LA NOSTALGIE
DES NOELS
DEVANT LA TELE
Chronique du 19 décembre 2006
Pour
boucler une deuxième année de chroniques au sein de
ce webzine au succès grandissant (qui me permet quotidiennement
d’exprimer mes pensées subjectivo-sarcastiques du monde
du petit écran), je voulais partager avec vous quelques souvenirs
à l’approche de Noël. Juste se souvenir simplement,
ensemble, de ces petits moments de plaisir qu’étaient
le visionnage en famille de quelques instants de télé,
au milieu de ces années 80, lors du réveillon de Noël...
Ne faites pas de bruit, soyez sages, le père Noël arrive…
24 décembre au soir…
Je me souviens… de cette attente crescendo qui titillait notre
jeune existence durant tout le mois de décembre, nous avions
à peine une dizaine d’années. Les ennuis du travail,
les problèmes d’argent, les questions sur la vie ou encore
la contrainte d’aller arpenter les rayons des grands magasins
ne nous atteignaient pas. La tête avait assez d’espace
libre pour ne penser qu’à ce Noël qui approchait,
qu’à ce programme télé qui arrivait sur
la table de la cuisine une dizaine de jours avant le jour j. Je me
souviens de nos petites mains qui prenaient leur élan pour
se rendre directement à la page du 24 décembre au soir,
pour voir avec appétit ce que serait cette soirée de
Noël en famille devant l’écran de papy et mamie.
Je me souviens… de ces voyages vers le bonheur, plus que 3 jours,
plus que 2, puis nous y sommes. La fin de l’école sonnait
avec une odeur de clémentine aux bords des lèvres, trace
d’un repas de Noël de cantine de primaire, prémisse
d’un goût de fête, des résidus de chocolat
fondu sur les mains, nous y étions presque. Hop, en route vers
la destination familiale de fin d’année. Le froid tourbillonnait
au sortir de la R25 parentale, le bonnet était de mise, les
moufles compressaient nos doigts d’enfant. Les cadeaux devaient
être cachés habilement au fond du coffre, nous n’y
voyions que du feu.
Je me souviens… que la préparation du repas de réveillon
se faisait entre grande personne. Nous, nous étions déjà
scotchés devant les dessins animés de l’après-midi
du 24 décembre, loin, très loin des 17 chaînes
jeunesses d’aujourd’hui, le visionnage d’un bout
de film de Disney était un petit exploit, un signe que Noël
était bien là. Que demain au réveil, le bateau
de Playmobil serait là aussi, que le jeu de société
auquel nous jouerions le lendemain tous ensemble après le café
des grands vivait ses dernières heures serré dans un
papier cadeau Nouvelles Galeries. La R25 se réchauffait quelques
instants pour aller voir les illuminations dans la rue principale,
les yeux brillaient. Encore quelques heures d’attente, plus
beaucoup…
Je me souviens… de cette télé qui bruissait vers
20 h, où l’on avait de la pitié pour ce présentateur
télé qui devait n’avoir qu’une hâte,
retrouver sa famille pour le réveillon. Drôle de pitié,
non ? Pendant ce temps, les huîtres s’ouvraient toujours
avec difficulté, le bon vin était monté, le champagne
était au frais, les petits doigts joyeux et tremblants aidaient
à dresser la table, à mettre un peu de houx, à
mettre les couteaux à droite, les fourchettes à gauche,
une guirlande autour des verres pour faire joli.
Je me souviens… qu’il fallait se dépêcher
pour se préparer, ne pas louper le début du cirque,
d’une rétrospective Disney ou d’un bêtisier
quelconque. Une odeur de laque parfumait la salle de bain, le vernis
s’étalait doucement autant sur les ongles de la plus
petite des convives que sur ceux de la plus âgée, une
veste trop grande prenait place sur de petites épaules, une
cravate en cuir était mise pour l’occasion. On aurait
même sûrement le droit de goûter une toute petite
lampée de champagne pour accompagner l’arrivée
des toasts chauds. Les lions faisaient leur entrée sur la piste
du cirque, on entendait, à peine bien sûr, la télé
et ses flashs brillants. Ce petit écran devenait alors plus
un objet de décoration qu’un acteur-phare de la soirée.
Il était souvent minuit passé, l’attente était
à son paroxysme, l’œil restait difficilement ouvert
et l’on résistait un peu pour voir le début d’un
Tex Avery, traditionnellement et bizarrement positionné toujours
à un horaire tardif en ce réveillon.
On se mettait enfin au lit, on entendait les pas des parents et des
grands-parents dans les escaliers qui montaient les cadeaux du sous-sol.
On n’y croyait plus, au Père Noël, mais qu’il
était bon d’y croire encore un peu, juste là,
5 minutes, juste 5 minutes avant de s’endormir.
Sur les coups de 7 h du matin, l’excitation et la faim réveillaient
nos estomacs impatients. Nous nous prenions par la main, enfilions
nos robes de chambre, ne faisions pas de bruit, l’abus de champagne
faisait ronfler les grands, nous avancions doucement vers le sapin,
le pied couvert de couleurs brillantes, de boîtes multiples,
nous branchions la guirlande lumineuse, allions croquer un bout de
brioche. La demie heure de contemplation ne nous lassait jamais, nous
appuyions sur le bouton de la petite télé de la cuisine,
quelques dessins animés meublaient l’attente… tout
le monde se levait. Noël était là. Nous remercions
une sorte de bonne étoile de nous faire vivre ces moments-là…
Tout l’or du monde. Je donnerais tout l’or du monde pour
revivre ça, payer au prix fort un retour vers ce passé
d’insouciance, des milliers d’euros pour acheter un programme
télé daté d’un 24 décembre des années
80.
Bonnes fêtes de fin d’année à tous et à
l’année prochaine pour de nouvelles chroniques subjectivo-sarcastiques
sur le monde du petit écran.