THE
SHIELD Coup de boule dans ton pif !
Chronique du 11 octobre 2005
On
croyait avoir tout vu et tout connu des séries policières.
Sur un grand écart allant de Maigret aux Experts en passant
par Colombo, l’histoire de la police sur petit écran
nous a donné des heures de suspense et d’intrigue
plus ou moins réussies. La série The Shield ressurgit
sur Canal Jimmy après avoir fait un séjour sur
Canal+. Crue, moralement déstabilisante, tournée
comme un documentaire, The Shield est à part, et vous
met surtout une bonne claque dans la gueule !
Vic McKay : pas clair comme mec !
Ils sont quand même forts ces Américains. Autant
ils sont capables de penser en grande majorité que le
micro-onde n’est pas encore arrivé en Europe ou
encore de s’enthousiasmer pour une dynastie de crétins
présidents de père en fils, autant ils sont ingénieusement
créatifs et puissamment doués pour créer
de nouvelles séries, de quoi nous éberluer pour
quelques années devant nos téléviseurs.
C’est sûr que nos Dolmen, Zodiaque ou Plus belle
la vie sont bien proches du ridicule lorsque l’on commence
à s’accrocher à des séries comme
The Shield.
The Shield (le bouclier en anglais) n’est autre qu’un
flic mi-ange mi-démon, grosse brute devant l’éternel,
chef d’une équipe de 3 têtes brûlées
qui préfèrent taper avant d’écouter
ou encore se servir dans la caisse en cas de perquisition chez
un trafiquants avant d’arrêter officiellement le
dealer en question.
Ce fameux bouclier (The Shield en anglais, bon là c’est
bon, vous avez retenu) s’appelle Vic McKay et a typiquement
la tronche du mec avec qui il vaut mieux être copain.
Dans le cas contraire, c’est-à-dire pas son copain,
on est à peu près assuré de mal dormir,
d’être traqué comme une bête et, un
jour ou l’autre, de se prendre une bastos entre les deux
narines.
Et oui, Vic McKay est loin d’être un rigolo. Il
faut dire aussi qu’il n’est pas payé pour
ça. En effet, membre d’un commissariat de quartier
dans la banlieue de Los Angeles, notre ami a pour simple mission
d’arrêter des méchants latinos ou des méchants
grands blacks ou des méchants dealers aussi blancs que
leurs cachetons. Jusque-là, rien d’anormal pour
un travail d’inspecteur et on peut même dire que
Monsieur McKay et les copains de son équipe y arrivent
plutôt bien.
Oui mais voilà, loin de l’imper de Colombo et des
blouses de laboratoires des Experts, les membres de notre cellule
d’élite sont plutôt du genre t-shirt moulant
pour faire ressortir les muscles, ont une morale individuelle
et collective proche de celle d’Al Capone ; volent aux
riches pour donner aux pauvres… pour voler aux pauvres
pour devenir riches ; ne peuvent s’empêcher de dégainer
leur kékette quand une perquisition chez une strip-teaseuse
"l’exige" et n’ont surtout qu’une
devise : "peu importe la méthode du moment qu’il
y a le résultat".
Forcément, dès la saison 1, on se sent un brin
mal à l’aise devant cette équipe d’ordures
profondes créées par le scénariste de génie,
Shawn Ryan. Indéniablement, le téléspectateur
curieux s’accrochera autant à la série qu’à
son canapé lors de nombreuses scènes, comment
dirais-je… un peu chaudes…
La réussite de cette série réside aussi
et surtout dans son réalisme. Tournée comme un
documentaire, caméra à l’épaule,
on suit le Vic et ses amis, comme si c’était vrai,
dans les rues sales et infestées d’un Los Angeles
à des années lumières d’Hollywood.
Au point d’être parfois même un peu trop sur
le vif, notre cerveau se liquéfie quand la surcharge
émotionnelle dépasse la jauge du supportable.
Vous donner des exemples pourrait vous faire fuir, ça
serait dommage…
Les vies croisées et tumultueuses des autres agents de
police du commissariat, les malaises familiaux de notre brute
épaisse d’inspecteur McKay (dont on s’aperçoit,
au fur et à mesure des saisons, qu’il a un cœur),
les tentations de corruption des pontes de la police, les franchissements
de ligne rouge et les descriptions insoutenables des vies misérables
de vraies banlieues chaudes, contribuent à vous remuer
dans tous les sens, vous brutalisent parfois, vous attrapent
par les deux oreilles, vous soulèvent par les narines,
les deux doigts dedans, juste de quoi vous ramener à
votre réalité, vraiment bien plus tranquille.
Ah oui, ça, vraiment plus tranquille ! Comme on a de
la chance…
The Shield se doit donc d’être vu, suivi et revu
pour ceux qui n’auraient pas osé la première
fois. L’arrivée de Glenn Close dans la saison 4
apporte encore un peu plus de crédit à cette série
d’un genre nouveau : celui des séries qui te mettent
un coup de boule dans ton pif pour que tu ne te relèves
plus jamais !