NAVARRO
BIENTOT A L'ACADEMIE
Toutes les télés, toutes les radios et tous les journaux
ont découverts, au même moment, un immense écrivain
: Navarro. Navrant.
Ces derniers temps, en regardant la télévision, on a
vu un écrivain apparaître dans de nombreuses émissions.
Qu’il s’agisse de divertissements ou d’émissions
culturelles. Cet homme nous a été présenté
comme un styliste, un novateur.
L’homme, au demeurant sympathique, a accueilli les compliments
comme s’ils allaient de soi. Quant aux maigres reproches, il
les a balayés d’un revers de la main. De mémoire
de téléspectateur, on a rarement vu un auteur ainsi
fêté. Cela tombe bien car l’homme a 77 ans et il
est normal de penser que la reconnaissance agit sur lui comme du baume
au cœur, ou de la pommade, c’est selon.
Dans l’émission de Michel Field, qui passe sur le câble,
une journaliste a comparé son style à celui d’Albert
Cohen. Dans l’émission de Frantz-Olivier Giesbert sur
France 3, l’homme s’est disputé avec Patrick Besson
qui n’appréciait pas son œuvre. Dans les guirlandes
de louange qu’on lui tressait, revenait ce leitmotiv : c’est
un livre irracontable, une histoire absurde où l’artiste
lâche sa bride.
Invité par Thierry Ardisson, par Marc-Olivier Fogiel, l’homme
nous a atteint d’un tir de barrage médiatique. D’ailleurs
l’homme présente bien, massif, bougon, le cheveu poivre
et sel, les traits burinés par les ans. Cet homme-là
en vieillissant a du Gabin, du Ventura en lui.
De qui s’agit-il ? Qui est cet immense artiste sans lequel nous
ne saurions vivre ? Eh bien, mesdames et messieurs, chers téléspectateurs,
le grand écrivain qui passe dans le poste n’est autre
que Roger Hanin.
Un bon client
Pourquoi cela m’énerve-t-il autant ? Parce que, bien
évidemment, ce n’est pas l’auteur qu’on invite
sur les plateaux, même si on le lui laisse croire. On invite
le commissaire le plus populaire de France, le Navarro qui nous suit
depuis des décennies. On invite le beau-frère idolâtre
de Mitterrand, l’antique compagnon de route du Parti Communiste.
On invite l’un de ceux qu’on a identifié à
la communauté des Pieds Noirs autant qu’à celle
des juifs Sépharades. On invite, enfin, celui qu’on appelle
un bon client. Roger Hanin, il passe bien car il a toujours quelque
chose à dire, des choses intéressantes et du n’importe
quoi. Bon, vous me direz, pas de quoi fouetter un chat. Roger Hanin
demeure quelqu’un qui fédère et, de plus, il ne
va pas déranger le téléspectateur. Il est prévisible.
On sait qu’il va verser une larmichette sur Tonton et qu’il
va injurier Jospin. Ce qui me chagrine est qu’à la télévision,
les places sont chères. En intronisant Hanin en grand écrivain,
la télé crache sur tous ces écrivains qui publient
de merveilleux livres et ne bénéficient d’aucun
plan média.
Si vous voulez, cela me fait penser au rock. C’est un monde,
des galaxies. Or en ce moment, le rock, c’est et c’est
uniquement Johnny Hallyday. Si Roger Hanin est vraiment la découverte
littéraire du printemps, alors, moi, c’est sûr,
à la rentrée, je fais mon premier tour de chant à
l’Olympia.