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     Vu à La TéLé
 
L'INVASION DES PROFANATEURS
2e partie
Chronique du 4 mai 2004
Quand la télé réalité balaie tout sur son passage, il urge de réagir avec véhémence à ce déferlement incontrôlable et de clamer haut et fort son exaspération ! Et si en plus c'est fait avec humour...


Discussion entre un producteur et un type qui a des idées :

- Salut !
- Salut ! Tiens, j’ai lu ton concept d’émission de divertissement.
- Alors ?
- C’est de la merde ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Ça marchera jamais !
- Erreur de néophyte, mon cher ami. L’avenir est entre tes mains. Il faut être visionnaire ou apprendre à mourir en étant traité de ringard.
- Mais c’est de la télé-poubelle ce que tu me proposes !
- Mais non.
- Quinze ados enfermés dans un appartement et filmés comme des rats de laboratoire 24 heures sur 24, t’appelles ça comment toi ?
- Un succès planétaire.
- Sans moi !
- Le début d’une ère.
- N’importe quoi !
- Un rapport investissement à 1 000 %
- Ah !
- Ça t’intéresse, tout d’un coup ?
- Explique !
- Tu payes le décor, l’équipe technique, tu trouves le diffuseur et tu m’achète l’idée.
- Combien ?
- Le prix que ça vaut.
- Ensuite ?
- Ensuite, tu t’assois et t’attends les bénéfs.
- Et les participants, t’en fais quoi ? Qui les paye ?
- Personne et tout le monde. Ils rêvent tous de passer à la télé, tous autant qu’ils sont et aucun d’eux n’a la moindre idée de ce qu’est un avocat, encore moins un agent. Tu leur fais signer un contrat où tu leur pompe 80% de leur droit à l’image et rien qu’avec ça t’achète déjà une île en Thaïlande (1).
- Excellent ! Mais qui te dit que ça va marcher. Tu sais aussi bien que moi qu’aucun succès n’est jamais annoncé.
- Parce que ça ne sera pas un succès : ça sera une hécatombe.
- J’y crois pas deux secondes. On va se faire écraser par les petits penseurs qui flinguent la télé-poubelle…
- C’est précisément ça qui va l’attirer notre succès : les critiques. Plus on crachera sur ce truc, plus il prendra de l’ampleur. C’est comme les pubs de lessives : plus elles sont connes, plus on en parle.
- Merde ! T’es sûr de ton coup ?
- C’est du wattmille rentable mon pote !
- Combien je te dois ?
- Wattmille euros !
- Merde !
- Attends, mec ! Une fois que je t’ai vendu cette idée, t’en est propriétaire jusqu’à la fin de tes jours ou celle de ton empire. Ça veut aussi dire que tu peux la décliner à l’infini : une académie de chanteurs, une île pleine d’aventuriers à deux balles, un faux riche et ses prétendantes, ad lib.
- Je mets à quel nom ?


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Mai 2004


(1) Véridique : la société Endemol, au cours des casting pour le Loft, faisait signer des contrats à tous les prétendants avant même qu’ils soient choisis, contrat dans lequel une clause annonçait que s’ils étaient sélectionnés pour l’émission, Endemol était propriétaire de 80% des bénéfices engendrés par leur image et le marketing qui suivrait.
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