RACHID
TAHA
Le 25 octobre 2004 au Bataclan - Paris
Le
clochard céleste était à Paris pour un
concert de rentrée dans la foulée de la sortie
de son nouvel album. Enthousiasme, énergie et conviction
étaient au rendez-vous.
Après une première partie assurée par un
DJ anonyme, nous sommes prêts à recevoir Rachid
Taha. L’homme se présente sur scène en costume
et chapeau, silhouette sombre et intemporelle. Il semble un
poète urbain et, entre protestation et énergie,
son concert ne va cesser de nous secouer, aussi bien par la
puissance de sa musique, que par la teneur de ses déclarations
militantes.
Taha est là pour chanter, d’abord, mais il est
aussi présent pour piquer l’indifférence
quotidienne, pour électriser la torpeur générale.
Et le public en veut, il est venu pour hurler, dans cette langue
arabe sculpturale et maintenant familière, hurler que
la résistance est plus que jamais à l’ordre
du jour.
Que ce soit dans ses compositions personnelles (Nokta, Hasbuhum,
Barra…), dans la reprise - hommage à Joe Strummer
avec Rock the casbah -, dans son duo nécessaire avec
Christian Olivier (Tékitoi) ou dans ses hommages aux
poètes kabyles, le citoyen Taha pose sa langue et sa
force sur la musique et les mots avec l’impérieuse
nécessité de l’insurrection.
Cette transe de deux heures, cet élan splendide et furieux,
ce déchaînement des corps vrillés au son,
la voix de Taha toujours plus épaisse, le souffle bruyant,
la sensualité des rythmes, nous comblent et nous transportent.
Ce puissant bonheur, cette contestation hurlée, les révoltes
qui s'enchaînent (la version "trash" de Yarayah
en laissera plus d’un sur le flanc !), les cris dans les
notes, le son qui ponctue, les musiciens qui donnent encore
et encore, tout cela se concentre dans Taha et s'évapore
en sueur et fumée de clopes (on vient l'arroser pendant
qu'il chante), dans ses boucles noires qui brillent, sa chemise
prune qui s'assombrit. Il fait de nous ce qu'il veut, il joue
de nous avec passion.
Head banging, head banging, et pourvu que les cerveaux s’ébranlent
tout autant, qu’il en ressorte de l’humanité
et de la lumière.
Et toujours l’envie de dire "merci", toujours
la reconnaissance pour ces moments de communion, pour cette
possibilité offerte de laisser sortir "l'animal".