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     Vu à La TéLé
 
LA BOIBOITE A ARTHUR
Chronique du 14 novembre 2006
Ah ! Quel bonheur d’avoir des vacances, enfin un peu le temps pour aller voir des têtes connues, pas vues depuis des années, faute de temps, aller à la rencontre d’un apéro de 19h chez de vieilles connaissances sans se soucier d’un lendemain au travail avec la tête de travers. Les vacances c’est aussi tout le plaisir d’être disponible télévisuellement quand on le souhaite, à n’importe quelle heure de la journée…

Alors quand ces deux "plaisirs" se rencontrent, cela donne la possibilité de mixer un début de soirée chez une amie qui "a vachement pris, dis donc, depuis qu’elle a eu son mome et qu’elle vit avec son beauf de mec", tout en regardant chez eux A prendre ou laisser qui vous montre que la télé "a vachement progressé en beaufitude, dis donc, depuis que je n’arrive plus à la regarder à 19h".

Voilà le topo : un soir de début novembre, me voici embrigadé presque contre mon gré dans la visite sympathique de la nouvelle maison d’une vieille copine "pas vue depuis qu’elle a eu son mome avec son nouveau mec" dans une banlieue classe moyenne aux abords d’une ville de province que je ne citerai pas. Je fais chauffer la voiture et file vers ladite destination d’un soir. La campagne est dans la pénombre et il fait super froid après quelques jours de "qu’est-ce qu’il fait doux pour un automne".

Arrivés à bon port, la porte s’ouvre, nous croyons que la copine est à nouveau enceinte, mais non, elle a juste pratiqué depuis 2 ans la tactique du "j’ai un mec, une maison, un enfant, plus personne me regarde, je peux me laisser pousser le bide, les poils et avoir les cheveux gras". Comble du supplice naissant, son fameux nouveau mec nous fait un accueil tout en joie et bonne humeur version "qui c’est ces cons, j’les connais même pas et ils viennent me taper mes bouteilles d’apéro de 4 litres achetées en Andorre cet été".

Et là, vous me dites : il est bien sympa avec son histoire de copains beaufs de la cambrousse, mais quel est le rapport avec A prendre ou à laisser… Et bien mes amis, il y a un lien.

Positionnés sur nos canapés de faux cuir bleu, nous attaquons nos banalités verbales avec le doux plaisir, que dis-je, le comble de la réception apéritive, d’avoir la télé qui hurle en fond de scène avec le bon vieux jeu qui tue parce qu’il est dans les habitudes de notre couple hôte de le regarder avec assiduité… et vous en subissez soudain les conséquences.

Notez tout de même que si cette télévision en fond est au paroxysme du désagréable, il convient d’admettre qu’elle permet d’avoir un sujet de conversation autre que "et le boulot, ça va ?"… mais bon quand même.

Le jeu commence : il s’agit donc d’A prendre ou à laisser ou, pour les initiés, "La boiboite à Arthur". Jeu télévisé dont la règle est puisée au plus profond de l’intellectualisme, à savoir mettre au milieu d’une arène une jeune femme sensible détentrice d’une boîte dans laquelle se trouve une somme qu’elle gagnera peut-être à condition de trouver, d’échanger, de deviner, les autres montants contenus dans d’autres boîtes, disposées devant une vingtaine de blaireaux qui s’excitent gracieusement quand leur boîte doit être ouverte. Le tout rythmé par un Arthur qui en fait des tonnes et torture moralement sa candidate, qui la pousse à bout et fait monter le suspens en jouant du téléphone avec un banquier fantôme proposant des deals d’échanges à la candidate. Une heure de pur bonheur dont-on doit tout de même avouer puisqu’avec un petit peu de recul et un troisième degré bien pensé, on peut vite rire du tout, se fendre la tronche à voir le public en banc de poissons lobotomisés, à imaginer les téléspectateurs transis de trouille quand la candidate ouvre enfin sa boîte, révélant ainsi si elle va gagner 25 malheureux deniers ou 500 000 euros.

Tandis que le mec gracieux de notre copine, qui l’est tout autant avec les (dé)formes en plus, me ressert un "Martini avec du gin, c’est ça que tu veux t’as dit, hein toi, c’est quoi ton nom déjà ?", je m’affale un peu plus dans le canapé et m’extasie devant cet amas de conneries de boiboite, des pleurs de la candidate, de l’air sérieusement débile du père Arthur, du public qui exulte en simultané avec nos hôtes "Ooooooohhhhhhhhh nooooonnnnnn, la pauv’ fille !" quand la boiboite s’ouvre et dévoile le montant de 25 euros… pauvre conne.

Arthur, sans pitié, vous annonce qu’il est temps de laisser la place au 20 heures, mais aussi qu’un valeureux papy a gagné la moitié de cette somme faramineuse après avoir joué à distance sur un numéro de téléphone surtaxé… Je n’ose pas dire à nos hôtes, les sentant très capables de faire ladite démarche téléphonique un soir sur deux et que seule notre présence a dû freiner dans leur élan, que le pauvre bougre a dépensé bien plus en appelant le numéro de téléphone de la boiboite que les 12,5 euros dont il est désormais détenteur.

Le journal de 20 heures du beau Harry (cf. article Jowebzine sur les Jokers du JT) commence dans cette atmosphère apéro-télé qui tue les oreilles, je me sens chaud bouillant pour parler sujet de société avec nos camarades, mais le mec de la copine coupe le son en lançant un cinglant "Rien à foutre des infos, ils racontent que des conneries les journalistes !" et bam…

Reprise de manteau, bisoutages joyeux en faisant bien attention de ne pas lâcher "A bientôt" de peur que nos hôtes d’un jour arrivent avec leur téléviseur à la maison… Froid glacial, clé de contact dans la voiture, retour au bercail, fin de la soirée… Vive les vacances et merci la boiboite à Arthur : des moments comme ça, on les attend avec tellement d’impatience !

A bientôt cher camarades jowebziniens !


Esteban R.
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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