Premier
concert parisien pour Rachael Yamagata, jeune chanteuse américaine
à l'avenir prometteur. Compte rendu.
Le Zèbre, qui fut un cinéma vanté par Daniel
Pennac, a rouvert ses portes, il y a quelques mois, dans le
quartier de Belleville. L’endroit est chaleureux. Devant
la scène, des sièges sont disposés autour
de tables de bar (ça tombe bien, il y a un bar). Des
gens sont assis devant la scène ainsi qu’au balcon.
Le public est content d’être là et cela est
perceptible. Après tout, il s’agit de la première
scène française de Rachael Yamagata, jeune américaine,
vocalement cousine de Fiona Apple et dont l’album a séduit
aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.
Et cet album a séduit grâce à la voix de
la jeune femme, aux arrangements réussis et au potentiel
qu’on sent instinctivement chez une artiste. Donc, on
est là pour voir Rachael et on est content d’être
là, entre fans de la première heure.
Le public est assez hétérogène. Beaucoup
de jeunes femmes, mais aussi des quadra, voire des quinqua.
Des gens sensibles aux mélodies. Une atmosphère
détendue et bienveillante.
À tel point que l’on s’aperçoit à
peine que Rachael Yamagata vient de débarquer sur la
petite scène, accompagnée d’une violoniste
(électrique) et d’un guitariste. Elle commence
son tour de chant par Be Be your love, la chanson qui ouvre
Happenstance, son album. Elle s’est installée derrière
un piano Yamaha et partagera son temps entre le piano et la
guitare, imposant aux deux instruments son toucher fin et sensuel
mais aussi capable d’une sauvagerie rentrée.
En effet, si l’on s’attendait à de la finesse,
on n’est certainement pas déçu. Mais, et
c’est une agréable surprise, on découvre
un vrai tempérament. Il faut voir Rachael taper du pied
pour impulser du rythme, automatiquement repris par les applaudissements
du public. Il faut voir ce drôle de déhanchement
quand elle chante, comme si elle s’approchait et se reculait
du micro en même temps.
Elle a dans la voix un vibrato de chanteuse de blues, quelque
chose qui vous cloue au sol et vous noue l’estomac. Le
public l’écoute avec une qualité de silence
qui laisse à penser que, ce soir-là, le public
a du talent.
Et Rachael attache une grande importance à communiquer
avec les gens dans la salle. Très émue au début,
elle parle en français et nous donne les clés
pour comprendre ses chansons. Elle évoque notamment un
de ses copains, un "connard" (en français)
qui était du signe du Poisson et l’a fait souffrir.
Les oreilles de ce "connard" ont dû siffler.
Il aura au moins eu pour fonction de permettre à Rachael
de composer ses premières belles chansons. Ah, si tous
les "connards" du monde avaient une telle utilité
!
À un moment, Rachael nous informe que son père
est dans la salle et que c’est son anniversaire. La salle
reprend un Joyeux anniversaire improvisé. C’est
un exemple, mais il a valeur de symbole : par sa gentillesse,
son humilité, son attitude loin du star-system, Mademoiselle
Yamagata nous a porté sur des ailes d’ange durant
presque deux heures.
Oui, on peut se sentir proche d’une artiste. Et les versions
dépouillées de ses titres hantent nos esprits
car elles se rapprochent de la corde sensible qui fait vibrer
harmonie et mélodie.
À la fin du concert, nous fûmes quelques-uns à
rester prendre un verre dans ce cadre feutré. Une demi-heure
plus tard, Rachael vint nous rejoindre. Sur les conseils insistants
d’un ami qui me pressait de ne pas me dégonfler,
je suis allé lui parler. Je lui ai dit que j’avais
écrit un article sur son disque. Elle m’a demandé
si j’en avais dit du bien. Et quand je lui ai confié
que j’avais été élogieux, elle m’a
serré dans ses bras.
Ce soir-là, en prenant le métro sur le chemin
du retour, j’ai souri à tout le monde.