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     Vu à La TéLé
 
LES "VRAIES" VICTIMES D’OUTREAU
SUR LCP ET PUBLIC-SENAT

Chronique du 31 janvier 2006
Outreau, le nom de cette petite ville du nord de la France résonnera désormais aux oreilles de nombreuses générations de français comme le symbole du scandale, de l’erreur judiciaire à son apogée mais aussi et surtout comme une gifle destructrice qui claque à jamais la vie tranquille de gens lambdas. Auditionnées publiquement sur LCP et Public-Sénat, les "vraies" victimes du procès d’Outreau, ces accusés à tort, ont enfin pu s’exprimer et nous, après des années d’ignorance, avons pu les entendre, voire les écouter.

Revenus d’Outreau tombe…

Comme moi, vous ne connaissiez sûrement pas vraiment Pierre Martel, Dominique Wiel, Karine Duchochois, Thierry Dausque, Odile Marécaux, Alain Marécaux, Jeanine Couvelard, David Brunet, Christian Godard, Lydia Cazin-Mourmand, Daniel Legrand (père), Daniel Legrand (fils), avant qu’ils ne témoignent publiquement sur La Chaîne Parlementaire (pas si mal que ça cette chaîne, d’ailleurs). Ces noms ne nous évoquaient rien d’autre que les "pauvres gens victimes accusées à tort par l’autre débile de Myriam Badaoui".

Oui, combien de dîner en famille avez-vous passé avec cette fameuse phrase qui revenait régulièrement : "T’as vu le truc d’Outreau, c’est dingue quand même qu’elle a accusé tout le monde comme ça, c’est grave ! les pauvres gens ! " et puis vous enchaîniez avec une autre conversation, vous replongeant le museau dans votre assiette bien chaude… puis rien.

Oui, combien de conversation entendue à la machine à café du matin dans votre immeuble de bureau envahi de pintades faussement intellectuelles qui n’apportent rien à part leur ridicule fausse expérience d’une vie embourgeoisée et qui s’exclamaient : "T’as entendu ce matin sur Radio Classique, ils ont parlé de ces pauvres personnes qui ont été accusées à tort ! C’est vraiment dingue que ça puisse arriver ce type de truc ! ", et puis le café avait rempli le gobelet, elle avait oublié ses sucrettes et enchaînait sur le concerto de piano qu’elle était allée voir hier au soir… puis rien.

Oui, combien de regard détourné devant des informations arrachées à coup de zapette, devant des brèves sur le fameux procès d’Outreau, devant des rebondissements dramatiques… puis rien.

Le fond des choses est bien là. Personne ne s’intéresse à personne quand la télé est entre les deux. La trouille aussi, pour la première fois dans la vie de nombreux français, on touchait du doigt et de trop près peut-être le dogme "chaque vie peut basculer, du jour au lendemain, sur un pas de travers, sur le simple fait d’être accusé parce que l’on passait par-là, qu’on habitait pas loin, que votre voiture avait été vue là, peut-être, pas sûr, et, sans preuve tangible l’enfer commence et tout est détruit autour de vous". N’avons-nous pas détourné nos yeux de ces gens-là, sur ce terrible principe que cela pouvait très bien nous arriver ?

Ce sentiment noir, je l’ai eu en ce soir de janvier, bien au chaud dans mon lit, vers minuit un lundi. Ma télé s’arrête sur Public Sénat où une femme parle en sanglotant de ce qu’est devenue sa vie après tout ça. Son fils qui la rejette, ses tentatives de suicide, ses gardes à vue, son cachot…

Et puis c’est au tour de cet homme moustachu, rustre… Tellement simple de l’accuser, se dit-on après coup. Il s’exprime mal, peut-être, mais il s’exprime… Pas comme au début de sa mise en examen où on l’a interrogé une fois et une seule, puis enfermé comme un chien, sans raison valable durant 36 mois, réduit au silence tout en ayant conscience que tout serait détruit à jamais.

Et cette mère de famille qui, devant ses trois enfants, avaient été inculpée, menottée, mise à terre pour de bon. Ses enfants sont partis en famille d’accueil, ils y sont toujours, malgré tout.

Et le prêtre bien sûr, qui pardonnerait presque. Avec un peu de recul, tellement facile de mettre la photo d’un prêtre soit disant pédophile dans ce douloureux portrait de famille.

2h00 du matin s’affiche sur mon radio-réveil, l’ex-huissier parle, symbole du calvaire de tous d’être passé d’une vie simple au trou noir de l’enfer : "Avant j’étais huissier, mon fils avait un an d’avance à l’école, aujourd’hui je ne suis plus rien et mon fils est un délinquant…" Il tentera de se suicider une semaine plus tard.

Le JT en parle puis passe au sport, les réunions de famille en discutent puis demandent si on veut encore un peu de haricots verts, la pintade du bureau se sert sa sucrette en compatissant de loin, je m’endors, ma télé s’éteint, la vie continue… pour nous.


Esteban R.
© Jowebzine.com - Janvier 2006



Les sites
- Le dossier : www.publicsenat.fr
- Le fond : www.lcpan.fr
La commission : www.assemblee-nationale.fr
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