Untitled Document
 

     Vu à La TéLé
 
ROGER HANIN 
Chronique du 17 juin 2003
NAVARRO BIENTOT A L'ACADEMIE
Toutes les télés, toutes les radios et tous les journaux ont découverts, au même moment, un immense écrivain : Navarro. Navrant.


Ces derniers temps, en regardant la télévision, on a vu un écrivain apparaître dans de nombreuses émissions. Qu’il s’agisse de divertissements ou d’émissions culturelles. Cet homme nous a été présenté comme un styliste, un novateur.

L’homme, au demeurant sympathique, a accueilli les compliments comme s’ils allaient de soi. Quant aux maigres reproches, il les a balayés d’un revers de la main. De mémoire de téléspectateur, on a rarement vu un auteur ainsi fêté. Cela tombe bien car l’homme a 77 ans et il est normal de penser que la reconnaissance agit sur lui comme du baume au cœur, ou de la pommade, c’est selon.

Dans l’émission de Michel Field, qui passe sur le câble, une journaliste a comparé son style à celui d’Albert Cohen. Dans l’émission de Frantz-Olivier Giesbert sur France 3, l’homme s’est disputé avec Patrick Besson qui n’appréciait pas son œuvre. Dans les guirlandes de louange qu’on lui tressait, revenait ce leitmotiv : c’est un livre irracontable, une histoire absurde où l’artiste lâche sa bride.
Invité par Thierry Ardisson, par Marc-Olivier Fogiel, l’homme nous a atteint d’un tir de barrage médiatique. D’ailleurs l’homme présente bien, massif, bougon, le cheveu poivre et sel, les traits burinés par les ans. Cet homme-là en vieillissant a du Gabin, du Ventura en lui.

De qui s’agit-il ? Qui est cet immense artiste sans lequel nous ne saurions vivre ? Eh bien, mesdames et messieurs, chers téléspectateurs, le grand écrivain qui passe dans le poste n’est autre que Roger Hanin.

Un bon client

Pourquoi cela m’énerve-t-il autant ? Parce que, bien évidemment, ce n’est pas l’auteur qu’on invite sur les plateaux, même si on le lui laisse croire. On invite le commissaire le plus populaire de France, le Navarro qui nous suit depuis des décennies. On invite le beau-frère idolâtre de Mitterrand, l’antique compagnon de route du Parti Communiste. On invite l’un de ceux qu’on a identifié à la communauté des Pieds Noirs autant qu’à celle des juifs Sépharades. On invite, enfin, celui qu’on appelle un bon client. Roger Hanin, il passe bien car il a toujours quelque chose à dire, des choses intéressantes et du n’importe quoi. Bon, vous me direz, pas de quoi fouetter un chat. Roger Hanin demeure quelqu’un qui fédère et, de plus, il ne va pas déranger le téléspectateur. Il est prévisible. On sait qu’il va verser une larmichette sur Tonton et qu’il va injurier Jospin. Ce qui me chagrine est qu’à la télévision, les places sont chères. En intronisant Hanin en grand écrivain, la télé crache sur tous ces écrivains qui publient de merveilleux livres et ne bénéficient d’aucun plan média.

Si vous voulez, cela me fait penser au rock. C’est un monde, des galaxies. Or en ce moment, le rock, c’est et c’est uniquement Johnny Hallyday. Si Roger Hanin est vraiment la découverte littéraire du printemps, alors, moi, c’est sûr, à la rentrée, je fais mon premier tour de chant à l’Olympia.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2003
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés