Après
un week-end malheureusement sans surprise, le lundi succéda
au dimanche, puis immanquablement vînt le mardi. Avec la perspicacité
qui me caractérise je me rendais bien compte que la semaine
à venir s'écoulerait à un rythme immuable, un
adagio à intervalles de 24 heures jusqu'au samedi auquel succéderait
encore un dimanche de merde ; j'aurais voulu un allegro energico e
passionato. Bref, c'était mardi soir et je me sentais comme
un trou sans fond...
J'avais tenté de me remplir, mais la pizza quatre fromages
et la bouteille de mauvais vin n'y avaient rien fait. Il me restait
un grand paquet de chips et quelques bières pour essayer d'arriver
à un semblant d'apaisement. Il fallait faire vite car je ressentais
un début d'activité dans la partie supérieure
de mon encéphale. Ne pas penser, surtout ne pas penser.
C'est donc pour une question de santé mentale que je décidais
d'allumer la télévision et de me bloquer sur TF1. Il
était aux alentours de 22h30 et je tombais sur l'émission
présentée par la belle Laurence Ferrari, Vis ma vie.
Ils le font exprès me suis-je dit, ils me poussent au suicide
avec un titre comme celui-là, quand ils veulent ils la vivent
ma vie, quand ils veulent... J'ai pris sur moi et j'ai ouvert grand
mes yeux et mes oreilles prêts à bouffer tout ce qu'on
voudrait bien me donner en espérant que le spectacle anéantirait
chez moi toute tentative de réflexion.
Ça commençait fort avec Julie et Marie-Aimée,
l'une étant super-hyper extravertie et l'autre incarnant la
pudeur. Joli brin de fille la Julie, grande rousse avec des seins
bien fermes et des fesses bien rebondies, son sport favori c'est de
faire la tournée des bars et des boîtes de nuit, une
allumeuse de première qui s'assume. Marie-aimée, notre
habituée des pèlerinages à Lourdes, est plus
que choquée par l'attitude exhibitionniste de Julie. Il faut
dire que cette dernière ne cache rien, même devant la
caméra ; elle se ballade en string et les seins à l'air
devant l'objectif et, habillée, on ne peut pas dire qu'elle
dissimule grand chose. La vertueuse versera quelques larmes de compassion
et cette amitié programmée se terminera à l'église
dans une ambiance lacrymogène autour d'un Notre Père
récité à l'unisson. Sniff... Pour ma part j'avais
déjà vu une paire de seins et un beau cul, je décidais
donc de rester sur ce programme persuadé que le meilleur restait
à venir.
Le second reportage aurait pu s'intituler Winnie l'ourson chez les
paras. Erick est un père de famille tout ce qu'il y a de plus
gentil. Cool, il prône le dialogue et le respect. Il se retrouve
parachuté dans un centre d'éducation renforcée
pour délinquants mineurs où il devra remplacer Patrick,
directeur du centre. Les mineurs en question sont de vrais durs qui
ont déjà connu la prison et dont la relation à
autrui est souvent synonyme d'un rapport de force. Le gentil Erick
commence par faire copain-copain avec les jeunes, mais très
vite il commence à se faire bouffer, il n'est pas pris au sérieux
et n'est pas respecté car les mineurs ne le craignent pas.
On a mal pour Erick qui n'a aucune autorité et le reportage
est des plus pathétique. Pitié pour Erick ! Toujours
est-il qu'on se rend bien compte de la dureté du métier
d'éducateur et que c'est loin d'être à la portée
de tous.
Le troisième reportage nous ramène à des considérations
plus futiles, on y voit Emmanuel de Brantes, chroniqueur mondain et
membre de la jet set, ainsi que Christine, agricultrice maraîchère.
Ils vont chacun leur tour vivre la vie de l'autre. Le maniéré
va donc se salir les mains en travaillant dans les champs et Christine
jouer la coquette au milieu des mondanités parisiennes. Sans
intérêt.
Générique. Pub. Eh, réveille-toi !
Hein, heu ?? Ouais, bah voilà. Une bonne heure et demie est
passée et j'ai vu des seins, un cul, des jeunes à la
dérive et des adultes qui font de leur mieux pour les remettre
en selle, j'ai vu l'exigence du métier d'agriculteur maraîcher
contraster avec la frivolité d'une vie consacrée aux
apparences et aux gens bien nés. J'ai bouffé du pré-mâché
et ce ne sera pas difficile à digérer. Mais c'est ce
que je voulais, non !?
C'était mardi soir et je me sentais comme un trou sans fond...