Quel entrain et quelle joie de voir, lors d’un après-midi
de glande intense de milieu de semaine, que notre légendaire
jeu télévisuel (créé le 4 janvier 1972,
j’étais même pas né !) existe encore. Comme
un bon soap tel que les Feux de l’amour, on peut couper les
ponts pendant 10-15 ans : rien ne bouge, rien ne change, formidable
repère intemporel. Le temps s’arrête et Bertrand
Renard se frise les moustaches…
"Jean-Michel ?
- Le compte est bon !"
Ce qui est formidable avec Des chiffres et des lettres, c’est
que l’on comprend tout de suite mieux la signification des termes
"vintage", "rétro" et autre "underground
flash-back".
Par exemple, Laurent Romejko, qui semble avoir 35 ans quand il présente
la météo sur France 2, en paraît 60 quand il se
met derrière le pupitre de présentateur de la célèbre
émission. Un bien gentil garçon qui doit faire fureur
depuis 1992 dans toutes les maisons de retraite de France avec sa
jolie mèche blonde de côté. Mais quel talent et
quel dynamisme malgré la dure concurrence des Patrice Laffont,
Laurent Cabrol et autre Max Meynier.
Quel bonheur en cet après-midi de léthargie active sur
mon canapé, calé sous une couverture de chien, de voir
le cultissime Bertrand Renard, dit le Magic Fox ou le Calculman fou
dans le milieu de l’audiovisuel, réapparaître fringuant
comme au premier jour (il a intégré l’équipe
de l’émission après voir gagné 12 matchs
de rang en 1975 ! - Toujours pas né en ce qui me concerne).
Ah, mon Bertrand Renard ! Implacable homme de chiffres, qui te trouve
973 avec un 4, un 10, un 20, un 100 et un 75… Essayez, c’est
impossible, seul le Magic Fox peut le faire, imbattable qu’il
est le Magic Fox.
Et mon Arielle Boulin dans tout ça. Fidèle compagne
du petit Larousse depuis des années et toujours située
à la droite de mon Bertrand Calculman fou, elle ricane sarcastiquement
quand un candidat boutonneux (on en parle juste après) annonce
un 6 lettres alors qu’il y en avait 8 avec ENKYSTEZ… Elle,
non plus, ne change pas.
Et nos candidats, hein, nos candidats ? Éternellement premiers
de la classe malgré les années, on pourrait aujourd’hui
croire qu’ils se sont tous lancés dans une imitation
ad vitam eternam des Deschiens... Mais non, c’est pour de vrai.
Pour eux, le sudoku et les mots fléchés sont des jeux
de nains. Non, pour eux, se prendre la tête en moins de 35 secondes
avec une musique d’ascenseur en fond (donc double difficulté)
est un sixième sens. Vous êtes intéressé
par le challenge ? Attention ! Pour postuler à Des chiffres
et des lettres, il convient d’avoir un minimum de chemises à
carreaux verts et jaunes dans sa garde-robe, porter des lunettes cul
de bouteilles de Côte du Rhône avec dépôt
sur lie et montrer un fort sentiment d’injustice quand votre
adversaire a trouvé le même mot que vous alors que vous
pensiez avoir tout cassé, vous, le roi du Scrabble.
Et mon public, il est assez grandiose aussi. A croire, qu’ils
les ont conservés façon mi-formole, mi-cave à
papy à 8°c, pas plus sinon ça moisi. Ils s’endorment
ou trépignent d’impatience de pouvoir arracher le micro
des mains de Bertrand pour annoncer flegmatiquement qu’ils ont
trouvé ce putain de bon compte alors que nos malheureux candidats
avaient trouvé 475 au lieu de 474…
Je serais mauvaise langue en ne parlant pas des évolutions
qui ont tout de même bouleversé Des chiffres et des lettres
ces cinq dernières années :
- 2000 - Départs d'Yvette Plailly et d'Arlène. Nouveau
générique, nouveau décor, introduction des Duels.
Temps réduit à 45 secondes pour les chiffres (au lieu
de 50) et à 30 secondes pour les lettres (au lieu de 40). Le
décompte des points est légèrement modifié.
- 2005 - Le "Tournoi des légendes" consacre Pierre-Marie
Billy.
- 2005 - Nouveau décor, nouvel habillage… (source www.france2.fr)
Bien sûr, il y a eu des moments de gloire et des bons souvenirs.
Qui ne se souvient pas des après-midi téloche avec ses
grands-parents. Petite larme à l’œil quand je repense
à mon papy Maurice bien calé dans son fauteuil qui trouvait
8 lettres sur 8 lettres en mangeant des Mon Chéri vers 16h30
les semaines de vacances. Les cartes avec les lettres posées
maladroitement par une main poilue en bas de l’écran.
Les démonstrations de notre Einstein de Bertrand the Fox sur
un tableau noir. Les boîtes de jeu offertes à Noël
à nos cousines…
Et dire que nous sommes repartis pour 20 ans. Allez, retour en 2006.
A la semaine prochaine.