soumis, position dont il profite allégrement, narguant la foule avec des moqueries sur le prix des places (22 euros pour un type qui vend son disque à 9 euros, du coup les tourneurs en prennent pour leur grade). Et il enchaîne les tubes sans jamais les achever parce qu’il en a raz le bol que tout le monde connaisse ses paroles par cœur, quand il n’a pas carrément tout réécrit pour qu’on écoute en la fermant (Petit caniche peluche pour vieux rebaptisé pour l’occasion Petit anar, gauchiste pour vieux).

En devant de scène, une horde d’excités est venu pour pogoter sur les tronçonnages de guitare, Super les largue sur place, traverse la scène et monte sur la console, se scotche une six cordes sèche autour du cou et commande au public de s’asseoir. Commence alors une veillée au coin du feu avec quelques versions acoustiques qui font hurler de rire le public prêt à tout. Mais Didier Super en a marre, il repart sur scène, refaisant une entrée sur le Beat it de Jackson et c’est reparti. Et c’est monstrueusement drôle. Dépassé par son succès, le chanteur aux montures Sécu et au sous-pull raz du nombril voit les pogoteurs torses nus monter sur scène et slamer entre deux embrassades. Bref, ça n’arrête jamais.

On sort vidé et content. Ouais, Didier Super c’est vulgaire et c’est drôle. C’est d’un mauvais goût expert aux rimes pauvres, d’un caustique simplissime à la limite du populisme et le succès que ce type rencontre aujourd’hui n’a rien d’étonnant. La présence nombreuse de quinquas n’a finalement rien de surprenant face à cette renaissance d’un état d’esprit depuis longtemps disparu en France. C’est la génération Coluche-Reiser-Desproges venue rencontrer la génération d’humoristes plus policés qui se sont rangés dans le politiquement correcte. Didier Super ne fait pas dans le beurre tendre. On peut penser ce que l’on veut de ses textes (oserai-je dire ici que ce type est un auteur à texte ? Allez, tiens, je me lance), Didier Super mérite ce qui lui arrive aujourd’hui, tout comme nous méritons Didier Super. C’est vulgaire mais loin d’être imbécile. Et surtout, eu égard à un certain public qui prendrait les paroles de DS pour argent content, l’avertissement de Desproges prévaut : "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde". Ce qui résonne particulièrement avec le titre de l’album : Il vaut mieux en rire que de s’en foutre !


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Juillet 2006
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