LES
GRANDS PRIX DE FORMULE 1 Chronique
du 25 juin 2002
Pour
les adeptes de la sieste réparatrice du dimanche après-midi,
il est une berceuse des plus efficaces, gracieusement dispensée
par TF1, notre chaîne préférée : la retransmission
en direct du Grand Prix de Formule 1 du week-end !
Quelques conseils pour profiter au mieux des pouvoirs soporifiques
souverains de ce programme :
- ne pas déjeuner trop tôt afin de ne pas avoir à
sinstaller devant le petit écran avant 14h00. En allumant
votre téléviseur à partir de 13h30, vous auriez
la (mauvaise) surprise de tomber sur lémission davant
Grand Prix qui, elle, est tout à fait intéressante !
- sinstaller tout de suite très agréablement car
lendormissement survenant assez vite, disons après deux
tours de course, vous naurez plus, ensuite, le courage daller
chercher la télécommande ou un coussin supplémentaire,
- inutile de demander à qui que ce soit de vous réveiller
à lissue de votre sieste, le générique
tonitruant de la série américaine qui suit sen
chargera efficacement.
Voilà, vous savez lessentiel, vous pouvez donc envisager
sereinement ce moment de bonheur dominical. Aucun risque que quoi
que ce soit ne vienne perturber votre repos. Jean-Louis Moncet et
Jacques Lafitte (les Thierry et Jean-Mimi de la F1) se chargent de
votre tranquillité. Et pourtant ils parlent, ils parlent même
beaucoup pour tenter de faire oublier aux insomniaques la vacuité
absolue du spectacle quils nous offrent. En effet, sauf à
être un dangereux pervers excité par la pression des
pneus, le niveau de remplissage des réservoirs, la température
au sol comparée à la température atmosphérique
ou la rivalité insoutenable entre Michelin et Bridgestone
il faut reconnaître que la F1 moderne est de tout repos pour
les esprits, même les plus mordus de performances sportives.
Car en fait de sport, tout lintérêt de la Formule
1 réside dans les essais qualificatifs. Un peu comme si le
plus intéressant dune course cycliste se passait à
lentraînement, à labri des caméras
! Une fois le départ de la "vraie" course donné,
à la queue leu-leu dans un ordre prédéfini, il
ne se passe plus rien sauf au cours des ravitaillements (pleins
dessence pour la F1, sacoche de nourriture pour les cyclistes).
Imaginez une étape du Tour de France où le suspense
essentiel résiderait dans lappétit des coureurs.
Forts de leur classement au général, les champions sélanceraient
les uns derrière les autres pour 180 km de course, pédaleraient
tous à toute allure (et à peu près à la
même vitesse) du début à la fin et ne se dépasseraient
éventuellement quà loccasion de haltes pipi
ou de pique-niques réparateurs. Dès lors lenjeu
principal de ce sport serait de savoir si Laurent Jalabert se nourrira
une seule fois pendant la course, mais plus copieusement que Lance
Amstrong qui, lui, aura choisi de se nourrir plus frugalement mais
de sy reprendre à plusieurs fois. Et bien la F1, cest
exactement ça ! Avouez que lon peut imaginer plus palpitant
Mais le plus important est ailleurs : cest que le lundi matin,
à la cafét, vous puissiez arborer une mine parfaitement
reposée et, malgré votre profond sommeil de la veille,
pontifier doctement sur la supériorité manifeste de
lécurie Ferrari et sur la victoire imparable de Michael
Schumacher (à moins que ce ne soit Rubens Barrichello, ce qui
se produit une fois sur cinq environ). Parce que, par la même
occasion, la Formule 1 a inventé ce que lon pourrait
appeler "la noble certitude du sport" : cest toujours
Michael Schumacher qui gagne !
PS : Il faut pourtant reconnaître que le Tour
de France, avec des règles et un spectacle très différents,
arrive à peu près au même résultat puisque
cest toujours Lance Amstrong qui gagne