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     Vu à La TéLé
 
VIS MA VIE
Chronique du 15 octobre 2005
Après un week-end malheureusement sans surprise, le lundi succéda au dimanche, puis immanquablement vînt le mardi. Avec la perspicacité qui me caractérise je me rendais bien compte que la semaine à venir s'écoulerait à un rythme immuable, un adagio à intervalles de 24 heures jusqu'au samedi auquel succéderait encore un dimanche de merde ; j'aurais voulu un allegro energico e passionato. Bref, c'était mardi soir et je me sentais comme un trou sans fond...

J'avais tenté de me remplir, mais la pizza quatre fromages et la bouteille de mauvais vin n'y avaient rien fait. Il me restait un grand paquet de chips et quelques bières pour essayer d'arriver à un semblant d'apaisement. Il fallait faire vite car je ressentais un début d'activité dans la partie supérieure de mon encéphale. Ne pas penser, surtout ne pas penser.

C'est donc pour une question de santé mentale que je décidais d'allumer la télévision et de me bloquer sur TF1. Il était aux alentours de 22h30 et je tombais sur l'émission présentée par la belle Laurence Ferrari, Vis ma vie. Ils le font exprès me suis-je dit, ils me poussent au suicide avec un titre comme celui-là, quand ils veulent ils la vivent ma vie, quand ils veulent... J'ai pris sur moi et j'ai ouvert grand mes yeux et mes oreilles prêts à bouffer tout ce qu'on voudrait bien me donner en espérant que le spectacle anéantirait chez moi toute tentative de réflexion.

Ça commençait fort avec Julie et Marie-Aimée, l'une étant super-hyper extravertie et l'autre incarnant la pudeur. Joli brin de fille la Julie, grande rousse avec des seins bien fermes et des fesses bien rebondies, son sport favori c'est de faire la tournée des bars et des boîtes de nuit, une allumeuse de première qui s'assume. Marie-aimée, notre habituée des pèlerinages à Lourdes, est plus que choquée par l'attitude exhibitionniste de Julie. Il faut dire que cette dernière ne cache rien, même devant la caméra ; elle se ballade en string et les seins à l'air devant l'objectif et, habillée, on ne peut pas dire qu'elle dissimule grand chose. La vertueuse versera quelques larmes de compassion et cette amitié programmée se terminera à l'église dans une ambiance lacrymogène autour d'un Notre Père récité à l'unisson. Sniff... Pour ma part j'avais déjà vu une paire de seins et un beau cul, je décidais donc de rester sur ce programme persuadé que le meilleur restait à venir.

Le second reportage aurait pu s'intituler Winnie l'ourson chez les paras. Erick est un père de famille tout ce qu'il y a de plus gentil. Cool, il prône le dialogue et le respect. Il se retrouve parachuté dans un centre d'éducation renforcée pour délinquants mineurs où il devra remplacer Patrick, directeur du centre. Les mineurs en question sont de vrais durs qui ont déjà connu la prison et dont la relation à autrui est souvent synonyme d'un rapport de force. Le gentil Erick commence par faire copain-copain avec les jeunes, mais très vite il commence à se faire bouffer, il n'est pas pris au sérieux et n'est pas respecté car les mineurs ne le craignent pas. On a mal pour Erick qui n'a aucune autorité et le reportage est des plus pathétique. Pitié pour Erick ! Toujours est-il qu'on se rend bien compte de la dureté du métier d'éducateur et que c'est loin d'être à la portée de tous.

Le troisième reportage nous ramène à des considérations plus futiles, on y voit Emmanuel de Brantes, chroniqueur mondain et membre de la jet set, ainsi que Christine, agricultrice maraîchère. Ils vont chacun leur tour vivre la vie de l'autre. Le maniéré va donc se salir les mains en travaillant dans les champs et Christine jouer la coquette au milieu des mondanités parisiennes. Sans intérêt.

Générique. Pub. Eh, réveille-toi !
Hein, heu ?? Ouais, bah voilà. Une bonne heure et demie est passée et j'ai vu des seins, un cul, des jeunes à la dérive et des adultes qui font de leur mieux pour les remettre en selle, j'ai vu l'exigence du métier d'agriculteur maraîcher contraster avec la frivolité d'une vie consacrée aux apparences et aux gens bien nés. J'ai bouffé du pré-mâché et ce ne sera pas difficile à digérer. Mais c'est ce que je voulais, non !?

C'était mardi soir et je me sentais comme un trou sans fond...


Maxime Maillard
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