CCTV4,
LA TELE
DES CREVETTES AU SAKE Chronique du 15 mars 2005
Comme
vous le savez peut être, le câble propose, on ne
sait pas bien pourquoi, une multitude de chaînes étrangères.
Mais dans certains cas, un zapping sur une chaîne chinoise,
japonaise ou polonaise, permet de mieux comprendre notre voisin
de palier de la même origine… ou peut être
très utile lors d’une commande de menu B3 par téléphone.
Wa dadaï hi chou pa zu go wen… et sera tout ?
Comme il est agréable de se retrouver entre copains le
samedi soir. Convives joyeux autour d’une table basse,
bouteille d’alcool clinquante, rires et ambiance festive
au rendez-vous…
Tribus de jeunes cadres dynamiques à la vie trépidante
et parfois intensive, nous nous retrouvâmes donc un samedi
de mars comme tant d’autres à nous poser la fameuse
question : "Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir
faire à manger ?" Sur une excellente idée
d’un de nos camarades rieurs, nous voilà engagés
dans une folle aventure de commande de plats chinois.
Pour nous mettre dans le cadre, j’allume ma télé
sur la chaîne CCTV4, seule chaîne chinoise de mon
bouquet câblé, pour que mon mur de salon prenne
une couleur de muraille de Chine.
Petits dépliants à la main nous choisissons des
mets exotiques en contemplant la tronche peu radieuse du présentateur
météo de CCTV4. Nous nous tordons de rire en écoutant
et répétant une expression de ce pauvre présentateur
"zi ko wadöi i pong chou a mi", traduction de
mon pote Johann : "tout porte à croire qu’il
fera un sale temps sur la province de Heilong-Jiang, sortez
les bols de riz en guise de parapluie !"
Mais les pitreries ont assez duré. Il fait faim et après
avoir contracté une pénalité pour "pose
de verre de Cuba Libre sans l’avoir terminé",
je me retrouve désigné volontaire pour la commande
:
- d’un menu B4 composé de riz, de bœuf sauté…
- d’un menu F9 composé de crevettes au miel et
riz cantonnais,
- d’une multitude de trucs imprononçables mais
qui, a priori, se mangent goulûment.
Téléphone à la main je compose le 01 46
03 86 86 du bien nommé le Pousse Pousse Express (vous
pouvez vérifier, même si je vais me moquer d’eux,
c’est très bon).
Pour une meilleure compréhension, je vous invite à
revivre avec moi un extrait du drame qui va m’obliger
à regarder à l’avenir beaucoup plus CCTV4
pour connaître les us et coutumes asiatiques ainsi que
pour m’imprégner de l’accent chinois afin
de ne plus jamais revivre cela (à lire tout haut pour
comprendre) :
Moi : Oui, bonjour madame, Esteban R, j’aurais souhaité
commander…
Elle : Bonnour, vot unero dé téléléfon
si ou plé ?
Moi : Pardon ?
Elle : Vot unero de téléfon si ou plé !
(elle s’agace…)
Moi : Mon numéro de téléphone… bien…
pardon… le 06 20 98…
Elle : Qué que you youlé pou la commandé
?
Moi : Alors… (je prends ma liste sentant la galère
à plein nez) Un menu B4…
Elle : Un enu V4, d’accord…
Moi : Euh non… un menu B4 pas V4…
Elle : Un menu B4 avec un B comme Boiture…
Moi : Oui, si vous voulez comme Boiture…
Bref, 25 minutes plus tard, je reviens épuisé
dans le salon sous les huées du public : "Qu’est-ce
que t’as foutu, on a faim nous !". Leur racontant
mon histoire, nous avons repris le fil de nos conversations
nocturnes et de plus en plus embrumées.
Dès le lendemain, je regardai deux bonnes heures de CCTV4
afin d’admirer les beaux députés militaires
chinois dans un Parlement fleurant bon les grandes années
de la guerre froide. Cette chaîne respire néanmoins
le paradoxe chinois en alternant des défilés militaires
et des journaux télévisés aux confins de
ceux de LCI (décor, présentatrice moderne et mignonnette).
Bref, CCTV4, à regarder avant toute commande de porc
sauce aigre-douce ou les dimanche d’hiver pour voyager
rapidement et sans se forcer.
Wa chi go ah et mi chou wong za… euh, pardon, à
la semaine prochaine pour un peu d’histoire.