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     Vu à La TéLé
 
LES ANNEES TONY BLAIR
Chronique du 21 octobre 2003
Comment la vision d’une série anglaise de qualité peut avoir le mérite de vous faire réfléchir sur la politique et la démocratie.


Les années Tony Blair (The project, en version originale) est un film de 4 heures coproduit par la BBC et Arte. Il est passé en version française à la mi-septembre sur Arte, puis en version originale aux alentours de minuit, début octobre.

Ce film anglais, d’une rare ampleur, décrit la trajectoire d’un groupe d’amis sur une dizaine d’années, de 1992 quand les travaillistes étaient dans l’opposition à 2002 alors que Tony Blair dirige sans partage la vie politique anglaise. La première partie relate la manière dont Tony Blair a pris le pouvoir au sein de son parti et comment il a réussi à gagner les élections. La seconde montre l’épreuve du pouvoir et de la réalité.

Deux jeunes gens sont au centre de la toile : Paul travaille dans la communication, mais il fait aussi le sale boulot, par exemple il déterre des scandales (député conservateur ayant des maîtresses, etc.) Il manipule et finira manipulé. Maggie est une jeune métis idéaliste qui se présentera aux élections, sera député et devra faire un choix entre ses propres positions et les positions de son parti.

Ce film est magnifique. Il est filmé caméra à l’épaule et une musique mélancolique sert de contrepoint aux faits évoqués. L’action politique telle qu’elle est pratiquée dans nos contrées occidentales n’en sort pas magnifiée. S’investir en politique, cela consiste à avaler les couleuvres que votre parti vous demande d’avaler. Si vous n’êtes pas prêt aux compromissions. Passez votre chemin!

Pourquoi seuls les Anglais ou les Américains sont-ils capables d’affronter leur présent ou leur passé proche ? Imagine-t-on un instant une grande chaîne du service public, France 2 (qui a censuré récemment une réplique du feuilleton Urgences, pour ne pas choquer son public de 22 heures…) produire une fiction sur la chute du gouvernement Jospin et la claque du 21 avril ? Une telle initiative serait salutaire. Une télé qui affronte la réalité s’honore et honore ses spectateurs.

Heureusement, Arte a coproduit cette fiction et cela est à porter au crédit de la chaîne franco-allemande. Cependant ne laissons pas la politique aux journalistes, aux hommes politiques eux-mêmes ou aux humoristes. Parlons de notre histoire, analysons-là. Soyons intelligents et réflexifs sur nous-mêmes.

Ce que j’écris là s’avère malheureusement utopique. En France, sur les réseaux hertziens, se développe l’idée du héros récurrent et fédérateur. Les personnages qu’on nous présente, commissaires de police, instituteur ou gardiens de la paix, sont montrés comme des Saints laïcs. Ils sont dévoués à leurs causes et ne présentent aucun défaut. On ne rencontre évidemment pas ces gens-là dans la rue ou dans les transports en commun, mais ils nous bassinent sur le petit écran.

À l’heure, pathétique, où une poignée de maires démagogues ont choisi Evelyne Thomas (C’est mon choix) pour être l’effigie de Marianne et siéger dans les mairies, parce que selon eux elle symbolise l’écoute de la France d’en bas, il faut voir Les années Tony Blair.

Il n’y a pas que de la daube à la télévision. Il faut savoir choisir et n’avoir pas peur de réfléchir. Si vous n’avez pas vu cette œuvre magistrale, envoyez des e-mails à Arte afin qu’ils en sortent une cassette ou un DVD. Vous serez émus, secoués, scandalisés. Vous vous direz que la démocratie est bien peu de choses et que la communication n’induit pas forcément une bonne « gouvernance » pour paraphraser le Premier Ministre français en poste.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2003
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