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     Vu à La TéLé
 
LE CRASH DE L'A300
SUR NEW YORK
 C
hronique du 13 novembre 2001
Vous avez certainement vu le crash de l’airbus d’American Airlines. Enfin, presque vu : seule une épaisse fumée blanche fort peu télégénique a pu être filmée. Aucun vidéaste amateur, aucun reporter en mal de sensationnel n’étant au bon endroit, au bon moment. Mais qu’est-ce qu’ils foutaient, me direz-vous, les 153 envoyés spéciaux à New York ? Ils ont été envoyés en Afghanistan. Moins dangereux en ce moment, paraît-il.

Bien-sûr, vous avez instantanément pensé aux crashs des Twin-Towers. Enfin, si vous n’y pensiez plus, la télé, elle, s’est dépêchée de vous y faire penser. Images à l’appui, car là, pour le coup, ça a été filmé en direct. Et qu’on vous passe et repasse ces images vues et revues des milliers de fois (au bas mot 3 fois par journal télévisé, multipliées par le nombre de chaînes, sans compter les éditions spéciales). Jusqu’à la nausée. Jusqu’à en oublier qu’au moment où elles ont été tournées, des milliers de personnes mourraient. Pour de vrai, pas seulement à la télé.

Les images, encore, passons : il en faut bien à la télé. Parlons plutôt des commentaires. Je ne m’étendrais pas sur Pujadas*, qui veux absolument faire dire à un spécialiste d’Airbus qu’il n’a jamais vu un tel accident (mais vous-même, dans votre carrière, vous avez vu des réacteurs qui tombaient, comme ça, tous seuls ?…). On a envie de répondre : "Et toi, Ducon, t’en a vu beaucoup des présentateurs qui disaient « restez sur LCI » alors qu’ils travaillent pour France 2 ?". Ben, non, mais tout arrive !

De là à dire que c’est un attentat… Car personne ne sait rien, et certainement pas la télé. Alors on conjecture, on entretient le doute, on cherche à faire du sensationnel, à garder les téléspectateurs en haleine. On passe la parole à Ulysse Gosset, passé maître dans l’art de parler pour ne rien dire. On radote : "Bien que la thèse de l’accident soit privilégiée, on ne peut s’empêcher de penser au 11 septembre" (et boum, re-image des twins).

Le summum est atteint quand le présentateur du journal, séducteur en diable, affirme à la spécialiste déjà interviewée le 11 septembre : "On est ravi de vous retrouver aujourd’hui". Ah, s’il pouvait y avoir un crash tous les jours, ça lui permettrait peut-être de conclure, ce ringard !


Carine Weill
© Jowebzine.com - Novembre 2001



* Dans tous les sens du terme. Dire qu’ils ont viré Claude Sérillon pour le remplacer par ce type…
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