VIVE
LE SPORT
Il y a des week-ends comme ça où il faut assurer si
on veut être à la hauteur. Le sport, c’est dur,
mais ça procure des sensations incomparables, surtout au plus
haut niveau !
Ça
a tout de suite sauté aux yeux de mes collègues, ce
lundi matin : j’avais les joues creusées, des cernes
comme des valises et une démarche mal assurée. Il faut
dire que quand on fait du sport, il y a des week-ends particulièrement
éprouvants et, dans le genre, celui-ci avait été
gratiné. Jugez plutôt !
Samedi. Lever à 6h00 pour avoir le temps d’avaler
un thé et une biscotte avant le coup d’envoi du premier
match du jour à 6h30 : Nouvelle-Zélande – Italie
(70-7). Il faut dire qu’avec le début de la Coupe du
monde de Rugby en Australie, le décalage horaire fait des ravages.
A peine le coup de sifflet final a-t-il retenti qu’il faut se
précipiter sous la douche. En effet, une heure à peine
sépare ce premier match du Irlande - Roumanie (45-17) à
suivre, auquel s’enchaînera sans temps mort, ou presque,
la grosse affiche du jour : France - Fidji (61-18) !
Heureusement, l’entraînement rigoureux que je poursuis
avec assiduité depuis des années porte ses fruits, et
cette première demi-journée se déroule sans accroc
majeur même si l’entame du 3e match a été
un peu laborieuse (début de déshydratation).
Mais il ne faut surtout pas s’enflammer puisque le plus difficile
de la journée reste à faire : aller au Stade de France
pour assister au dernier match de qualification des Bleus pour l’Euro
2004 (c’est du foot) : France - Israël. Tenue adéquate,
voiture puis RER, ravitaillement au McDo local et en route pour la
tribune Nord, rang 11, place 3, juste sous le maillot géant
déployé par les supporters de l’équipe
de France. On chante, on fait la « ola » (très
physique), et un, et deux et trois zéro : emballez c’est
pesé ! Il ne reste plus qu’à rentrer vite se coucher
parce que dimanche s’annonce au moins aussi éprouvant
!
Plus éprouvant devrai-je dire puisqu’à Suzuka
(Japon), c’est à 7h30 que les feux passent au vert, libérant
les bolides bien décidés à en découdre
pour permettre (ou empêcher) Michael Schumacher de gagner son
sixième titre de champion du monde (c’est de la Formule
1). Après 53 tours de 5,821 km, le dragon rouge finit quand
même par perdre la course… et être sacré
champion ! Je suis un peu étourdi (ça tourne sans arrêt
dans le même sens, leurs circuits) mais soulagé d’en
avoir fini avec les sports mécaniques. Je suis plutôt
un sportif de ballon, moi.
Du coup, je suis assez content de revoir une pelouse australienne
dès 10h00 pour un Pays de Galles - Canada (41-10) prometteur,
mais dont la deuxième mi-temps sera entrecoupée par
un zapping frénétique pour découvrir enfin, sur
TF1, les trois buts français de la veille que Henry, Trézéguet
et Boumsong ont eu le mauvais goût de marquer dans le but israélien
situé du côté de la tribune Sud… quand j’étais
assis, à 150 m de là, dans la tribune Nord !
Miracle des programmes, le générique de fin de Télé
Foot démarre au moment précis ou l’arbitre siffle
le coup d’envoi du deuxième match de rugby de la journée
(mon cinquième depuis la veille) : Ecosse - Japon (32-11).
Pas mal d’ailleurs les Japonais qui, malheureusement, finissent
par craquer dans le dernier quart d’heure.
Ouf. J’ai plus d’une heure devant moi pour passer sous
la douche et me ravitailler avant que France 3 ne me transporte à
La Havane pour un résumé (1h30) des championnats du
monde d’escrime.
France, Australie, Japon, Cuba… J’avoue qu’à
ce moment précis de la journée j’ai connu comme
un gros coup de fatigue. Perte de toute notion de lieu et de temps,
début de crampes, engourdissement de la fesse droite, c’est
vrai : là, j’en ai vraiment bavé, j’ai même
envisagé d’abandonner. Et puis j’ai repensé
à ma famille, à mes supporters, à tous ceux qui
m’avaient aidé pour me permettre d’atteindre ce
niveau. Pour eux j’ai décidé de ne rien lâcher,
d’aller au bout !
Alors, n’écoutant que mon courage, j’ai appuyé
sur la touche 2 de ma télécommande : cap sur Hamilton
(Canada) pour cinq (!) heures de cyclisme en direct commentées
par Bernard Thévenet et Christian Prudhomme ! Et pas n’importe
quelle course : le… eh oui, comment vous avez deviné
? Le Championnat du Monde de Cyclisme sur route. 260,4 km sur des
autoroutes canadiennes de 100 m de large, avec des côtes et
des descentes, des échappés et des rattrapés,
des virages à gauche et des virages à droite, enfin
que des trucs palpitants qui font vibrer. Résultat ? Un vainqueur
espagnol dont personne n’a jamais entendu parler (Igor Astarloa)
mais qui a été assez malin pour attendre la dernière
côte pour s’échapper !
Voilà, il est 22h00, avec mes yeux rouges, je ressemble plus
à un lapin albinos qu’à un chroniqueur de Jowebzine.com,
mais je suis fier de mon exploit. Ce que j’ai fait, aucun sportif
ne l’aurait fait. Pourtant, à mon âge, il est temps
que je lève le pied. Je laisse ça aux plus jeunes, la
relève est là. Moi, le week-end prochain, je remets
mes chaussures de sport et à moi le footing dans les bois et
la partie de tennis, cool…