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RACHAEL YAMAGATA

Le 12 avril 2005 au Zèbre - Paris
Premier concert parisien pour Rachael Yamagata, jeune chanteuse américaine à l'avenir prometteur. Compte rendu.


Le Zèbre, qui fut un cinéma vanté par Daniel Pennac, a rouvert ses portes, il y a quelques mois, dans le quartier de Belleville. L’endroit est chaleureux. Devant la scène, des sièges sont disposés autour de tables de bar (ça tombe bien, il y a un bar). Des gens sont assis devant la scène ainsi qu’au balcon. Le public est content d’être là et cela est perceptible. Après tout, il s’agit de la première scène française de Rachael Yamagata, jeune américaine, vocalement cousine de Fiona Apple et dont l’album a séduit aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.

Et cet album a séduit grâce à la voix de la jeune femme, aux arrangements réussis et au potentiel qu’on sent instinctivement chez une artiste. Donc, on est là pour voir Rachael et on est content d’être là, entre fans de la première heure.

Le public est assez hétérogène. Beaucoup de jeunes femmes, mais aussi des quadra, voire des quinqua. Des gens sensibles aux mélodies. Une atmosphère détendue et bienveillante.

À tel point que l’on s’aperçoit à peine que Rachael Yamagata vient de débarquer sur la petite scène, accompagnée d’une violoniste (électrique) et d’un guitariste. Elle commence son tour de chant par Be Be your love, la chanson qui ouvre Happenstance, son album. Elle s’est installée derrière un piano Yamaha et partagera son temps entre le piano et la guitare, imposant aux deux instruments son toucher fin et sensuel mais aussi capable d’une sauvagerie rentrée.

En effet, si l’on s’attendait à de la finesse, on n’est certainement pas déçu. Mais, et c’est une agréable surprise, on découvre un vrai tempérament. Il faut voir Rachael taper du pied pour impulser du rythme, automatiquement repris par les applaudissements du public. Il faut voir ce drôle de déhanchement quand elle chante, comme si elle s’approchait et se reculait du micro en même temps.

Elle a dans la voix un vibrato de chanteuse de blues, quelque chose qui vous cloue au sol et vous noue l’estomac. Le public l’écoute avec une qualité de silence qui laisse à penser que, ce soir-là, le public a du talent.

Et Rachael attache une grande importance à communiquer avec les gens dans la salle. Très émue au début, elle parle en français et nous donne les clés pour comprendre ses chansons. Elle évoque notamment un de ses copains, un "connard" (en français) qui était du signe du Poisson et l’a fait souffrir. Les oreilles de ce "connard" ont dû siffler. Il aura au moins eu pour fonction de permettre à Rachael de composer ses premières belles chansons. Ah, si tous les "connards" du monde avaient une telle utilité !

À un moment, Rachael nous informe que son père est dans la salle et que c’est son anniversaire. La salle reprend un Joyeux anniversaire improvisé. C’est un exemple, mais il a valeur de symbole : par sa gentillesse, son humilité, son attitude loin du star-system, Mademoiselle Yamagata nous a porté sur des ailes d’ange durant presque deux heures.

Oui, on peut se sentir proche d’une artiste. Et les versions dépouillées de ses titres hantent nos esprits car elles se rapprochent de la corde sensible qui fait vibrer harmonie et mélodie.

À la fin du concert, nous fûmes quelques-uns à rester prendre un verre dans ce cadre feutré. Une demi-heure plus tard, Rachael vint nous rejoindre. Sur les conseils insistants d’un ami qui me pressait de ne pas me dégonfler, je suis allé lui parler. Je lui ai dit que j’avais écrit un article sur son disque. Elle m’a demandé si j’en avais dit du bien. Et quand je lui ai confié que j’avais été élogieux, elle m’a serré dans ses bras.

Ce soir-là, en prenant le métro sur le chemin du retour, j’ai souri à tout le monde.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Avril 2005
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