Partons
du principe que tout le monde connaît Didier Super, ça
m’évitera un post-scriptum biographique lassant. Les
autres n’ont qu’à chercher sur le net, le ch’ti
de Tourcoing y a son site, jaune et fuschia (http://www.didiersuper.com).
Pour ceux qui attendraient néanmoins un teaser, je ne donnerai
pour piste que ces quelques vers magistraux : "Des meuf comme
toi, ça jouent les princesses / Mais si je te pête les
bras, tu peux plus passer les vitesses". Oui, hein, comme disait
Joey, ça ramone ! Ceux que ça rebutent n’ont pas
besoin d’aller plus loin.
Didier Super était donc en concert au Bataclan, lundi 19 juin.
Une date, sans aucun doute, dans cette carrière que l’on
pourrait, toute proportion gardée, qualifier de fulgurante.
Ce que l’on note d’entrée, c’est la composition
multigénérationnelle du public parisien. A la terrasse
du café voisin, un couple de quinquas bien mis partage une
bière en attendant l’heure d’entrer dans la fosse
; deux places plus loin, une femme du même âge bondit
de sa place pour embrasser le chanteur, venu incognito (t-shirt vert
au lieu du légendaire sous-pull en nylon) boire sa glute :
"Je vous adore !". Etonnant, non ?
Dans le Bataclan, c’est le plein. Bondée, la salle s’impatiente
devant un trublion en vedette américaine venue, justement,
jouer le showman d’outre-atlantique. On entend même scander
"Didier Président !". Alors la bête monte sur
scène avec son Bontempi, sa Strato Caster et ses deux acolytes
basse-batterie, l’un rasé portant collier de chien, l’autre
avec un sac d’écolier sur les épaules. Et c’est
parti pour une heure trois-quarts de spectacle. Oui, DS est une bête
de scène, d’autant plus facétieux que son public
lui est ironiquement soumis, position dont il profite allégrement,
narguant la foule avec des moqueries sur le prix des places (22 euros
pour un type qui vend son disque à 9 euros, du coup les tourneurs
en prennent pour leur grade). Et il enchaîne les tubes sans
jamais les achever parce qu’il en a raz le bol que tout le monde
connaisse ses paroles par cœur, quand il n’a pas carrément
tout réécrit pour qu’on écoute en la fermant
(Petit caniche peluche pour vieux rebaptisé pour l’occasion
Petit anar, gauchiste pour vieux).
En devant de scène, une horde d’excités est venu
pour pogoter sur les tronçonnages de guitare, Super les largue
sur place, traverse la scène et monte sur la console, se scotche
une six cordes sèche autour du cou et commande au public de
s’asseoir. Commence alors une veillée au coin du feu
avec quelques versions acoustiques qui font hurler de rire le public
prêt à tout. Mais Didier Super en a marre, il repart
sur scène, refaisant une entrée sur le Beat it de Jackson
et c’est reparti. Et c’est monstrueusement drôle.
Dépassé par son succès, le chanteur aux montures
Sécu et au sous-pull raz du nombril voit les pogoteurs torses
nus monter sur scène et slamer entre deux embrassades. Bref,
ça n’arrête jamais.
On sort vidé et content. Ouais, Didier Super c’est vulgaire
et c’est drôle. C’est d’un mauvais goût
expert aux rimes pauvres, d’un caustique simplissime à
la limite du populisme et le succès que ce type rencontre aujourd’hui
n’a rien d’étonnant. La présence nombreuse
de quinquas n’a finalement rien de surprenant face à
cette renaissance d’un état d’esprit depuis longtemps
disparu en France. C’est la génération Coluche-Reiser-Desproges
venue rencontrer la génération d’humoristes plus
policés qui se sont rangés dans le politiquement correcte.
Didier Super ne fait pas dans le beurre tendre. On peut penser ce
que l’on veut de ses textes (oserai-je dire ici que ce type
est un auteur à texte ? Allez, tiens, je me lance), Didier
Super mérite ce qui lui arrive aujourd’hui, tout comme
nous méritons Didier Super. C’est vulgaire mais loin
d’être imbécile. Et surtout, eu égard à
un certain public qui prendrait les paroles de DS pour argent content,
l’avertissement de Desproges prévaut : "On peut
rire de tout mais pas avec tout le monde". Ce qui résonne
particulièrement avec le titre de l’album : Il vaut mieux
en rire que de s’en foutre !