LE DOCUMENTAIRE
ANIMALIER
Chronique du 24 octobre 2006
Si
la télévision nous gratifie chaque année de changement
de grilles (de rentrée, d’année, d’été…),
il y a des choses qui ne changent pas, n’évoluent pas,
traînent et passent avec les années. Des Chiffres et
des Lettres, le Jour du Seigneur, Julien Lepers, Michel Drucker mais
aussi… les documentaires animaliers !
Ne voyez pas dans cette chronique un quelconque mépris pour
les fils rouges télévisuels de notre existence, mais
il convient tout de même de constater que, si nous sommes obligés
de nous taper nos dimanches avec la belle famille devant Drucker,
ces fameux documentaires apparaissent généreusement
comme le truc que l’on regarde un peu forcément par hasard,
toujours franchement parce qu’il n’y a rien d’autre,
alors…
"Qu’est-ce que tu regardes ?
- Ben… Un documentaire sur les lions du Kenya...
- Ah ouais, et c’est bien ?
- Bah, j’sais pas trop, je m’endors, mais de toute façon
y’a rien d’autre…"
Soit, il doit bien y avoir quelques aficionados de docu animalier,
fan inconditionnel de la vie des girafes, des mangoustes ou des abeilles
tueuses, bercés dans les années 80 par la pub pour des
carrés de chocolat avec des animaux dessus (Nestlé ?
J’sais plus, ça va me revenir…), par la musique
des Animaux du monde (pam, pampama pampampam, la pam pam pam, la la
pam pam, pam… ça je m’en souviens !) ou encore
par les sauts de cabri de l’ami Mabrouk puis de Mabrouk Junior,
bref des fans tout frétillants encore à la mémoire
de feu 30 millions d’amis.
Mais quand même, ne sommes-nous pas une grande majorité
de 15-65 ans à nous réfugier comme des larves dans nos
canapés et autres clic-clacs dans différentes circonstances
du hasard afin de regarder un documentaire animalier… Bref,
qu’elle est cette force mystérieuse qui nous pousse à
le regarder ?
Explication avec le scénario le plus probable du visionnage
: "Pas envide de dormir, j’ai la tête qui tourne…
donc je regarde un docu animalier."
Et oui, vous voilà "tout fraîchement" rentré
de soirée, de boîte, de compétition de tequila-paf,
de cocktail VIP ou encore d’un pot de départ qui s’est
prolongé jusqu’à 4h du mat’ et vous ne vous
souvenez même plus de qui vous avez fêté le départ…
C’est dire si l’expression "tout fraîchement"
vue plus haut est usurpée tant la circonstance voudrait que
vous soyez plutôt "tout sauf frais" tant au niveau
de l’haleine, que du cerveau (hémisphères droit
et gauche), que surtout de vos choix télévisuels.
Votre esprit se dirige, chancelant, vers le canapé, histoire
de se faire un petit quart d’heure de télé pour
essayer de mettre à mal cette sensation joyeuse dite "de
l’hélicoptère", à savoir que si vous
vous couchez dans le noir, tout de suite vous comprenez enfin que
la terre tourne, et d’ailleurs super vite, super super vite,
putain j’vais vomir, j’ai trop bu, plus jamais je recommencerais
!
Vous êtes sur le canapé, donc, à zapper frénétiquement
en confondant les boutons volume, programme, mute, menu… bref
tout se mélange. Le ravin physique est tellement près
que vous vous sentez dans l’obligation de regarder ce qui pourrait
être considéré comme le dernier flash info de
votre vie. Trop intellectuel… La guerre en Irak vous ennuie,
vous zappez. Un petit film de boules rapide… plus rien ne répond
non plus corporellement à ce niveau-là, et puis ça
bouge de partout, ça sent le retour de cette sensation joyeuse
dite "de l’hélicoptère"… Bref,
zapping.
Alors, comme par hasard, vous zappez sur la chaîne Animaux pour
un petit documentaire sur nos amis les bêtes d’Afrique
noire.
Et là, c’est le bonheur, l’apaisement.
Votre regard de lapin myxomatosé se fixe sur cette jolie gazelle
perdue en pleine brousse, vous êtes presque amoureux de cette
jolie bestiole élégante… quand soudain, le lion
méchant apparaît derrière un feuillage, ça
sent le rebondissement ! Vous avez failli vous endormir une première
fois, mais vous résistez pour voir la suite. Vous avez même
limite un regain de pêche. En fait, vous êtes même
carrément dedans, vous vous dites "Vive le docu animalier
!"
Tout est réuni : votre bouche sent elle aussi la savane, tout
comme la mangouste malade ou le lion salivant vous avez un très
fin filet de bave qui apparaît sur le bord de la joue, il fait
45° à l’ombre de votre salon et dans vos cheveux,
votre ventre rugit comme un tigre affamé tellement vous lui
avez fait subir les pires mélanges d’alcool, et en vous
regardant furtivement dans le miroir du salon, vous vous trouvez une
ressemblance assez dingue avec le gnou gris des terres asséchées
d’Afrique.
Le lion commence à approcher à pattes de velours, cette
conne de gazelle bouffe de l’herbe jaune, vous hurlez dans votre
salon qu’elle ferait mieux de la fumer (l’herbe jaune)
pour profiter un peu de ces derniers instants de vie ! Vous fantasmez
dix secondes sur le fait que le lion épargne la gazelle, lui
fasse un bisou, mieux : lui propose une relation sexuelle… Et
bien non : le lion cavale comme un dératé, sort ses
grosses papattes, bloque la gazelle au sol, la mange… Plan séquence
sur le soleil de la brousse qui se couche… Vous vous endormez
doucement comme un fennec rampant dans votre canapé….
Vous ouvrez les yeux, il est 10h du mat’… Vous avez regardé
votre seul documentaire animalier de l’année…
Elle est pas vraie mon histoire ! Allez, à la prochaine, et
en attendant : bonne semaine les gnous !