DEADWOOD
Série américaine de David Milch
Chronique du 8 août 2006
Après
les Sopranos et Oz, la chaîne privée HBO continue d’explorer
le coté obscur de l’Amérique. Deadwood démonte
tous les mythes de l’histoire américaine. Le western
fut autopsié par Sam Peckinpah et Clint Eastwood ; le téléaste
David Milch s’occupe de l’enterrement : il est prestigieux
!
Oubliez John Wayne. Oubliez les grands espaces. Oubliez la fière
cavalerie. Oubliez tout un pan du cinéma populaire américain.
Rappelez vous la Horde sauvage. Revoyez Impitoyable, le chef d’œuvre
crépusculaire de Clint Eastwood. Vous serez prêt pour
découvrir l’excellente série Deadwood, nouvel
ovni télévisuel qui prouve que les séries peuvent
aller plus loin que les films !
Complice de Steven Bochco (La loi de Los Angeles, NYPD Blue), David
Milch s’émancipe pour raconter de manière originale
la conquête de l’Ouest. Et ce n’est pas glorieux.
Deadwood est une petite ville perdue dans le Dakota du Sud. L’Amérique
ne connaît pas encore ses frontières. A Deadwood, il
n’y a pas de limites !
La ville est composée de chercheurs d’or déboussolés,
de hors la loi et de nombreux individus aux intentions souvent abjects.
Violence, racisme, prostitution, alcoolisme, tous les vices sont rassemblés
dans cette ville boueuse. La seule autorité semble être
Al Swearengen, gérant irascible du saloon de la ville. Fournisseur
en alcool et en filles, il règne sur cet endroit comme un tyran.
Il apprécie donc d’un mauvais œil, l’arrivée
de la légende Wil Bill Hickok et d’un ancien shérif
devenu quincaillier, Seth Bullock.
Ce personnage semble être le seul personnage positif dans ce
panier de crabes qu’est Deadwood. Son regard perçant
et sa rigide attitude deviennent l’unique espoir de la ville,
capitale de la corruption et de la luxure.
L’Amériques est donc construite sur des vertus qui n’en
sont pas vraiment ! En douze épisodes, David Milch détruit
tous les clichés du western. Les prêtres ne sont que
des fous. Les médecins se droguent. L’armée est
une réunion d’arrivistes armés. Les femmes supportent
les erreurs des hommes. Il n’y a pas de noblesse, de patriotisme
ou de nation à Deadwood. Il n’y a que des individualistes
cruels et paumés. Milch va jusqu’à taquiner les
grandes figures du western en faisant intervenir Calamity Jane, devenu
une sorte de clocharde mal embouchée et névrosée.
La série va très loin (certaines scènes sont
d’une crudité étonnante pour un programme télé)
et le spectacle n’a rien de déprimant car Milch a bien
compris que ses personnages ne peuvent être enfermés
dans leur rôle. Ainsi Al Swearengen, pourriture totale, évolue
et révèle un personnage tragique. Les apparences sont
trompeuses à Deadwood. C’est ce qui fait le charme très
très particulier de cette série sans concession et passionnante.
Le western est mort. Vive le western !