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     Vu à La TéLé
 
PLANETE PIRE !
Chronique du 5 octobre 2004
Sur le câble et le satellite, Planète Future a été remplacée par Planète Choc. Mais le véritable nom de cette chaîne devrait plutôt être Planète Pire !


Jusqu’au début du mois de septembre 2004, sur le canal 43 du câble, on pouvait, à l’envi, voir des documentaires de tout acabit avec une nette tendance à la vulgarisation scientifique, voire au scientifique tout brut. Parfois, c’était un peu bizarre et monolithique (L’université de tous les savoirs, soit une heure et demie de cours magistraux filmés à deux caméras dans un amphi de Jussieu sur la biologie moléculaire, la dynamique des fluides ou l’ostéoporose en période régressive), parfois c’était monomaniaque (Les ailes de légende, soit 400 fois 90 minutes sur les avions), parfois c’était génial (Les phages, soit comment une bande de toubibs géorgiens sans un kopeck ont trouvé dans les égouts de quoi soigner la plupart des maladies en appliquant le bête concept du virus et de son prédateur).

Ça s’appelait Planète Future et c’était la troisième fille de cette famille hybride des chaînes Planète, le bouquet du documentaire de qualité avec l'ambition de faire découvrir le monde par des bouts jusque-là inaccessibles au grand public. C’était bien, c’était bon, on sortait de là avec l’impression de pouvoir bouffer les cagnottes de Julien Lepers par les deux bouts, bref on était moins con et, à nouveau, grâce à la télé.

Alors vint le mois de septembre 2004. Au mois de septembre 2004, quelqu’un chez Planète a décidé que les gens intelligents c’était sympa mais ça faisait un peu danseuse et que les velléités lepersiennes, c’était pas ça qui faisait tourner la baraque. Des trucs de danseuses y en avait déjà assez comme ça sur Planète et Planète Thalassa, alors une chaîne scientifique, ça pouvait bien sauter. Et ce quelqu’un créa Planète Choc.

Planète Choc c’est quoi ?

Les pires accidents de la route, les pires serpents qui ont les pires venins, les pires requins mangeurs d’hommes avec leurs pires dents, les pires extra-terrestres et leurs pires visites que personnes voit jamais, les pires phénomènes paranormaux, les pires risques que vous prenez en allant manger chinois, les pires moments des Chiffres et des Lettres, les pires souvenirs de dépucelages, les pires hommes de la terre, les pires montagnes où on se casse le pire la gueule, les pires chiens méchants et leurs pires morsures qui vous donnent la pire rage, les pires possibilités de mettre pire devant un substantif pour que ça donne l’impression que dans les cinquante minutes qui vont suivre vous allez vous sentir pire qu’avant, avec pour seule ponctuation réitérative le mot "extrême", substantif de l’absolu englobant le grand tout et le n’importe quoi environnant, allant de la piqûre d’abeille à Nagasaki.

C’est ça Planète Choc. Des centaines d’heures de programmes dans lesquels le vent souffle de manière répétitive entre des sommités de conneries débitées par des experts en manipulations informatives. On reprend la vieille recette de montage Koulechov (deux plans : 1 léopard qui rode, 1 gazelle qui broute, et vous croyez que l’un et l’autre sont liés dans l’immédiat espace par le danger de la prédation) pour vous servir les pires documentaires animaliers ; on flatte le voyeurisme pour vous faire comprendre qu’une ville sous caméra est une ville mieux gardée ; on fait parler des flics de Los Angeles pour que l’affaire Rodney King ne devienne qu’une humble bavure, etc.

Et pour bien muscler tout ça, on vous colle un commentateur qui s’épile la langue à la braise de barbecue et se travaille la corde vocale à la Boyard Maïs et au verre pilé. Vous sortez de là décérébré comme le bouchon d’une bouteille vide, vous avez peur de tout et vous n’en savez pas d’avantage (je me demande même si on ne perd pas ses connaissances, lentement, à force de visionnage). C’est nul, c’est racoleur, c’est mauvais et le pire c’est qu’on s’arrête dessus pour constater combien ça pu.

Alors pourquoi Planète Choc ? Sans aucun doute pour polluer le reste du bouquet Planète qui prend, mine de rien, le pli et s’oriente lentement vers le sensationnel. Une sorte de théorie illustrée des vases communicants.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Octobre 2004
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