Peu de mots pourraient décrire l’excellente prestation
de Grandaddy ce dimanche. On a juste du mal à redescendre sur
terre. Pour sûr, les Californiens ont subjugué le public
de la Route du Rock, définitivement conquis à la cause
des bidouilleurs de Modesto. Il faut dire qu’on reste difficilement
insensible à un concert de cette qualité, qui à
lui seul a justifié le déplacement jusqu’à
St Malo.
Le concert débute efficacement avec des titres qui plongent
immédiatement tout les spectateurs dans l’univers décalé
du groupe avec l’imparable Hewlett’s daughter, le boulversant
Yeah is what we had puis le tube The crystal lake, toujours aussi
efficace.
De plus, un écran géant derrière le groupe projette
diverses vidéos d’une course de motocross avec cascades,
de rodéos (avec cascades aussi) ou encore de petites histoires
comme celle de quatre bûcherons qui se construisent une embarcation
de luxe avant de partir vers l’inconnu. Sans parler des vidéos
où le groupe se laisse aller à diverses singeries…
Voilà de quoi s'imprégner de Grandaddy, de leur univers
absurde et tellement attachant.
Grandaddy visitera en un peu moins d’une heure une petite partie
de son répertoire, privilégiant bien entendu leur sublime
dernier album Sumday.
Jason Lytle mène les mélodies avec sa voix tantôt
amusée, triste ou plaintive. On se laisse balader dans cet
univers farfelu, on se laisse rire et sautiller sur l’inévitable
Am 80 ou sur Stray dog and the chocolate shake, puis on laisse couler
quelques larmes sur Laughing stock ou Levitz dont l’enchaînement
avec Chartsengrafs est de toute beauté.
Accompagné de ses divers instruments dont lui seul en a le
secret, Jason Lytle - caché sous sa casquette Sumday - a l’air
heureux, il se laissera à plusieurs reprises tomber au sol
pour marteler sa guitare de riffs puissants et de solos plus ou moins
improvisés. Toujours avec ce sentiment de naïveté,
il parlera peu si ce n’est pour répéter "We
love you even if we don’t know you", on ne lui en demande
pas plus de toute façon, la beauté de la musique de
Grandaddy suffit amplement.
Le single Now it’s on et Lost in your merry way terminent ce
concert en apothéose. Cette dernière ballade débute
avec douceur pour se terminer en véritable déluge sonore
dans lequel on se laisse perdre et émerveiller. Jason Lytle
s’amuse avec un chat en plastique qui lui sert de médiator,
le public l’accompagne sur les derniers accords, et on le surprend
en train de se laisser porter en continuant seul pendant quelques
secondes, regardant droit devant lui… Le groupe se retire apparemment
confus et surpris d’un tel succès, mais néanmoins
touché. Et nous, on a du mal à y croire…
TRAVIS (23h00)
Tour de chauffe pour les écossais de Travis, avant la sortie
du 4e album et une tournée Européenne pour cette fin
d’année, occasion unique donc pour découvrir quelques
nouveaux morceaux et pour vérifier la santé du groupe
depuis le succès de The
invisible band.
Beaucoup de monde - beaucoup d’anglais et d’écossais
en fait - attend de pied ferme la joyeuse bande menée par Fran
Healy, délaissant sa coupe en crête pour de longs cheveux.
Ceci est un détail, le concert peu commencer par le tube Sing
plein d’enthousiasme. On peut dire ce qu’on veut sur Travis,
que c’est un peu niais ou ennuyeux, mais on est forcé
de constater que Fran est pris d’une espèce de béatitude
communicative pendant les concerts. Un vrai gamin, qui ne tient pas
en place, comme Andy Dunlop d’ailleurs, le guitariste toujours
en train de bondir même si il s’avère un peu plus
timide que son compère. Douglas Payne à la basse est
plus discret lui aussi, même si ses grimaces et autres gesticulations
font sourire. Ajoutez à cela des mélodies impeccables
et force est de constater que Travis est un groupe tout ce qu’il
y a de plus agréable à voir.
Durant l’heure qui leur est réservée, ils joueront
avec panache tout les titres qui ont fait leur succès : As
you are, Writing to reach you, Driftwood, Turn (avec un couplet chanté
par Douglas). Mention spéciale pour All I wanna do is rock
pour son intensité. Le tube Why does it always rain on me ?
sera bien sûr joué en guise de rappel, refrain repris
en cœur par le public pour la plus grande joie de Fran. Comme
à son habitude ce dernier ne peut s’empêcher de
nous faire profiter de son accent « scottish » tout à
fait charmant en se lançant dans de long monologue à
propos de Bush et du monde actuel, du nouvel album ou encore pour
expliquer quelques textes. Difficile de le suivre parfois, il n’en
reste pas moins amusant, surtout quand il s’essaye à
la langue française.
Et les nouvelles chansons alors ? Travis n’en jouera pas plus
de cinq, en résumé ces nouveaux titres ne se démarquent
pas vraiment des anciens et n’apportent pas grand chose de nouveau.
Cependant des titres comme How many hearts, Beautiful occupation ou
encore Peace the fuck out sont très prometteurs.
En résumé Travis est un groupe à voir, ne serait-ce
que pour leur enthousiasme sincère et l’énergie
positive qu’ils dégagent sur scène. Un très
bon moment.
Quelques mots sur le festival en lui même, à savoir que
ce fût peut être la dernière édition au
Fort de Saint Père, la mairie de St Malo ne souhaitant plus
financer le festival pour cause de mésententes avec les organisateurs.
Le festival risque donc de s’en retrouver délocalisé.
Rien d’officiel pour le moment, on espère juste avoir
encore le plaisir de revenir dans ce cadre hors du commun pour l’édition
2004 de la Route du Rock.