Un documentaire de Cécile Denjean
Production TV Makers - 52 minutes
Diffusé le vendredi 12 mars
sur France 5 à 15H45
Executive
woman ou geisha : un document exceptionnel proposé par
France 5 sur les contradictions du Japon moderne dans la place
qu'il laisse aux femmes.
Une caméra, un micro, un billet d’avion pour Tokyo
et Cécile Denjean est partie filmer les femmes japonaises
loin de l’image d’Epinal et très proche du
gouffre. Étouffée par deux mondes qui se joignent
en une bulle compressée - hyper modernité et ultra
conservatisme ou le cocktail détonant d’un monde
qui court très vite en acceptant de se laisser rattraper
- la femme japonaise se retrouve depuis quelques années
dans une quasi-parité professionnelle avec les hommes,
à des postes de hautes responsabilités pour lesquels
elle semble prête à tout sacrifier et en particulier
l’éventualité d’une maternité.
Le problème est posé d’entrée par
une jeune productrice de 37 ans qui coure de tournages en salle
de montage pour fabriquer ses soap-opéras qui inondent
les écrans nippons préadolescents. Elle s’est
battue pour arriver dans ce fauteuil et elle ne le lâchera
pas, pas pour faire un enfant en tout cas. L’aventure
sentimentale, la vie de famille, elle la produit chaque jour
dans ses scénarii à deux yens, c’est un
ersatz comme un autre, une procuration salvatrice. La place
lui a coûté trop cher pour la batifole.
Ailleurs, ce jeune couple a une fille. La femme a cessé
toute activité professionnelle à la naissance
de l’enfant. Elle aurait aimé continuer, mais elle
a choisi d’avoir un enfant. Et le mari ? Le mari vous
répond que c’est elle qui a choisi d’avoir
un enfant et qu’elle savait ce que ça signifiait.
Les enfants, c’est aux femmes de s’en occuper.
Cette photographie de la place des femmes dans la société
japonaise, très documentée, très posée,
prenant le temps de digérer son propos, nous évoque
des choses que nous semblions connaître, nous renvoie
les images de nos propres sociétés, de notre peur
du temps et de l’argent perdus, mais elle nous fait aussi
découvrir une autre chose, beaucoup plus effrayante :
cette ultramoderne solitude qui n’engendre rien d’autre
que des incapacités et des être perclus d’inquiétudes,
écartelés entre deux histoires. Un fossé
face auquel, finalement, celle qui s’en tire encore le
mieux est plus proche de la tradition que de la bulle technologique
: la geisha.
Il semble que dans le Japon moderne, ce soit encore elle qui
bénéficie du meilleur crédit féminin
aux yeux des hommes. Elle perpétue le mythe et ne procrée
pas. Dans la nouvelle de Mishima, Les sept ponts, quatre geisha
doivent traverser sept pont de Tokyo en faisant un vœux
à chacun des passages. Elles croisent en chemin la ville
moderne qui s’étonne de voir surgir du passé
ces si jeunes fantômes sacrifiant encore aux rites ancestraux.
C’est un peu l’impression que nous laisse le film
de Cécile Denjean. D’assister à la traversée
incongrue d’un monde dont les motivations en perpétuelles
contradictions nous dépassent.
La conclusion nous est donnée par une jeune tokyoïte
comme on peut en croiser dans les romans noirs de Romain Slocombe
(1) : seize ans, juchée sur des plateformboots démesurées,
elle sort le soir habillée en layettes blanches, capucine
dentelée sur la tête, parce que, dit-elle, elle
ne veut pas quitter le monde de l’enfance, la vie d’après
lui fait trop peur.
Oui, c’est programmé en milieu d’après-midi,
on sait ça. Mais précisément, et au vu
de la politique de diffusion de la culture à la télévision,
est-ce qu’on ne pourrait pas considérer ça
comme un gage de qualité ? Et puis vous n’avez
pas encore jeté votre vieux VHS…